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Nous, les vivants

Ayn Rand

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Une traduction en français du premier roman d’Ayn Rand We, the living (1936) – Nous, les vivants en français – vient de paraître aux éditions Les Belles Lettres. Une initiative salutaire qui devrait contribuer à mieux faire connaître Ayn Rand au public français. Si La Grève ou Atlas Shrugged (1957) reste son roman le plus célèbre, on peut toutefois considérer que les idées fondamentales qu’il contient sont déjà largement présentes dans Nous, les vivants. Comme Ayn Rand le dit elle-même dans l’avant-propos qu’elle a ajouté en 1958, ce que La Grève entend démontrer, Nous, les vivants le montre.

Dans l’avant-propos en question, Ayn Rand met d’ailleurs son lecteur en garde contre une fausse idée qu’il pourrait se faire du livre : celui-ci, écrit-elle à plusieurs reprises, ne doit pas être pris pour un roman sur la Russie soviétique des années 20, « mais sur l’Homme versus l’État » (p. 7) et sur « le caractère sacré de la vie humaine, non pas dans un sens mystique, mais en tant que « valeur suprême » » (p. 7). En d’autres termes, même si l’intrigue autour duquel le roman est construit a pour cadre la Russie communiste des années 20, là n’est pas en réalité le sujet fondamentalement traité. C’est qu’Ayn Rand n’a aucunement voulu écrire un roman « naturaliste », tradition littéraire dont elle prend soin de se démarquer comme romancière : ce n’est pas du tout l’inventaire journalistique des conditions de vie sous la Russie soviétique à cette période qui l’intéresse vraiment, mais bien plutôt les valeurs fondamentales et universelles incarnées par les personnages qu’elle met en scène. (Esthétiquement parlant, Ayn Rand se définit volontiers comme une « romantique réaliste » (p. 9) : « Si le naturalisme traite des choix que les hommes ont faits, écrit-elle, le romantisme envisage les choix que les hommes peuvent et devraient faire ».) Le fait d’ailleurs qu’Ayn Rand se réclame elle-même du « romantisme » (du moins de ce qu’elle entend par ce courant) est sans doute un élément clef qui permet de mieux saisir l’unité fondamentale de son œuvre.

Si Nous, les vivants ne raconte pas la Russie des années 20, quel est donc le thème principal du livre ? À cette question, Ayn Rand répond elle-même : « la dictature en général », « qu’importent le pays ou l’époque, ajoute-t-elle de manière intéressante : Russie soviétique, Allemagne nazie ou – ce que ce roman contribuera peut-être à éviter – une Amérique socialiste » (p. 9). On perçoit ici la crainte qui a sans doute animé Ayn Rand dans son travail d’écriture : celle de voir l’Amérique basculer dans le collectivisme socialiste – une crainte qui la conduira à écrire plus tard La Grève. Il importe de comprendre que l’un des traits fondamentaux de la dictature est pour Ayn Rand son mépris absolu de la vie humaine. En fait, Nous, les vivants contient déjà cette idée centrale de la pensée d’Ayn Rand, à savoir que l’être humain, dont la vie est à ses yeux la plus haute valeur de toutes, ne peut en aucun cas être assimilé à ce qu’elle nomme un « animal sacrificiel ». Un être humain ne devrait vivre que pour lui-même (ce qui n’exclut pas, insistons particulièrement sur ce point, qu’il vive aussi avec les autres), et ne devrait jamais s’attribuer le droit de diriger la vie des autres, pas plus qu’il ne devrait laisser qui que ce soit diriger la sienne.

La traduction en français de Nous, les vivants devrait ainsi permettre au lecteur déjà familier de la pensée d’Ayn Rand de voir qu’une bonne partie des idées fondamentales de l’objectivisme randien se trouve déjà exprimée dans son premier roman. Elle intéressera tout autant le lecteur épris de liberté, non familier d’Ayn Rand à ce jour, et lui fera prendre conscience de l’importante place qu’elle occupe dans le palmarès des penseurs et écrivains libéraux du XXe siècle.

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1 commenter

Johan Rivalland 6 mai 2023 - 1:20

Bonjour,

Merci pour votre contribution et de chercher à faire connaître l’oeuvre d’Ayn Rand.
En fait, il existait déjà une traduction, datant de 1996 (que j’ai lue, personnellement, au début des années 2000) :

https://www.contrepoints.org/2013/12/07/149028-lessentiel-des-livres-dayn-rand-nous-les-vivants

Cordialement.

Johan Rivalland

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