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Ukraine, Arménie, deux pays victimes de deux impérialismes anti-européens

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Le 13 septembre dernier a vu une reprise des conflits entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Il y a eu des morts : 204 militaires et 3 civils arméniens en à peine une semaine. Des militaires azéris s’en sont pris aux civils et ont mutilé des cadavres de soldats arméniens. Le but affiché de ces combats est le contrôle du territoire du Haut-Karabakh, historiquement arménien, que revendique l’Azerbaïdjan en se basant sur le droit international et le dessin de ses frontières acquises quand l’URSS existait encore.

Le conflit du Karabakh, lieu de déstabilisation russe et turque

La première guerre du Haut-Karabakh a commencé au début des années 90, avec de violents combats. Cette enclave arménienne en Azerbaïdjan a perdu son autonomie quand l’Azerbaïdjan est devenu indépendant, alors même qu’un grand mouvement populaire en Arménie demandait son rattachement au pays. L’armée arménienne, avec le plein soutien des forces russes, a alors attaqué l’Azerbaïdjan. En 1994, les Arméniens contrôlaient 14 % du territoire azerbaïdjanais, dont l’enclave du Haut-Karabagh et les régions adjacentes. Ce premier conflit (le plus important) a fait 400 000 réfugiés arméniens d’Azerbaïdjan et 800 000 réfugiés azéris d’Arménie et du Karabakh. En 1992, les forces armées arméniennes ont perpétré un massacre à Khodjaly, tuant environ 600 civils azéris. L’armée russe a joué à l’époque un rôle prépondérant dans ce massacre et plus généralement dans le déroulé de la guerre, soutenant l’Arménie de manière plus ou moins officielle.

Depuis, l’Azerbaïdjan cherche, de manière plus ou moins brutale, à reconquérir ces territoires. Aucun accord réel n’a encore été trouvé à ce jour car aucune solution ne satisfait les deux pays. Derrière ce conflit régional, on retrouve la Turquie d’Erdogan (qui instrumentalise la rancœur azérie à son profit), l’impérialisme turc dont se revendiquent de nombreux soldats azéris, et l’influence de la Russie qui déstabilise cette région depuis des décennies.

Arménie, Ukraine : victimes de génocide

Comme la Russie avec ses voisins, la Turquie n’a eu de cesse de s’attaquer à l’Arménie. L’URSS a provoqué en Ukraine une famine gigantesque en 1932-1933, l’Holodomor, qui a tué 5 millions de personnes. La Turquie, elle, a perpétré un génocide à l’encontre de la population arménienne. Entre 1915 et 1923, environ 1,5 million d’Arméniens périrent, tandis que le reste de la population, plus de 500 000 individus, devait choisir entre une conversion à l’islam ou l’exil. Aujourd’hui, des militaires russes et azéris commettent des crimes de guerre en Ukraine et en Arménie. Le patrimoine chrétien arménien est profané et détruit, des infrastructures ukrainiennes vitales sont ciblées.

Cette volonté d’épuration ethnique reste dans les têtes de nombreux dirigeants turcs. Un député turc a menacé l’Arménie de façon claire, à la manière des responsables russes pour l’Ukraine : « Je vous rappelle une fois de plus que la nation turque a le pouvoir d’effacer l’Arménie de l’histoire et de la géographie… ». La Turquie ne reconnaît pas la légitimité d’une nation arménienne, de la même façon que la Russie ne considère pas l’Ukraine comme un Etat souverain.

Vers un changement d’alliance dans le Caucase ? L’Arménie vers l’Occident ?

La Russie, longtemps protectrice de l’Arménie, avec plusieurs bases militaires sur son territoire, n’a pas levé le petit doigt pour défendre un pays pourtant membre de l’OTSC, l’Organisation du traité de sécurité collective. Aucune surprise quand on sait que Poutine ne respecte jamais les traités qu’il signe. Au-delà de ce fait, comme au début des années 90, la Russie attise les braises dans son propre intérêt.

Les Etats-Unis sont venus combler le vide. Après avoir clairement désigné Bakou comme agresseur de l’Arménie, le secrétaire d’Etat Anthony Blinken a demandé le 18 septembre au président azéri Aliev de retirer ses troupes du territoire souverain arménien. Nancy Pelosi est même allée soutenir le pays sur place, acclamée par une foule hissant les drapeaux américains, ukrainiens, français et européens. Elle a condamné les attaques illégales de Bakou. Dans le même temps, Vladimir Poutine a rencontré Erdogan et Aliev lors du sommet de l’OCS, l’Organisation de coopération de Shanghai, en Ouzbékistan. Le 7 octobre dernier, l’Union européenne a décidé d’envoyer une « mission civile » en Arménie avec pour but d’aider « à la délimitation des frontières et relancer le processus de normalisation entre les deux pays ». Alors que c’était la Russie qui avait servi d’intermédiaire pour une pacification de la région en mai 2021, c’est l’Union européenne qui semble prendre les rênes pour un possible traité de paix. Mais celui-ci est loin, très loin d’être acquis…

