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Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes

par Thierry Benne

Alors que des progrès extraordinaires ne cessent d’être accomplis dans le perfectionnement et la précision des instruments de mesure de tous ordres – poids, lumière, dimensions, résistance, temps (chronomètre au millième de seconde) etc. – les compteurs de vitesse de la plupart de nos voitures demeurent étrangement approximatifs, au point qu’ils ne donnent leur juste mesure que quand le véhicule est rigoureusement à l’arrêt. Sans prétendre à une précision absolue, qui donc, en conduisant, n’a jamais rapproché la vitesse indiquée par le compteur serti dans le tableau de bord de son véhicule de celle affichée par le GPS fixé au pare-brise en constatant un écart important, puisqu’il est admis que les compteurs classiques « surexposent » la vitesse effective indiquée par le GPS de l’ordre de 5 à un peu moins de 10%?

Ainsi donc dans le cadre des différentes limitations de vitesse, on exige de l’automobiliste qu’il respecte parfaitement une vitesse que l’instrumentation de bord de base ne lui fournit pas. Et s’il veut rouler au plus juste à la vitesse effectivement autorisée, il lui faut sans cesse corriger mentalement cette sorte d’erreur de parallaxe, en diminuant de quelques kilomètres/heure la vitesse affichée par le compteur. Naturellement, cette correction varie selon les vitesses et selon les véhicules et pour éviter tout déboire il convient d’abord d’étalonner sérieusement chaque véhicule et ensuite de se souvenir fidèlement des équivalences obtenues. Évidemment, la pratique constante de cette gymnastique mentale parasite une partie de l’attention qui devrait être intégralement consacrée à la conduite. Et les changements incessants observés dans les vitesses autorisées sur certains tronçons rendent le recours au régulateur de vitesse parfaitement aléatoire. Qu’on le veuille ou non, les compteurs « réducteurs » sont donc à la marge eux aussi un facteur d’accident.

Imaginons maintenant que notre conducteur, comme l’immense majorité de ses congénères, s’en tienne à la vitesse affichée par le compteur, en acceptant ainsi de rouler nettement en dessous des limitations de vitesse sur des trajets routiers de plusieurs dizaines de kilomètres. Il provoquera inévitablement des bouchons ou des files dus à son retrait par rapport aux vraies vitesses que pratiquent d’autres conducteurs, qui n’entendent pas se laisser durablement infliger une sorte de double peine, celle illicite d’un compteur défaillant aggravant encore celle légale des panneaux. Il n’est pas sûr du tout que l’énervement et l’impatience illégalement et inutilement provoqués, qui se traduiront souvent et à la première occasion par un dépassement risqué et irrégulier, concourent effectivement à l’amélioration de la sécurité routière, tandis que le strict respect de la vitesse-compteur favorise de son côté sur les longues distances l’ennui, l’inattention ou l’endormissement.

Bref lorsque les autorités fixent une limitation de vitesse, il importe qu’elles veillent également à respecter la règle du jeu de manière à ce que les automobilistes disposent tous d’une information immédiate, claire, précise et non biaisée. Il n’est plus admissible de mettre sur le marché des voitures équipées de compteurs, qui n’indiquent jamais la vitesse exacte du véhicule, sauf lorsqu’il se trouve à l’arrêt et qui accusent technologiquement plus que des décennies de retard. Des compteurs fiables existent, leur marge d’erreur est beaucoup plus faible que celle de leurs prédécesseurs: les GPS, qui pourraient être périodiquement vérifiés lors des visites de contrôle, le prouvent. Alors, certes il est beaucoup plus facile de verbaliser pour quelques kilomètres/heure de dépassement un automobiliste perdu dans ses décomptes que d’exiger des constructeurs automobiles qu’ils dotent leurs engins non pas des instruments d’hier, mais de ceux d’aujourd’hui. Doit-on rappeler que le plus important dans un véhicule, ce ne sont pas comme on a trop tendance à l’oublier aujourd’hui ses émissions de carbone, mais sa fiabilité et sa sécurité, la passive comme l’active. Et l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les vitesses affichées par l’instrumentation de base, lorsqu’il sait qu’elles sont constamment fausses ou presque.

