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Les retraités ont vraiment de la chance : plus de 30 000 morts dus à la pandémie !

Il est actuellement de bon ton à gauche et même plus largement dans les rangs d’une partie du Parlement d’affirmer haut et fort que, face à la pandémie, les retraités s’en sortent bien, puisque à l’inverse de nombreux salariés qui ont perdu et qui vont continuer à perdre dans le chômage partiel une partie de leur salaire, ils ont, eux, réussi à conserver l’intégralité de leurs pensions. Certains vont même jusqu’à prétendre que les vieux seraient responsables des conséquences économiques désastreuses du confinement, qui n’aurait été décidé que pour les protéger. On voit bien entendu tout de suite où mène ce genre de réflexions, qui font par avance des retraités les cibles privilégiées des politiques d’austérité à venir.

I - POURTANT : DU CÔTÈ DES RETRAITÉS, LES CHOSES NE SONT PAS SI SIMPLES :

A – La récente mise en garde du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio GUTERRES, publiée le 1er mai dernier, sonne en effet comme un coup de tonnerre. Elle enjoint sans délai un sévère recadrage de notre système de santé, en martelant que "Personne, jeune ou vieux, n’est sacrifiable. Les personnes âgées ont les mêmes droits à la vie et à la santé que tout le monde. Les décisions difficiles concernant les soins médicaux vitaux doivent respecter les droits de l’homme et la dignité de tous".

B - En France, ces recommandations s’élèvent visiblement contre les discriminations "anti-vieux" et tout particulièrement celles qui, au regard de leur faible espérance de vie, ont abouti un temps à écarter des hôpitaux, les résidents des EHPAD lorsqu’ils étaient contaminés et à interdire à tous les pensionnaires durant de longues semaines toute visite, le tout aggravé par des phénomènes de "glissement" bien connus des soignants et débouchant sur des hécatombes hallucinantes et qui ne sont à l’honneur ni de l’Administration de la Santé, ni du Gouvernement français.

C - Les retraités âgés sont sans conteste ceux qui ont payé le plus lourd tribut à la pandémie. *Il est hors de doute qu’en fin de crise et une fois que les décès "en ville " auront enfin été correctement remontés, le chiffre de 30 000 morts sera nettement dépassé. Et lorsqu’on compare la nécrologie française avec sa voisine allemande ou la mortalité grecque, les retraités et leurs familles sont objectivement fondés à se plaindre de carences publiques et de pénuries multiples largement dues à de coupables imprévoyances et dont ils ont incontestablement payé et de loin le prix le plus lourd (plus de 90% des décès constatés). Plus grave encore, après ce qui vient de se passer, tous les septuagénaires et plus savent qu’en cas de pathologie sérieuse, leur survie sera désormais soumise à des arbitrages serrés dont la plupart n’avaient pas conscience, "le meilleur service de santé au monde" s’étant bien gardé de les en informer !
D - Ainsi écartés un temps de l’accès à l’hôpital, avec le Doliprane pour seul viatique, les résidents des EHPAD et leurs familles ont pu justement déplorer d’avoir été parqués longuement dans des territoires perdus de la santé publique, comme il y a des territoires perdus de la République. On a découvert en effet que le principe de l’égalité républicaine, qui exige l’accès de tous aux soins, avait beaucoup de mal à s’appliquer à des EHPAD pratiquement coupés du reste du monde. Lorsque sera venu le temps des comptes et des analyses, on s’apercevra sans nul doute que rarement le pays s’est autant éloigné des concepts qui veulent que la qualité d’une civilisation se mesure par l’attention qu’elle porte aux plus faibles et aux plus fragiles de ses membres et probablement aussi que le serment d’Hippocrate a fait quelques regrettables embardées. Le défaut patent d’humanité jusqu’au bord de la provocation sera sans doute l’un des griefs les plus marquants de la manière dont cette pandémie a été gérée par le pouvoir en place.

