Accueil » La France peut mieux faire dans la compétition mondiale pour implanter de nouveaux projets industriels

La France peut mieux faire dans la compétition mondiale pour implanter de nouveaux projets industriels

par Jean-Philippe Delsol
La France pavoise. Selon le rapport annuel du cabinet EY pour 2021 sur les investissements étrangers en France, celle-ci a enregistré 1 222 implantations ou extensions en 2021 sur un total de 5 877 implantations et extensions d’investisseurs étrangers dans 44 pays européens. Elle est le pays d’Europe qui a accueilli le plus de projets devant le Royaume-Uni (993) et l’Allemagne (841). C’est un bon score, dû sans doute et notamment aux réformes engagées sous le précédent quinquennat (fiscalité des revenus mobiliers, baisse de l’IS, indemnisation des ruptures d’emploi…) et à un certain effet de rattrapage.

Après une année difficile de Covid, qui a aussi modifié certains comportements, l’augmentation des investissements a porté en particulier en 2021 sur les plateformes logistiques (119 projets en 2021 contre 89 en 2020, +34 %) et sur de nouveaux projets industriels rendus nécessaires par la modification des chaînes mondiales d’approvisionnement. Le niveau des investissements étrangers en Europe reste inférieur de 12 %  à celui de 2017 et sa progression est bien moindre que dans d’autres régions du monde.

Les projets d’implantation ont plus été des projets d’extension de sites existants que de création en France (69 % des 1 222 projets) qu’en moyenne en Europe (36%), au Royaume-Uni (23%) et en Allemagne (19%). Par ailleurs, les emplois créés en moyenne par projet ont été sensiblement moins importants en France (38) qu’au Royaume-Uni (68) et en Allemagne (45).

Un cocorico en demie teinte

Il y a donc encore bien des efforts à faire pour attirer les entreprises étrangères en France. Celle-ci accueille moins de centres de décision que les autres grands pays : 93 sièges implantés en 2021 contre 136 au Royaume-Uni. Et 20% des dirigeants envisagent même de réduire la taille de leurs quartiers généraux dans notre pays.

Pour l’avenir, les PME et ETI sont moins optimistes sur l’investissement en France que les grandes entreprises. Les relocalisations de productions extérieures ont porté le mouvement d’implantation en France : 87 relocalisations d’usine en 2021 contre 30 en 2020, mais il s’est réduit début 2022. Le rapport EY note « que les dirigeants d’entreprises non implantées en France ont une perception plus négative de l’attractivité du pays et de ses atouts que ceux qui y sont implantés. Ainsi, 31 % des répondants non implantés en France pensent que l’attractivité du pays va se détériorer au cours des trois prochaines années, contre 4 % de ceux qui y sont déjà présents ».

Des atouts et des attentes

Les investisseurs étrangers sont souvent intéressés d’abord par la position géographique de la France au centre de l’Europe de l’ouest. Ils apprécient, note EY, une main d’œuvre qualifiée et une énergie moins chère. Ils adorent les aides de l’Etat en matière de R§D.

Les dirigeants d’entreprises relèvent cependant divers handicaps, notamment le coût et le manque de disponibilité du foncier, les insuffisances du système éducatif et le faible taux de robotisation. La France se situe en effet seulement au 16ème rang mondial des pays les plus automatisés, avec 194 robots pour 10 000 employés. En Europe, observe EY, elle est nettement dépassée par le Danemark (246), la Suède (289) et l’Allemagne (371). Les trois pays les plus robotisés au monde sont la Corée du Sud (932), Singapour (605) et le Japon (390). Ce qui démontre d’ailleurs que la robotisation aide sans doute au plein emploi plus qu’elle ne détruit des emplois eu égard au taux de chômage observé par l’OCDE fin 2021 au Danemark (4,5%), en Allemagne (3,2%), en Corée du Sud (3,8%), à Singapour (2,5%) et au Japon (2,7%) tandis que la France était encore à 7,5%.

Selon les patrons interrogés par EY, la France doit améliorer sa compétitivité en matière d’innovation et de recherche en intensifiant ses investissements de R§D. Il lui faut réduire sa pression fiscale, plus et mieux investir dans l’éducation et la formation des compétences, aider les PME à grandir et à produire de la qualité, réduire les coûts du travail. Elle doit encore veiller aux équilibres entre incitation et réglementation en matière de transition écologique, disent-ils.

D’une manière générale, les investisseurs étrangers attendent que la France allège ses prélèvements obligatoires et ses contraintes règlementaires. Il faut à cet effet qu’elle commence sans doute par abandonner son culte de l’Etat et de la fonction publique.

You may also like

Laissez un commentaire