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Les marchés vont sortir les socialistes de leur bulle

par Nicolas Lecaussin

Ces marchés tant décriés permettent à l’Etat français de payer ses dépenses courantes. Deux tiers de la dette publique française sont détenus par des prêteurs étrangers. Le taux exigé est d’un point supérieur à celui dont bénéficient les Allemands : différence représentant 20 milliards d’euros. De quoi mettre le nouveau pouvoir au pied du mur .

Il est probable que la période d’extase socialiste sera de très courte durée. Le passage de « l’ombre à la lumière » n’aura duré que quelques mois au mieux, et les réalités économiques se rappelleront rapidement à la mémoire du nouveau pouvoir.

La première de ces réalités est la dette publique. Rappelons d’abord quelques données essentielles. Elle dépasse les 85 % du PIB (environ 1 700 Milliards d’euros) et elle concerne l’Etat surtout (plus de 1 200 Milliards d’euros), les collectivités locales (environ 160 Milliards euros), les organismes de sécurité sociale (200 Milliards) et différentes administrations et autres organismes et agences dépendant de l’Etat (12 Milliards). Cette dette est aujourd’hui financée par des emprunts à plus ou moins long terme contractés par la France et proposés à divers acteurs financiers, qui constituent les fameux « marchés ». C’est le système Madoff, que l’on appelle en droit commercial « la cavalerie » : payer avec de l’argent que l’on emprunte.

Mais qui achète cette dette ? La France émet des titres de long terme (les OAT – Obligations assimilables au Trésor), remboursables entre 10 et 50 ans. Ensuite, il existe des titres à court terme : les Bons du Trésor à intérêt annuel (d’une durée de 2 à 5 ans) et les Bons du Trésor émis pour des périodes très courtes (de 4 à 7 semaines). Environ un tiers de la dette est empruntée aux banques et aux sociétés de crédit. Ce sont surtout les compagnies d’assurance qui achètent des titres de dette française pour les placements d’assurance vie (autrement dit, l’Etat engage l’épargne des Français).

Mais 65 % de la dette est détenue par des étrangers (en 1993, seulement 32 %). C’est une situation particulière en Europe, la France étant en troisième position après le Portugal (avec 75 %) et la Grèce (71 %) alors que la dette des pays comme le Japon est détenue en intégralité par ses résidents. Aux Etats-Unis, environ 33 % de la dette appartient aux étrangers. Quand on dit « étrangers », cela comprend des fonds de pension (interdits en France !), des banques, des fonds souverains… Environ 52 % de la dette française est détenue au sein de la zone euro, le reste étant hors de l’Europe.

On a pu le constater dans le cas de la Grèce et du Portugal : ces acteurs étrangers détenteurs de la dette tiennent compte du fait que l’Etat emprunteur ne puisse plus rembourser : « le roi est nu ». Dans ces conditions, l’Etat ne peut plus continuer à vivre au-dessus de ses moyens car les marchés ne le permettent plus. On voit que la Grèce est aujourd’hui dans une impasse : elle a besoin de 5 milliards et demi d’euros pour finir le mois de mai, mais les prêteurs européens ne veulent pas les débloquer si la Grèce n’accepte pas l’austérité – ce que les électeurs ont semblé vouloir signifier dimanche dernier.

Ce sera le cas avec la France dans les mois qui suivent. Déjà, le spread – l’écart entre les taux allemand et français – a doublé. Et 1 point de plus représente 20 Milliards d’euros supplémentaires à payer dans l’année ! Ce sont bien les marchés qui obligeront les socialistes à sortir de leur bulle.

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4 commentaires

Anonyme 15 mai 2012 - 5:58

Merci la droite
Ca sera le cas en France dans les mois qui viennent…après 10 ans de gabegies de droite. L’endettement est passée d’environ 57% du PIB au début du mandat de Raffarin à 87% aujourd’hui.

NC

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Anonyme 19 mai 2012 - 10:27

Et aussi aux prédécesseurs
Mitterrand 600 milliards, Chirac 585 et Sarkozy 515. A chaque fois il faut extraire les intérêts de la dette préexistante (héritée) les charges courantes financèes par le courage politique.

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Anonyme 21 mai 2012 - 8:15

Oui, évidemment
Oui, évidemment. Mais, notez que Chirac, c’est 12 ans, Mitterrand 14, et Sarkozy 5.