La lutte contre la violence routière passe nécessairement par le respect indivisible du code de la route, par tous les acteurs, constructeurs automobiles et pouvoirs publics compris et non pas seulement par les automobilistes. Une vérité qui semble aujourd’hui totalement oubliée de la plupart des édiles locaux notamment, quand on pointe tous les ralentisseurs illégaux (pentes trop raides, rampes d’accès trop courtes, hauteurs surpassées, coussins délabrés), dont le franchissement oblige non plus à ralentir à 30 km/h comme annoncé, mais pratiquement à marquer le pas, voire l’arrêt pour certains véhicules bas, tant à la montée qu’à la descente. Il est démontré que ces obstacles stoppeurs sont tout aussi nuisibles pour la consommation et la pollution qu’ils augmentent indument que pour l’usure mécanique du véhicule soumis à des contraintes inutiles. En outre ils mettent sciemment en péril les automobilistes et les autres usagers (perte de contrôle) et ils risquent en sus d’abimer indument les véhicules (raclage du bas de caisse et pire), tout en engageant la responsabilité des collectivités défaillantes.

En laissant depuis plusieurs décennies se multiplier à l’infini sur toutes nos routes -et au vu et au su de tous – des obstacles interdits, la puissance publique faillit indiscutablement et gravement à sa mission de sécurité et de justice routière, En réalité, il n’est pas plus difficile pour l’État d’interdire directement aux constructeurs automobiles l’installation de compteurs de vitesse foireux que pour les Préfets de contraindre les propriétaires d’ouvrages dangereux à les rendre rapidement conformes aux normes. Car ces deux anomalies, qui bénéficient abusivement d’une complaisance publique malsaine et illicite, participent en réalité d’une sorte de violence routière sournoise et d’une insupportable désinvolture qu’on ne doit pas tolérer d’où qu’elle vienne. Manifestement, on a perdu la sagesse du vieil adage latin qui impose à toute autorité de respecter ses propres lois…

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12 commentaires

Martinie 22 octobre 2021 - 4:44

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
Encore un excellent article…qui ne fera l’objet d’aucune réponse des autorités publiques à l’instar du dossier sur les rémunérations illégales des membres du Conseil Constitutionnel, à l’exception du papier du President de la Cour des Comptes !

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didier TSCHANN 22 octobre 2021 - 5:55

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
un jour, il faudra bien supprimer nos 36’000 maires qui jettent l’argent par les fenêtres..

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chris 22 octobre 2021 - 6:58

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
Tres bon article qui confirme que le racket d’état a encore de beaux jours devant lui puisque les automobilistes sont des moutons puisque à chaque manoeuvre étatique, ils ne bougent pas! Alors les kapos du gouvernement auraient tort de ne pas se priver!

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AlainD 22 octobre 2021 - 8:22

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
L’automobiliste c’est la poule aux d’or des gens qui sont censés nous gouverner. A force de contraintes et de taxes qu’ils prennent garde de ne pas la tuer.

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Benoit 22 octobre 2021 - 8:24

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
Un sujet qui me tiens à coeur.
La marge de 5kmh pour la limitation, est insuffisant, ou il faudrait viser 45 pour être sur d’être à 50.
Mon Renault de 2010 se content de 3 traits entre les chiffres de 60 et 80 avec 7% d’erreur. C’est donc très difficile d’être conforme à la loi. Les camions poussent car leurs compteurs sont précis, de surcroit ils ont les limitateurs qui les soulagent pour la vitesse maximum.
Ajoutons les incessants changements (a t’on encore besoin de zones 70?) qui pourraient être simplifiés. Voir ajouter un rappel avec une ligne de couleur sur les côtés.
Pour info, un compteur vélo (calibré selon circonférence) est très précis ainsi que les radars informatifs.
Mais comme l’objectif est d’emme… les Français et rivaliser avec le contrôle sociale des Chinois

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Paul 22 octobre 2021 - 9:00

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
C’est pourquoi en Finlande la réglementation est zéro tolérance mais dans les faits les radars flashent à au moins 20 km/h au-dessus de la valeur autorisée. Pour l’alcool idem zéro alcool mais contrôlé après 2 bières, il n’y a pas de contravention seulement un rappel à la loi.

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montesquieu 22 octobre 2021 - 4:56

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
Plus je vieillis et plus la bureaucratie en France me révolte. La France est un pays remarquable par ses paysages, son architecture, sa langue , sa gastronomie, son patrimoine culturel mais tout cela est gâché par son Etat qui se mêle de tout et néglige ses devoirs premiers. D’où toujours plus besoin d’argent pour assurer sa survie, peu importe les moyens utilisés. Jusqu’à l’étincelle qui réveillera les français endormis…..