E - Enfin pour peu qu’en forçant leur nature, les retraités veuillent raisonner aussi cyniquement que leurs prédateurs, ils feront simplement observer qu’avec au moins une trentaine de milliers de morts, la pandémie parvenue à son achèvement économisera sans doute chaque année aux finances publiques plusieurs centaines de millions d’euros de pensions de retraites et de dépenses de santé et autres. Et même davantage pendant un certain temps, vu le peu d’entrain que les services mettent à liquider les pensions de réversion acquises aux conjoints survivants. Quoi qu’il en soit, les retraités seront sans doute les seuls au terme de cette crise à avoir procuré une véritable économie à la dépense publique.

II - ET SYMÉTRIQUEMENT DU COTÉ DES ACTIFS :

F - Nombre de salariés mis en chômage partiel ont en réalité conservé, grâce à l’effort de leur employeur qui y était fortement incité par les pouvoirs publics, l’intégralité de leur salaire sans fournir aucune prestation en retour. Rappelons en outre que pour l’hôtellerie, la restauration, les bars, l’événementiel et une bonne partie du secteur culturel, tous secteurs contraints à la fermeture par décision administrative, l’indemnisation de l’État continue à couvrir l’intégralité du salaire. On s’aperçoit pourtant chemin faisant qu’il n’est nullement exclu que certains employeurs peu scrupuleux aient immédiatement vu l’effet d’aubaine qu’ils pouvaient tirer d’un assouplissement de l’indemnisation du chômage partiel, pris dans l’urgence et la nécessité.

G - Dans le secteur public où le droit de retrait s’est souvent exercé nettement plus qu’ailleurs, les salaires ont été intégralement maintenus sans aucune contrepartie consistante et des services entiers, tels la Poste, la Justice, les Finances, l’Éducation et la Culture ont montré que le principe de continuité du service public pouvait présenter une géométrie extrêmement variable, avec une propension marquée à se satisfaire du périmètre minimal. Les banques n’ont pas non plus fait preuve d’un entrain remarquable à satisfaire les attentes de leur clientèle, souvent parquée dehors sur le trottoir dans de longues files d’attente aboutissant après plus d’une heure à l’approche à pas menus d’un lointain guichet unique. Ces diverses défaillances ont été d’autant plus vivement ressenties que, par ailleurs le reste du secteur privé (notamment alimentation, transport, distribution), a démontré qu’il était – lui - parfaitement capable d’assurer même en temps de crise l’essentiel de ses services et même avec LVMH, Michelin et quelques autres de combler par des actions-commandos les lacunes de l’impéritie publique. Bien sûr, il faut tenir à l’écart de ces considérations le comportement exemplaire du personnel soignant dans tous ses états (hôpitaux et cliniques, mais aussi toutes les professions libérales et tous les auxiliaires de santé constamment sur le pont, mais bien entendu sans bénéficier des moyens de protection réservés au secteur public !).

H - Par ailleurs, lorsqu’elle subsiste, la perte de salaire de 16% due à l’indemnisation du chômage partiel à hauteur de 84% du salaire net doit être diminuée à raison notamment de la disparition des frais d’emploi et de déplacement du salarié lui-même, des frais de garde de ses enfants et, le cas échéant, de la réduction d’impôt sur le revenu liée à la baisse de salaire.

I - Les plus pénalisés sont incontestablement les indépendants - commerçants, agriculteurs, artisans, professions libérales et autres professions de services soit sommés de cesser leur activité, soit contraints de la réduire drastiquement - pour lesquels on a tout lieu de craindre que les aides et prêts proposés ne soient pas vraiment à la hauteur du préjudice considérable résultant de plusieurs mois d’inactivité ou de quasi-inactivité forcée.