Aussi, je vous invite à lire les articles à l’époque où Sarkozy était ministre du Budget (1993-1995) et de l’Economie (2004). Le Financial Times : « Jamais la dette de la France a augmenté aussi vite » (1995). Le Frankfurter Allgemeine Zeitung : « La France ne peut continuer à s’endetter de cette manière » (1995). Lisez l’article de Lefranc dans Le Monde de 1994 (« Non, monsieur Sarkozy, tout ne va pas bien »). La droite (et, en particulier, Sarkozy) n’a certainement pas été meilleure que la gauche en ce qui concerne la dette, loin de là (et si on cumule l’accroissement de la dette sous Sarkozy en 1993-95, 2004 et 2007-2012, c’est tout simplement accablant pour lui. Je vous laisse faire le calcul, je ne veux pas être responsable de votre chute de votre chaise). Je vous invite aussi à voir cet échange entre Bayrou, Sarkozy et Hollande en 1999. Comme le dit Bayrou, la droite, c’est augmentation des impôts et accroissement de la dette. Sarkozy répond évidemment (courageux comme il est) que c’est Bayrou qui faisait partie du gouvernement Juppé (1995-97), pas lui, mais oublie de dire qu’il a fait exploser la dette de 1993 à 1995 (puisque vous parlez d’héritage, le pauvre Juppé a hérité de la situation catastrophique laissée par Sarkozy). Et n’en déplaisent à certains, Bayrou dit la vérité.

http://www.ina.fr/video/I12076711/francois-bayrou-promesses-electorales-sur-la-fiscalite-et-l-europe.fr.html

(Et puisque vous parlez de « charges courantes », sachez que les privatisations sous Sarkozy en 93-95 ont servi à financer les dépenses courantes, pas à diminuer l’endettement.)

La droite a trahi les idéaux libéraux durant ces 25 dernières années, c’est un fait. Que les libéraux ne votent pas pour la gauche, OK, mais qu’ils appellent à voter pour la droite, c’est totalement incompréhensible surtout quand on a une droite qui court après les voix du FN. Alors, certes, il y a l’argument simpliste : la gauche s’appuie sur les voix de l’extrême-gauche, anti-libérale, pourquoi la droite ne peut pas s’appuyer sur les voix d’extrême-droite ? Sauf qu’au niveau économique, l’extrême-droite et l’extrême gauche se rejoignent : il n’y a pas plus anti-libérale que Marine Le Pen comme le dit fort justement Alain Madelin (5:00 à 8:00).

http://www.youtube.com/watch?v=vm8OzFsNYE4&feature=fvst

Les deux infinis (gauche et droite) se rejoignent dans leur opposition au « système libéral » (qui n’existe que dans leur imagination). Cependant, à cette opposition commune s’ajoute la haine du FN (et de la droite conservatrice) envers des PERSONNES, leur xénophobie.

Alors, on peut toujours dire : oui, la droite n’est pas libérale, mais dans le court terme, il faut voter contre la gauche. C’est que j’ai entendu et lu de la part des « libéraux », dont M. Novelli. Sauf que c’est toujours pareil. Rappelez-vous ce qui s’est passé en 2007. J’ai lu des brillantes analyses des programmes, indépendantes et objectives, nous disait-on, faites par d' »éminents économistes ». Le meilleur programme ? Celui de Sarkozy, suivi de Le Pen, Bayrou et, enfin, Royal. Très objectif, en effet. Et on a vu où leur choix, leurs brillantes analyses a mené la France durant ces 5 dernières années. Explosion de la dette, explosion du chômage, intervention de l’Etat dans l’industrie (il y avait déjà eu Allstom, maintenant Lejaby et d’autres – en passant, la gauche a dit il y a une semaine « on ne va pas faire du Lejaby », et inutile de rappeler Jospin qui disait « L’Etat ne peut pas tout »), une quarantaine de nouvelles taxes, l’érosion de la compétitivité française, une France à la traîne de l’Allemagne, etc. J’en rigole encore de ces analyses lumineuses et « objectives » bien entendu.