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VIRGINIE 22 octobre 2021 - 6:24

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
Bonjour,

J’ai filmé le fait que sur une route, un panneau indiquant la vitesse et l’indication du gps ne sont absolument pas mis à jour et la différence est parfois de 30 km/h, alors quand on ne connait pas le coin ou que l’on ne voit pas les panneaux on se fie au gps qui n’est pas à jour, et on se prend des pv.

Je peux dire aussi qu’il y a un radar placé à villeneuve d’ascq, lorsque l’on cherche avec ce qui est noté pour localiser l’endroit, ce n’est pas trouvé par google map ?

Lorsque l’on voit toute la signalisation, on ne comprend plus rien.

Le permis est devenu un peu du grand n’importe quoi, le code avec des multiples réponses, ce n’est pas juste en plus les situations sont parfois mal annoncées.

Quant à moi je pense que le permis à points fait partie de l’une des plus grandes escroqueries de ce siècle.

Les ronds-points sont de vrais danger public, les priorités dont on voit si quelqu’un est passé une fois que l’on est nous-même passé !
Des passages piétons dans des virages !
Les dos d’âne, démolisseurs de voitures et extrêmements dangereux pour les motos, les 2 roues, placé dans des virages c’est juste meurtrier.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé entre le temps où j’ai passé mon permis et maintenant mais les gens qui ont tout changé doivent être anti-voiture ou ne roulent pas ? En tout cas ne défendent aucunement les personnes ayant un véhicule.

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Astérix 23 octobre 2021 - 8:51

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
L’élection Présidentielle va peut être permettre de vérifier la position des prétendants face au domaine automobile !
Suppression:
– Du permis à points
– Des dos d’âne casseurs de châssis et de trains avants (très dangereux pour la sécurité mais approuvés par nos fonctionnaires irresponsables et incompétents).
– Nomination d’un ancien pilote à la sécurité routière à la place de ces crétins de fonctionnaires qui n’ont jamais rien compris à l’automobile..!
et bien d’autres mesures encore….!?
Vous verrez qu’il n’y en a pas un ou une pour approuver ne serait-ce que les trois mesures que je propose…!?

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Baptiste 23 octobre 2021 - 9:32

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
Très surpris de voir l’Iref en appeler à la réglementation pour avoir des compteurs précis, alors que si les compteurs sont imprécis c’est d’abord parce que les acheteurs de voitures n’orientent pas leur achats vers les voitures qui ont des compteurs précis, ce qui prouve qu’ils s’en fichent. Rien n’empêcherait non plus les personnes intéressées ou les associations de consommateurs de lancer des campagnes réclamant des compteurs précis aux constructeurs, c’est un peu le rôle de ces associations à la base…
S’il y a une loi, comme à chaque fois, il y aura des effets pervers infinis qu’il faudra corriger et du lobbying etc, et donc de la destruction de richesse pure, et rien d’autre.

Je signale aussi que les problèmes constatés dans l’article sont délibérés de la part des gouvernants, et qu’il faut le dire. Les hommes de l’Etat détestent la liberté et l’autonomie de l’individu, or la voiture est un puissant vecteur d’émancipation des contraintes de la vie (et donc du besoin d’Etat-nounou). Et la récente déclaration du ministre Wargon vilipendant la voiture qui va avec la maison individuelle nous rappelle ce que je dis. Voir aussi l’agenda 21 et agenda 2030.

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zelectron 23 octobre 2021 - 5:21

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
et pour couronner le tout les pneus ultra-gonflés et ceux qui sont en limite de dégonflage n’indiquent pas les mêmes vitesses au compteur, c’est bizarre, non 🙂

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Michel de Haute Garonne 24 octobre 2021 - 9:48

Sécurité routière : l’État n’a pas le droit de jouer au chat et à la souris avec les automobilistes
Il me semblait pourtant que les afficheurs de vitesse souvent numériques sont de plus en plus précis et que la verbalisation (en théorie) n’intervient que si le dépassement est de 5 % au delà de la limite ou 5km/h pour les limites en dessous de 100km/h; et dans la pratique la recherche d’infraction par les forces de l ‘ordre est souvent pour les forts dépassements.
Quant aux ralentisseurs, c’est la pétaudière effectivement, chacun (élus) selon la responsabilité de la voie (mairie, département, ), faisant ce s’il veut à la « demande des riverains  » au détriment de l’intérêt général et pour éviter une mise en cause pénale en cas d’accident.

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