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Le click and collect, cache-misère pour restaurateurs en danger

mercredi 2 décembre 2020, par Diana Wimy

Pour les restaurateurs ce sera peut-être le coup de grâce. Pour le moment, à moins d’un ènième revirement de nos autorités, ils sont condamnés à laisser leur rideau baissé jusqu’au 15 janvier minimum.. Après les gilets jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites, le confinement, le protocole sanitaire de déconfinement, les « mesures sanitaires prises en zones d’alerte maximale », le couvre-feu et le (re)confinement, les catastrophes en chaîne ont de quoi pousser au désespoir le restaurateur ou le cafetier le plus solide !

Une activité en chute de 69 % !

Déjà, en novembre, l’activité économique de la branche de l’hébergement-restauration devrait avoir baissé d’environ 69 % par rapport au niveau d’avant-crise, selon l’Insee. Pour le seul mois d’avril, le plongeon est estimé à 83% : abyssal ! Le secteur paie clairement l’addition la plus salée des mesures sanitaires. Le dernier point (octobre) de conjoncture de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) indique que « le recul de la consommation (…) proviendrait principalement de moindres dépenses d’hébergement et restauration ».

Deux établissements sur trois menacés de fermeture

Conséquence, selon l’enquête menée auprès de 6 600 hôtels, cafés, restaurants et discothèques par leurs syndicats professionnels (GNC, Groupement national des chaînes hôtelières, GNI, Groupement national des indépendants hôtellerie & restauration, Umih, Union des métiers de l’industrie de l’hôtellerie et Snrtc, Syndicat national de la restauration thématique et commerciale), la crise du coronavirus pourrait entraîner la fermeture de deux établissements sur trois.

Les Français solidaires

Pas encore complètement découragés par les mesures de distanciation sociale, les Français étaient encore près de la moitié (45 %) à avoir eu « besoin de se faire plaisir » en allant au restaurant cet été… « car les derniers mois ont été très difficiles ». C’est ce qu’indique la 4ème revue stratégique « Food service & Covid-19 » publiée le 7 octobre. À 58 %, les Français trouvaient déjà les réglementations imposées aux restaurants et bars « totalement injustifiées ». C’était avant le reconfinement. Enfin, ils sont presque unanimes (90 %) à s’insurger contre « les conséquences (…) désastreuses » pour le secteur, de la fermeture longue durée qui lui est infligée. La tragédie que vivent les restaurateurs ne leur est pas indifférente, loin de là ! Et pas seulement parce qu’ils sont eux-mêmes privés du plaisir de se retrouver au restaurant.

Quel risque de contagion au restaurant ?

L’étude que les CDC d’Atlanta (Centers for Diseases Control, Centres de contrôle et de prévention des maladies) ont publiée le 11 septembre dernier sur les lieux de contamination est moins encourageante. Les résultats que l’organisme livre dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire sont en effet sans appel : « Les adultes dont les résultats du test SARS-CoV-2 étaient positifs étaient environ deux fois plus susceptibles d’avoir déclaré avoir mangé au restaurant que ceux dont les résultats du test SARS-CoV-2 étaient négatifs ». Il est vrai que les contextes conviviaux et festifs rendent délicat le respect des gestes barrières. Il est évident que personne ne boit ni ne mange avec un masque…

Sauve qui peut avec le click and collect

Pour sauver leur activité, certains restaurateurs tentent de se convertir, bon gré mal gré, au click and collect (la commande en ligne avec retrait sur place). 33,2 % d’entre eux ont ainsi prévu d’organiser un système de vente à emporter, selon une enquête de l’Umih auprès de 2000 restaurateurs, publiée le 3 novembre. Mais les contraintes sanitaires ne les y aident guère. Elles sont strictes : le client doit emporter les produits qu’il a achetés et non les consommer sur l’espace public attenant à l’établissement, ce qui pourrait être considéré comme de la consommation sur place et risquer de générer un attroupement de plus de six personnes.

La multiplication et le renforcement des contraintes sanitaires modifient les comportements, créent des habitudes, et la vente à distance semble assez bien partie pour s’inscrire dans la durée. Selon l’enquête que la start-up 10-Vins a menée au printemps dernier auprès de 300 restaurateurs, 30 % d’entre eux ont mis ce canal de vente en place pendant le premier confinement, et 60 % de ceux-là l’ont ensuite conservé. Déjà au deuxième trimestre, les chiffres de la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance) montraient que« ce sont les achats en ligne auprès des enseignes magasins qui ont le plus accéléré (…) avec une progression de +83%. ». De quoi pousser encore un peu plus les restaurateurs à accélérer leur transformation digitale.

Places de marché, une autre rustine

En première ligne face à la crise du Covid19, quelque 500 restaurateurs et hôteliers d’Île-de-France ont bénéficié du chèque numérique de 1500 euros que la Région distribue aux commerçants pour soutenir cet effort de changement (la moitié des aides octroyées sont allées à ce secteur sinistré !). Ces chèques permettent de financer sites, publicité digitale ou abonnements à des market places. Places de marché virtuelles qui, selon le dernier bilan de l’e-commerce en France (Fevad, Oxatis, Kedge) publié le 5 février dernier, ont le vent en poupe. 27 % des marchands ayant un magasin utilisent ce type de plates-formes aujourd’hui activement promues par Bercy, les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) et nombre de régions.

Les starts-ups, aussi, rivalisent d’imagination et d’innovation pour faciliter ces modes de distribution pratiques, certes, mais aussi beaucoup moins conviviaux…. MyBeezBox, par exemple, décline le click and collect sous forme de solutions de vente à emporter, de drive (livraison aux automobilistes) ou de livraison. Zenchefa de son côté a équipé plus de 4000 restaurants avec son logiciel permettant gérer site web, avis et fichier clients ou encore menus digitaux (quand la réouverture, aura lieu). D’autres jeunes pousses (Mon petit e-commerce, Petits Commerces, Petit Drive…) accompagnent les commerces de proximité dans leur digitalisation à marche forcée.

Par la force des choses, la place du marché et bientôt le repas de Noël se digitalisent. Etrange période de fêtes.

Sources :
https://www.lepoint.fr/gastronomie/info-le-point-les-restaurants-devraient-rester-fermes-pour-les-fetes-16-11-2020-2401232_82.php
https://www.insee.fr/fr/statistiques/4964594?sommaire=4473296
https://www.lecuisinier.fr/au-quotidien/2020-10-08-covid19-la-restauration-doit-se-reinventer-et-entreprendre-avec-le-plein-soutien-de-ses-clients-selon-la-4e-revue-strategique-de-food-service-vision/
https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/69/wr/mm6936a5.htm
https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/covid-la-digitalisation-des-restaurants-cree-des-opportunites-pour-les-start-up-1257587
https://www.fevad.com/bilan-du-e-commerce-au-2eme-trimestre-259-milliards-deuros-de-chiffre-daffaires-en-hausse-de-53/
https://www.maddyness.com/2020/11/02/confinement-10-startups-soutien-petits-commercants
https://www.fevad.com/bilan-du-e-commerce-en-france-le-e-commerce-franchit-le-cap-des-100-milliards-deuros-en-2019/

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Le-click-and-collect-cache-misere-pour-restaurateurs-en-danger

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