III -CONCLUSION

On ne peut donc pas dire qu’avec plus de 90% des quelque 30 000 décès actuellement officialisés (grâce à un outil
statistique de pointe, aujourd’hui encore on ignore tout des morts "en ville"), les retraités sont une frange favorisée de la population. Bien sûr certains de leurs détracteurs poussent le cynisme jusqu’à prétendre que ce sont les vieux et eux seuls qui sont responsables d’un confinement qui met en péril l’équilibre de la Nation, alors qu’au moment où il a été décidé, on ne savait rien ou presque du virus. Pourtant , si le problème était précisément circonscrit, le confinement des vieux n’empêchait pas les autres de continuer à travailler Et lorsqu’on aura rappelé que, sous le feu continu des deux dernières présidences, les retraités ont en moyenne perdu plus de 5% de leur pouvoir d’achat et donc nettement plus de deux semaines de pension par an, on doit se demander si, dans un futur proche, la justice sociale commande bien de matraquer une nouvelle fois une population qui, quoi qu’on dise, ne roule pas sur l’or. En effet si son niveau de vie est en moyenne très légèrement supérieur (4 à 5%) à celui des actifs, si son taux de pauvreté est moitié moindre que ce lui des plus jeunes, elle ne le doit pas du tout à ses pensions qui sont nettement inférieures aux salaires des actifs. Non, l’écart provient surtout des revenus supérieurs d’un patrimoine patiemment accumulé durant toute une vie de travail (40 années et plus), alors que par hypothèse le calcul en moyenne fait que la même accumulation pour tous les actifs plus jeunes ne couvre que la moitié de leur durée d’activité (soit juste un peu plus de 20 années). La même objection vaut lorsqu’on reproche aux vieux d’être un peu moins pauvres que les plus jeunes, puisqu’à conditions égales un patrimoine et une épargne accumulés sur plus de 40 ans et enrichis d’éventuels héritages sont nécessairement bien plus importants que ceux accumulés pendant 20 ans et sans aucun héritage. Selon une étude de l’INSEE du 19 décembre 2019 et pour mettre tout le monde d’accord : en 2018, le patrimoine moyen d’un ménage de 30 ans n’excède pas € 38 500, alors qu’il s’élève à € 315 200 (facteur > 8 !) pour un ménage de sexagénaires Il est d’ailleurs étonnant de voir comment ces évidences premières échappent aux plus éminents de nos économistes et à quelques autres politiques et journaleux qui broient du retraité à longueur d’année. Quoi qu’il en soit, il serait donc parfaitement abusif de pousser plus loin la taxation et la désindexation des pensions aux seuls prétextes que cette population déjà lourdement frappée dans un passé récent ne défile guère dans la rue et qu’elle ne détient pas ce pouvoir de nuisance, auquel on a l’habitude en France de rapporter les égards, ménagements, avantages et passe-droits dus à tel ou tel corps social.

Et si le bon sens et la raison ne suffisent pas, rappelons quand même pour calmer l’ardeur prédatrice des plus acharnés de nos taxateurs que le mouvement des gilets jaunes couve toujours et qu’actuellement, à la sortie très incertaine d’une crise particulièrement grave, il n’est nullement exclu qu’il ne fasse quelques émules. Ces gilets jaunes ont montré, il n’y a pas si longtemps, que si leurs armes n’étaient pas celles des corporations fortement syndiquées, ils avaient bel et bien la faculté dans la durée de troubler sérieusement la sérénité présidentielle et d’ébranler dangereusement l’autisme du Gouvernement et de ses soutiens parlementaires (d’ailleurs quelque peu centrifuges ces derniers temps). Et en politique deux ans encore, avec un ciel aussi chargé que le nôtre, avec plus de la moitié du pays à remettre rapidement au travail, c’est très long ! Certes le Président de la République nous a bien promis qu’au terme de cette pandémie "rien ne serait plus comme avant". Les Français ne demandent qu’à le croire, mais à condition que cet engagement ne soit pas le dernier de ces coups de com’ dont ils sont saturés et qu’il corresponde au contraire à une volonté réelle et déterminée d’entamer énergiquement le redressement du pays pour la fin du quinquennat.

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