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Jeanne du Barry : la leçon de liberté de Maïwenn Le Besco

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Le 9 mai 2023, l’actrice française Adèle Haenel décidait de mettre fin à sa carrière dans le cinéma, dénonçant dans une lettre ouverte « la manière dont ce milieu collabore avec l’ordre mortifère écocide raciste du monde tel qu’il est » (sic). Un univers que la comédienne a ainsi choisi d’ « effacer » : « Je vous annule de mon monde, a-t-elle poursuivi. Je pars, je me mets en grève, je rejoins mes camarades pour qui la recherche du sens et de la dignité prime sur celle de l’argent et du pouvoir ». Au rebours des oukases de la néo-bien-pensance médiatiquement relayée du moment, la réalisatrice Maïwenn Le Besco dénonce quant à elle le milieu du cinéma d’une manière bien plus subtile et originale. Car si son dernier film, Jeanne du Barry, traite de l’ascension à la cour de Versailles d’une roturière devenue la dernière favorite de Louis XV, il n’est toutefois pas interdit d’y voir aussi un écho de ce microcosme, avec ses codes et ses travers. « Versailles, affirme-t-elle d’ailleurs très explicitement, pourrait être une métaphore des gens du cinéma ».

Au fond, la réfutation la plus efficace des stupides préjugés sexistes ou machistes, à l’œuvre dans un milieu comme celui du cinéma, n’est-elle pas celle à laquelle se livre – en acte, et non verbalement – une Maïwenn Le Besco, parvenue à s’imposer auprès du public comme de la critique pour son talent de réalisatrice et son sens esthétique en matière de cinéma ? C’est ce que confirme Jeanne du Barry, qui illustre d’ailleurs une approche libre et personnelle du « film d’époque » : inspirée par certains films comme le Marie-Antoinette de Sofia Coppola (duquel Jeanne du Barry diffère néanmoins fortement par sa dimension plus classique), la réalisatrice franco-algérienne s’est d’abord documentée pendant des années sur la vie de Jeanne Bécu (nom sous lequel est née la future favorite du roi), non pas pour tourner un film « documentaire » qui fût adoubé par les historiens professionnels, mais pour mieux s’en approprier le personnage. La Jeanne du Barry qu’elle incarne à l’écran est ainsi celle qui l’a touchée personnellement (« son côté érudit, curieux, voire distingué »), celle dans laquelle elle s’est reconnue et à laquelle elle a pu s’identifier (son « parcours de transfuge »). Bref, le portrait qu’en brosse ici la cinéaste est un portrait qui s’appuie sur une documentation préalable, mais qui est ensuite filtré par l’imaginaire. On notera enfin que par ses qualités formelles et narratives, le film dément l’idée que les plateformes de streaming auraient « tué » le cinéma, qui durera aussi longtemps qu’existeront les talents individuels.

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Chris 27 mai 2023 - 4:09

Film très réussi, quoi qu’en disent les détracteurs qui n’ont pas compris qu’il n’a pas vocation à être historiquement fidèle.
On ne peut qu’adhérer à l’idée que ce film reflète le microcosme du milieu du cinéma, comme de nombreux milieux.

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