Et sur cette dernière question (France/Allemagne), je vous invite encore une fois à lire les analyses de l’époque. Il y a tout juste 10 ans, le France était devant l’Allemagne. Lisez l’article de The Economist « France 1 Germany 0 » du 15 mars 2001. Quelques extraits :

« Back then (avant l’euro), France had one of the highest unemployment rates in Europe, along with particularly rigid markets for goods and labour: it was seen as a likely victim of the new regime. (…) Things have not worked out quite as either side supposed. It is Germany, not France, that finds itself wanting easier money than the others. Whereas France’s economy has been a star performer over the past few years, Germany’s has trailed behind. Since the beginning of 1997 Germany’s GDP has increased at an average annual rate of 2.1%, France’s at 3.2%. And Germany’s economy now seems to be sputtering. In the fourth quarter of last year, its GDP growth slumped to an annual rate of only 0.8%, while France’s surged at a rate of 3.9%. Note that Germany not France is the odd man out: taken as a whole, the euro area excluding Germany also grew at an annual rate of about 4% in the fourth quarter.

(…) France’s growth has been faster than Germany’s because it has done more to reform its labour market. In recent years, the government has relaxed regulations on part-time work, fixed-term contracts and temporary-work agencies. It has reduced social-security contributions for low-paid workers and eliminated contributions for home helps. New tighter rules for claiming unemployment benefits should also encourage more of the unemployed to find work. Contrary to widespread fears, the 35-hour week does not seem to have destroyed jobs: if anything, it seems to have increased flexibility in working-hours. (It may cause more problems when it is extended to smaller firms next year.)(…) France still has far to go in deregulating its labour market, but it is moving in the right direction. »

10 ans de droite après, la France est réduite à être le petit toutou qui marche derrière Mme Merkel. 10 ans de politique anti-libérale et je rappelle que c’est la droite sous Raffarin qui a pérennisé le coût des 35 heures. Alain Madelin l’expliquait OBJECTIVEMENT il y a quelque temps :

« Il est vrai que, au fil de cinq lois d’assouplissement, il ne reste pas grand-chose des 35 heures de Martine Aubry. Le temps a passé, le surcoût des 35 heures a été amorti par le gel des salaires et les compensations financières. Beaucoup d’entreprises y ont même gagné une organisation plus flexible du travail. Aujourd’hui, la durée effective du travail est devenue très largement contractuelle (les accords d’entreprise prévalent sur la loi), les heures supplémentaires ont été encouragées et même subventionnées. Bref, si l’on excepte la complexité du système, les 35 heures ont vécu.

De l’autre côté, les exonérations de charges liées à la mise en œuvre des 35 heures et qui avaient vocation à disparaître au bout de sept ans ont été fondues en 2003 par le gouvernement Raffarin dans un nouveau système global d’exonération de charges sociales sur les bas salaires. C’est dire que les coûteuses exonérations de charges sociales d’aujourd’hui (22 milliards) n’ont plus aucun lien direct avec les 35 heures. »

http://www.alainmadelin.fr/blog/analyses/35-heures-charges-sociales-le-vrai-faux-debat/

Certes, on peut dire que Jospin a bénéficié d’un climat international favorable contrairement à Sarkozy. Mais, le fait est que sous un même climat et à l’époque et aujourd’hui, la France dominait l’Allemagne à l’époque, et aujourd’hui, c’est l’inverse. Merci Chirac, Raffarin et Sarkozy, surtout ce dernier qui a découvert seulement en…janvier 2012 les réformes de Schröder.

Bref, le libéralisme n’a rien à voir avec la droite, surtout en France. Certains parlent de Mario Vargas Llosa, mais l’ont-ils seulement lu au lieu de se contenter de lui serrer la main et de s’en vanter ? Lisez le magnigique texte de Llosa, »Confessions of a liberal » inspiré par le grand économiste autrichien, Ludwig von Mises :

« A great liberal thinker, Ludwig von Mises, was always opposed to the existence of liberal parties because he felt that these political groups, by attempting to monopolize liberalism, ended up denaturalizing it, pigeonholing it, forcing it into the narrow molds of party power struggles. Instead, he believed that the liberal philosophy should be a general culture shared with all the political currents and movements co-existing in an open society supportive of democracy, a school of thought to nourish social Christians, radicals, social democrats, conservatives and democratic socialists alike. There is a lot of truth to this theory. Thus, in our day, we have seen cases of conservative governments, such as those of Ronald Reagan, Margaret Thatcher and José María Aznar, which promoted deeply liberal reforms. At the same time, we have seen nominally socialist leaders, such as Tony Blair in the United Kingdom and Ricardo Lagos in Chile, implement economic and social policies that can only be classified as liberal. »

