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Le gaz russe est-il indispensable a l’Allemagne ?

par Fabian Kurz
Le président Vladimir Poutine mène une guerre sanglante en Ukraine. Le gouvernement allemand peine à imposer des sanctions par peur de mettre en danger son approvisionnement en gaz russe. L’hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche a même titré : « Poutine contrôle l’Allemagne comme le dealer contrôle le junkie ». Mais à quel point l’Allemagne est-elle réellement dépendante ?

En 2020, plus de la moitié de toutes les importations allemandes de gaz venaient de Russie, environ un tiers, de Norvège et 12 %, des Pays-Bas. L’Allemagne n’a pratiquement pas de production propre. Mais est-elle vraiment un cas exceptionnel justifiant une approche particulière à l’égard de la Russie ? Un regard sur la situation dans d’autres pays de l’UE soulève quelques doutes Certains sont également très dépendants des importations de gaz, qu’ils utilisent à un degré relativement élevé dans leur mix énergétique. La position de l’Autriche est similaire à celle de l’Allemagne. En Italie, environ 90% de la consommation sont couverts par le  gaz importé, et le gaz joue un rôle encore plus important dans la consommation globale d’énergie.

Les réserves de gaz sont faibles mais pas épuisées

La Russie a déjà limité les approvisionnements en gaz des pays demandeurs ces derniers mois. Cela se reflète dans le niveau des stocks relativement bas en Europe. Début janvier 2022, les réserves du continent sont tombées en dessous de 50 %, bien en deçà des niveaux des années précédentes – ils ont été par exemple toujours supérieurs à 70 % en 2020/21. Le niveau le plus bas, 15 à 25 % de la capacité de stockage, est généralement atteint vers mars/avril. En d’autres termes, il ne serait probablement pas possible de maintenir l’approvisionnement jusqu’à la fin de l’hiver sans nouvelles importations.

« Employé Exxon du mois » : Vladimir Poutine

Entre autres facteurs, la réduction des approvisionnements en gaz russe et les stocks relativement faibles ont entraîné une forte hausse des prix ces dernières semaines, avec moult conséquences. Le gazoduc était le canal le plus évident mais la voie maritime devient maintenant intéressante et le gaz naturel liquéfié (GNL) aussi. Comme le montrent les données satellitaires, des méthaniers ont traversé l’Atlantique pour en apporter, d’Amérique en Europe, des quantités substantielles. L’ancien président américain Trump a fait la promotion des « Freedomgas » lorsqu’il était au pouvoir. Ironie de l’histoire : ce n’est pas Trump ou son successeur Biden qui font du gaz américain un  « best seller » en Europe, mais la hausse des prix du gaz naturel causée par la guerre sanglante du président russe.

Le marché unique européen du gaz

Le gaz liquéfié ne peut être déchargé que dans des terminaux particuliers et reconverti dans son état physique d’origine que dans des installations spéciales, avant de pouvoir être injecté dans le réseau. L’Allemagne ne dispose pas d’un seul terminal GNL. Il avait été prévu d’en construire quatre, mais la bureaucratie a jusqu’à présent réussi à bloquer les projets, bien aidée par les  groupes de pression écologistes, qui soulignent que les terminaux d’autres pays de l’UE pourraient venir à la rescousse. Une étude du DIW (Institut allemand d’études économiques) arrive à une conclusion similaire : les terminaux méthaniers existants sont loin d’être utilisés à 100% de leurs capacités et pourraient recevoir de considérables volumes supplémentaires. D’ailleurs, les  dizaines de méthaniers qui prennent la mer ne le feraient pas si un chargement approprié dans les ports européens n’était pas garanti. Il existe notamment de grandes installations aux Pays-Bas et en Belgique, et plus loin sur la côte méditerranéenne. Même la petite Lituanie dispose d’un terminal GNL : elle est devenue moins dépendante des approvisionnements russes en gaz naturel et a pu négocier des conditions beaucoup plus attractives avec ses partenaires contractuels russes.

Il y a d’autres options que celle du gaz russe

À court et à long terme, nous pouvons répondre à la demande de gaz naturel sans importations russes. Il s’agit seulement de savoir combien les consommateurs européens sont prêts à payer. Contrairement aux affirmations erronées de certains politiciens allemands, l’importation de gaz russe n’est pas la seule possibilité. Le ministre allemand de l’Économie Habeck est actuellement en tournée dans la région du Golfe avec une délégation commerciale pour négocier les conditions d’importation en Allemagne de gaz naturel liquéfié. Ila également évoqué des approvisionnements avec le Qatar, premier producteur mondial de GNL.

Si la Russie interrompait effectivement ses approvisionnements en gaz, les coûts seraient élevés à court terme, mais nous, Allemands, ne serions pas laissés pour compte, grâce à un marché unique européen du gaz libéralisé et à des marchés internationaux flexibles.

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3 commentaires

Stioui 14 avril 2022 - 8:09

Message pour F. KURZ

Bonjour,
Vous êtes fou de penser que des millions d’européens accepteront une augmentation massive du prix du gaz. Cela vous semble évident, mécanique, une variable d’ajustement.
Naïveté confondante loin des réalités des niveaux de revenus très bas.

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Obeguyx 14 avril 2022 - 8:51

Les allemands n’ont qu’à aller souffler sur leurs éoliennes et l’énergie sera « gratos ». Tout ça fini par me faire marrer !!!

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Machenaud Alain 14 avril 2022 - 11:45

Vous savez sans doute que Zelensky n’a pas “coupé “l’arrivée du gaz russe par le gazoduc Brotherhood qui traverse l’Ukraine , sauf à vouloir se passer des 7mds$ que cela lui rapporte par an . Pour des raisons “morales”, l’UE choisit la solution du GNL qui ,outre le fait que certains pays dont la France ne sont pas dotés des terminaux idoines , est la solution
la moins appropriée sur le plan écologiste tant en raison des dégâts environnementaux à la production qu’à la pollution engendrée par les tankers qui transportent ce gaz.
En somme, la »moraline » induite par un événement transitoire ( le conflit en Ukraine) prend le pas sur le réalisme économique !!

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