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Juppé : un "libéralisme" bien curieux...

Le programme d’Alain Juppé serait-il « résolument libéral » comme cela a été présenté dans plusieurs médias ? L’homme providentiel qui terrassera le fléau du chômage en 5 ans serait-il réellement arrivé ? Le réformiste d’une France repliée sur elle-même et sur ses petits privilèges corporatistes émergerait-il enfin ? Une analyse de ses premières propositions peut permettre de répondre à la question. Un petit détour par un rappel d’où vient l’homme pourra en outre aider à porter une appréciation plus précise.

Que Juppé « le technocrate » prône une France libérée, voilà une bonne nouvelle. Mettre un terme aux 35 heures ? Une bonne idée. Favoriser les accords d’entreprises ? Idem. Mais pourquoi ne pas aller plus loin et déboulonner le sacro-saint « modèle social français » de son piédestal, plutôt que vouloir le défendre ? Protéger le monopole de la sécu dans un monde qui bouge, est-ce vraiment libéral ? De même, pourquoi maintenir les français dans le carcan injuste de la retraite par répartition avec une énième réforme paramétrique en repoussant l’âge de départ à 65 ans ? Baisser encore les charges sociales ? Mais qui va les payer au final, d’autant qu’on ligote en même temps les français à la Sécu ? Pourquoi ne pas revenir sur le SMIC national unique ?

Supprimer l’ISF, impôt improductif s’il en est ? Il était temps. Mais Monsieur Juppé avait lui-même institué le « plafonnement du plafonnement » de l’ISF en 1995. Baisser les impôts des entreprises ? Parfait. Mais pour ensuite augmenter la TVA et la taxe carbone alors qu’elles touchent les moins lotis ? Baisser de 300 000 le nombre de fonctionnaires ? Ce ne représenterait que 5% de la masse totale : pourquoi pas davantage d’audace, notamment dans le cadre d’une remise à plat approfondie et transparente des missions de l’État et des collectivités ? De même, pourquoi avoir peur de revenir sur le statut de la fonction publique ? Proposer certaines mesures allant dans le sens d’un léger desserrement de l’étau étatique dans un pays où l’État dépense 57 % des ressources nationales, voilà un libéralisme bien timide…

Le libéralisme, ce sont en réalité des principes, et pas quelques mesures. Être libéral, c’est une philosophie sociale cohérente. C’est défendre une société fondée sur la liberté et la responsabilité, qui fait confiance à l’homme, qui laisse la liberté du choix, notamment en matière de protection sociale, qui cherche à limiter le pouvoir politique afin de laisser s’épanouir la société civile. Ce n’est pas afficher une liste de propositions plus ou moins « pro-business » ou, pire, « pro-riches », compensées par le maintien du « modèle social français », et chiffrées avec plus ou moins de sérieux. Être libéral c’est aussi, dans la ligne de cette philosophie, une cohérence dans la vie d’un homme avec des valeurs d’état de droit, d’égalité devant la loi, de transparence et de justice. On n’a pas juste des idées libérales, on vit comme un libéral : être libéral c’est d’abord une attitude.

Or, que penser de ce point de vue d’un homme critiqué dans les années 90 pour avoir fait refaire son appartement, loué à un prix préférentiel aux frais des contribuables ? De quelqu’un qui avait ordonné aux services de la ville de Paris de diminuer le loyer de son fils, logé de manière préférentielle lui aussi ? Pour déclarer ensuite rester « droit dans ses bottes ». Que dire évidemment de sa condamnation pour avoir été au centre d’un financement occulte du RPR, condamné à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité ? Durant sa retraite au Canada où il enseignait à l’école nationale d’administration publique, certains s’étaient offusqués qu’après ces péripéties, l’homme politique français « à la diète » puisse enseigner à des futurs hauts fonctionnaires. En France, c’est normal.

On le voit, les valeurs libérales semblent encore assez lointaines chez Monsieur Juppé.

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Messages (9)

Homme providentiel

le 21 mai, 04:46 par Tresceptique

Excellente analyse, on est encore loin du compte et dire que certains le qualifient d'ultra libéral.

22 mai, 18:04 - Emmanuel Martin

Merci. Loin du compte effectivement.

