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Le début du XXIe siècle est cataclysmique pour l’Etat français

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Il n’est pas question de « désespérer Billancourt », de broder sur l’air du « c’était mieux avant » ou encore de joindre notre voix à celles des déclinistes en parlant, après les « Trente glorieuses » de Jean Fourastié, de « Cinquante piteuses ». Mais l’impression de délitement que donne l’État français depuis une vingtaine d’années est vraiment très forte.

Des finances publiques en capilotade

Nous n’accablerons pas de chiffres nos lecteurs, l’IREF les donne chaque semaine ou presque. Nous nous contenterons des grands mouvements.

A la veille de l’arrivée au pouvoir des socialo-communistes en 1981, les finances françaises sont globalement saines : l’endettement public est réduit, les déficits budgétaires restent encore acceptables, même si l’équilibre budgétaire (une notion presque inconnue en France depuis l’Ancien Régime) disparaît à partir du milieu des années 1970. Depuis lors, chaque président de la République fait pire que son prédécesseur. Le mouvement s’est même amplifié au début du XXIe siècle. Les déficits sous Emmanuel Macron atteignent des records en temps de paix depuis la Première République sous la Révolution française.

Numéro une des prélèvements obligatoires de manière quasi-systématique, indépassable en termes de cotisations sociales, la France s’affiche comme un pays dilapidateur et incapable de freiner ses dépenses folles.

Des fonctions régaliennes détériorées

On pourrait penser que la masse des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques permettrait d’assurer l’efficacité quotidienne de l’État dans ses fonctions dites régaliennes : protections intérieure et extérieure du territoire et justice. Non seulement il n’en est rien, mais la situation empire : une police et une gendarmerie largement découragées, une justice accusée d’être forte avec les faibles et faible avec les forts, une armée (jusqu’au dernier plan) désarmée et victime de coupes claires pour percevoir les dividendes de la paix après la chute du Mur de Berlin. En contrepoint, les particuliers recourent de plus en plus à l’autodéfense (voir l’article édifiant du Figaro du 6 février) et les dépenses privées de sécurité explosent.

Un modèle social aux abois

Longtemps vanté, le modèle social français ne fait plus rêver grand monde. Notre État providence, aujourd’hui sans équivalent, n’est copié par personne. Il existe dans notre pays une césure, pour ne pas dire un abyme entre une minorité de contribuables qui payent beaucoup et qui reçoivent peu, voire rien, et une large majorité bénéficiaire de transferts sociaux plus ou moins massifs. Pour ceux qui gagnent trop pour être aidés et pas assez pour être vraiment aisés, l’État français devient presque inutile.

Un secteur public découragé

Bien qu’il soit largement galvaudé, nous utiliserons le terme de « système » pour décrire la fonction publique française. Recherchée avec force avidité depuis l’Ancien Régime, la fonction publique n’est plus guère considérée aujourd’hui comme attractive même si elle occupe un nombre record de plus de 5 millions d’agents (le nombre exact n’est pas connu…). La médiocrité de beaucoup de postes, les faibles perspectives d’évolution professionnelle, les rémunérations au mérite qui sont l’Arlésienne depuis le statut des fonctionnaires de 1946 constituent des primes au découragement.

Un secteur privé plombé

Mécaniquement, si le secteur public croît de manière exponentielle, la charge pèse sur le secteur privé. Or, ces dernières années, une réglementation foisonnante à Bruxelles avivée par la surtransposition des directives dans notre pays a, entre autres causes, fait reculer notre agriculture. Notre industrie a elle aussi régressé de manière inquiétante et accélérée sous le coup des impôts et des normes.

Une immigration de confort massive

Jamais dans l’histoire de France une immigration aussi massive n’a existé. Or, les chiffres officiels montrent que seuls 10 pour cent des immigrés viennent en France pour travailler. Les libéraux dénoncent dans le désert l’appel d’air du modèle social français, tandis que la gauche plaide pour le statu quo et l’extrême-gauche pour l’extension des flux d’immigration, et que l’extrême-droite et une partie de la droite entendent réserver le modèle social aux Français.

Des hommes politiques déclinants

Le constat est largement partagé : alors que d’aucuns vantaient les hommes politiques les plus intelligents du monde (à défaut déjà d’être les plus compétents…), le niveau de la « classe politique » française a nettement décliné depuis une vingtaine d’années. Manque de culture et civilité à géométrie variable ternissent tout particulièrement les débats parlementaires depuis 2022. Quelle que soit leur couleur politique, les gouvernants ne maîtrisent rien et ils apparaissent dépassés par leurs fonctions, sans parler de leur large ignorance du secteur privé et plus largement du fonctionnement de la société civile.

Des grandes réformes aux abonnés absents

Ceci expliquant cela, nos hommes politiques, s’ils ont le mot réformes à la bouche, sont incapables de les mener à bien et le plus souvent même de les penser. Il serait sans doute difficile de citer, dans un sens ou dans un autre, des grandes réformes qui auraient été portées au XXIe siècle. La dernière que nous ayons en tête est celle sur les 35 heures, qui s’est avérée catastrophique au demeurant. Pour le reste, il s’agit de réformettes à défaut de « transformer le France », pour paraphraser Emmanuel Macron. Bref, la France reste « bloquée ».

Un interventionnisme tous azimuts

La France reste bloquée car les gouvernants font peser une chape de plomb sur la société civile. Chaque crise est le prétexte à l’accroissement supplémentaire du poids de l’État. Le mouvement n’est pas nouveau puisque cela avait déjà été le cas sous Valéry Giscard d’Estaing à l’issue des deux chocs pétroliers. Nicolas Sarkozy a répété la même erreur lors de la crise de 2008 et Emmanuel Macron a fait encore pire avec les crises sanitaires. Alors qu’une crise pouvait présenter la vertu d’être un aiguillon pour la réforme, elle s’est transformée en prétexte pour hausser les impôts ou creuser les déficits et hausser les dépenses publiques. La « crise » environnementale a même fait sauter les dernières digues.

Nous ne voudrions pas clore notre propos sur une note défaitiste. C’est, dit-on, du fond de l’abîme que jaillit la lumière. Si d’autres pays que le nôtre l’ont fait, est-il si déplacé de penser que nous pourrions suivre leur exemple ? Mais pour retrouver l’optimisme, la première des tâches est de faire partager le constat des difficultés traversées par notre pays, difficultés encore niées par une partie non négligeable de la population. La seconde des tâches est de tenter de résoudre les difficultés et ce, en traitant non pas des conséquences comme on le fait si couramment chez nous, mais des causes. L’Iref s’emploie depuis des années à livrer les bonnes recettes, à commencer par la libération des énergies de la société civile. Puisse-t-elle enfin être largement entendue !

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