Il semblerait que l’on assiste à un retournement d’alliance dans le Caucase. La Russie refuse toute aide à l’Arménie, au profit de l’Azerbaïdjan (l’essentiel des produits russes faisant l’objet de sanctions passe par l’Azerbaïdjan) et de la Turquie, cette dernière étant devenue neutre dans le conflit ukrainien. Il faudrait maintenant que l’Arménie fasse un pas vers l’Occident en quittant l’OTSC et en coupant totalement les ponts avec la Russie, mais aussi avec l’Iran, en échange d’une coopération et d’une protection des Etats-Unis et de l’Europe. Il est également nécessaire que l’Arménie et l’Azerbaïdjan trouvent un terrain d’entente sur ces questions frontalières et sur le statut du Karabakh. La France pourrait avoir un rôle crucial à jouer. Emmanuel Macron se veut être le réconciliateur et promouvoir « une paix durable » dans le Caucase, ce dernier étant à la table des négociations à Prague avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, le président azerbaïdjanais, et le président du Conseil européen Charles Michel, en marge du premier sommet de la Communauté politique européenne.

Ce rappel de la situation doit rester présent dans nos esprits. La guerre en Ukraine ne doit pas nous faire oublier que par ailleurs, la Turquie mène une politique belliqueuse envers la Grèce et occupe une partie de Chypre, qu’elle soutient des organisations islamistes qui infiltrent les sociétés européennes, et que beaucoup considèrent comme un problème sa présence au sein de l’OTAN (et dans la nouvelle Communauté politique européenne) ; que la Russie menace la Pologne et les pays Baltes, qu’elle finance et influence des ONG, des partis et responsables politiques européens. L’évolution de la situation confirme que partout les tensions ne font que s’aggraver, gangrénant toute l’Union européenne. C’est sur l’ensemble de ces fronts qu’il faut rester vigilants, il en va probablement, pour une bonne partie, de l’essence même de notre culture.

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4 commentaires

Obeguyx 14 octobre 2022 - 3:54

Génocide ? L’Arménie c’est sûr, l’Ukraine il est trop tôt pour l’affirmer. Je note que l’Arménie n’est pas très épaulée par l' »Occident ». Comme d’hab’ : 2 poids, 2 mesures. Je dis ça, mais je dis rien …

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Nicolas Lecaussin 15 octobre 2022 - 7:41

Si, elle est épaulée par l4europe et l’Amérique..Les seuls d’ailleurs…

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MACHENAUD Alain 14 octobre 2022 - 4:48

Votre article est un chef d’oeuvre de fausses allegations . Vous allez sans doute surpasser Mr.Nicolas Lecaussin dans sa mauvaise foi russo-phobe !!!!
Je vous signale que l’Holomodor a touché l’ensemble de l’agriculture de l’Urss et donc aussi de l’Ukraine qui faisait,à cette époque, partie intégrante de l’Urss . Il ne s’agissait donc en aucune façon de l’ingérence dans un pays tiers !!!
Lors des accords de Minsk II format Normandie ,dans lesquels la Russie était partie prenante , il ne s’agissait pas de nier la souveraineté de l’Ukraine mais d’accorder un statut d’autonomie à une région ,le Donbass , qui refusait le diktat de Mr.Porochenko de supprimer la langue russe sur tout le territoire .
« Comme en 1990 la Russie attise les braises « ? de quoi s’agit-il ? En 1990 , Le président Ieltsine demandait la non-extension de l’Otan vers l’Est et cela en accord avec la France, l’Allemagne ,les USA , ainsi qu’un traité de désarmement du territoire européen et une demande d’adhésion à la CEE. Où sont les « braises »(polémiques ?) .
Mais là où vous vous moquez de vos lecteurs , c’est lorsque vous accusez la Russie d’ingérence directe et par ONG interposées alors que vous oubliez la puissance destabilisatrice de toutes le ONG americaines ( Soros en tête ) dans le fonctionnement de l’Europe et de l’Ukraine ….Sans oublier l’intervention direct des US dans la guerre actuelle en Ukraine depuis Maïdan !!!!

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Nicolas Lecaussin 17 octobre 2022 - 6:37

L’Holodomor (pas Holomodor) a été le résultat d’une politique mise en place par Staline afin d’exterminer les Ukrainiens par la faim et qui a tué environ 5 millions d’Ukrainiens dont des enfants. C’est un fait historique largement connu. Si vous ne le saviez pas, c’est que vos connaissances historiques mériteraient d’être complétées. Comme pour les autres propos de votre commentaire.
Cordialement,
NL

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