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Jupette

le 21 mai, 10:35 par HUMUS

Monsieur Jupe a aussi annoncé qu'il voulait ramener l'Impôts sur les Sociétés au taux des pays voisins. Fort bien, on y pense enfin.
Mais qu'avait fait ce docte M. JUPE lorsqu'il est devenu Premier Ministre en 1995 ? Une des premières mesures qu'il a prises, fut de rajouter 10% audit impôt qui était alors de 33% !!!
Comme l'a toujours fait la Droite aussi, M. JUPE a préféré augmenter les prélèvements plutôt que de faire des économies.
Qu'avait fait le président REAGAN lorsqu'il est arrivé au pouvoir alors que les USA étaient en position calamiteuse ? Il a baissé les impôts et le résultat fut probant : l'économie est repartie et les impôts induits furent supérieurs à ce qu’aurait rapporté la moindre hausse des prélèvements.

22 mai, 18:06 - Emmanuel Martin

Merci. Effectivement.
Le passé de Juppé ne prêche pas pour l'optimisme.
(On peut aussi critiquer Reagan d'avoir laissé filer les déficits, mais c'est une autre histoire, contexte différent oblige sans doute)

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Le faux libéral !

le 21 mai, 11:42 par Astérix

M. JUPPÉ est un technocrate socialiste incapable de libérer le Pays de ses contraintes imbéciles (fiscalité écrasante, charges, dettes, normes, règlements stupides ... etc..) Il faut que la France réduise ses dépenses publiques de 300 milliards d'euros par an dans un premier temps et ramènent les prélèvements obligatoires à 30 % maximum, en transférant toutes les fonctions non régaliennes de l'état vers le secteur privé.
A défaut la France, déjà en faillite, s'enfoncera encore.
Tous ceux qui se présentent "à droite" pour la Présidence de la République en 2017 sont, en réalité, des socialistes incapables d'avoir le courage de prendre les bonnes mesures pour redresser notre Pays.
Il nous faut un (ou une) libéral au sens véritable du terme, provenant du secteur privé, spécialisé dans le redressement des entreprises en difficulté (la France) en mesure de prendre toutes les décisions de bon sens le lendemain de l'élection.

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Mefiance

le 21 mai, 23:22 par Dapsang

Oui vous avez raison Juppe a repris a son compte les propositions de ses concurrents a la Primaire . C'est tant mieux, mais l'homme est tout sauf liberal , tel son mentor Jacques Chirac , qui nous a enfonces . Le seul authentique liberal est Fillon.

22 mai, 18:07 - Emmanuel Martin

Merci. Fillon est plus sincère et moins "techno". Il aurait dû quitter Sarkozy rapidement, malheureusement.

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Parcours d'Alain Juppé

le 22 mai, 10:45 par Ponthieu2

Je me trompe peut-être, mais c'est lui qui avait soutenu la dissolution, dont les suites ont été dramatiques pour l'économie de la France.

22 mai, 18:11 - Emmanuel Martin

Hostile au départ... Favorable quand les sondages le devinrent également !

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Une candidature fabriquée

le 22 mai, 18:50 par Dominogris

M. Juppé avait affirmé lors des municipales qu'il ne s'occuperait que de Bordeaux... Mais c'est le candidat qui a été choisi par l'oligarchie qui nous gouverne et vit aux dépens du pays depuis des années. Il a repris quelques idées libérales d'un côté, joue l'obsession anti FN de l'autre, et les sondages à répétition nous martèlent que c'est le meilleur, alors même qu'on ne sait pas qui va être candidat...

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Juppé, plutôt radsoc ?

le 23 mai, 17:30 par Faivre

N'attendons pas que l'énarque Juppé que Chirac avait qualifié de "meilleur d'entre nous"baisse les impôts ; il continuera à faire cracher au bassinet les classes moyennes ; d'ailleurs a-t-on déjà vu un énarque baisser les impôts ? Et il continuera à acheter la paix sociale à coup de milliards plutôt que de s'attaquer à la racine du mal ! Cela nous promet des lendemains qui chantent au moins autant qu'avec Hollande !

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Il y a plus grave !

le 24 mai, 10:05 par chapelle

Votre analyse confirme une fois de plus, hélas, que cet énarque est viscéralement anti-libéral.
Or, si cet étatiste vient au pouvoir, il continuera ce qu'il a toujours fait (ne pas oublier qu'il fut le premier maire de grande ville à installer les 35 heures dans sa mairie !!...). L'opposition continuera à parler d'ultra-libéralisme... Et puisque les français ont pris l'habitude du "tout-état", aux élections suivantes, ils revoteront pour un ersatz de Flamby. Et la France coulera définitivement !
Donc si Juppé passe, courage, fuyons !

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