Ou encore :

« It is a democracy (il parle des USA) which I admire for what Professor Samuel Huntington fears: that formidable mixture of races, cultures, traditions and customs, which have succeeded in co-existing without killing each other, thanks to that equality before the law and the flexibility of the system that makes room for diversity at its core, within the common denominator of respect for the law and for others. »

Ou enfin :

« With regard to religion, gay marriage, abortion and such, liberals like me, who are agnostics as well as supporters of the separation between church and state and defenders of the decriminalization of abortion and gay marriage, are sometimes harshly criticized by other liberals who have opposite views on these issues. These discrepancies are healthy and useful because they do not violate the basic precepts of liberalism, which are political democracy, the market economy and the defense of individual interests over those of the state. »

Bref, le libéralisme n’a strictement rien à voir avec, ou du moins n’est pas l’exclusivité de la droite française. Comme le disent Mises et Vargas Llosa, il est au-dessus des parties, et il ne serait que souhaitable que les partis de divers horizons l’embrassent. En particulier, contrairement à d’autres qui espèrent que la gauche échoue dans les années qui viennent (ceux-là ne peuvent aimer la France), j’espère que la gauche adoptera des pans entiers du libéralisme. Comment espérer ça au vu de leur programme ? Parce que les programmes ne sont pas respectés (comme le disait Bayrou dans la vidéo), parce que la gauche a privatisé au moins autant que la droite (Hollande s’en vantait même dans la vidéo de 1999), il y a même un communiste qui a « ouvert le capital » d’Air France (il faut le rappeler aux hommes du passé et du passif qui en sont encore à nous parler des morts dus au communisme (pour justifier leur chasse aux voix du FN) tout en nous appelant à voter pour une droite championne de l’endettement), le fait que des réformes (insuffisantes certes) ont été menées (comme le disait l’article de The Economist), etc. Aucun parti n’a le monopole du libéralisme comme le rappelle Vargas Llosa, tout comme personne en France n’a le monopole de la pensée libérale – surtout quand leurs actions au cours de ces dernières années (en particulier la proximité avec la droite) a eu pour seul résultat de faire disparaître le libéralisme du radar en France – c’est un échec total, incontestable. La seule vraie figure libérale en France, c’est Alain Madelin, libéral et non conservateur, libéral et opposant au racisme et à la xenophobie du FN et de son anti-libéralisme économique, libéral qui renvoie dos à dos gauche et droite. A cela, j’ajouterai, comme Vargas Llosa, qu’on peut être libéral tout en étant pour la mariage homosexuel, l’avortement, contre la peine de mort (comme je le suis). Personne, surtout ceux qui ont échoué lamentablement à promouvoir le libéralisme, n’a le monopole de la définition du libéralisme.

Alors, vous pouvez toujours me dire que ce pauvre Sarkozy a eu un héritage lourd, mais ce serait oublier ses actions antérieures au budget et à l’économie, oublier qu’il est le champion de l’intervention industriel, qu’il a fait exploser la dette en 5 ans, et que plus généralement la droite de ces 25 dernières années n’a rien de libéral. En venant sur un site dit de recherche, je m’attends à lire des analyses OBJECTIVES, pas des articles imprégnés d’idéologie (conservatrice) qui ne mériteraient même pas de figurer sur des blogs. C’est dommage car il y a de très bons articles qui reflètent le « R » dans IREF, c-à-d, la recherche, l’article de P. Garello et Mina Lutz, celui sur la décentralisation fiscale, etc. qui s’en trouvent dévalorisés, et je ne peux que le regretter.

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Anonyme 19 mai 2012 - 10:24

Réponse du printemps financier français
Excellente conclusion, celle la réponse du berger à la bergère, si la finance est l’ennemi invisible de F Hollande alors F Hollande est l’ennemi de la finance. Il ira « se faire emprunter ailleurs ».

Je voudrais vous proposer d’augmenter vos chiffres à la hausse sur la dette publique large de la France avec ceux provenant de Mme Simone Wapler :

8,7 Mrds SAAD + 27,8 Mrds RFF + 55 SFEF + 93 CADES + 91 ACOSS + 20 HOPITAUX + 4 ALLOCATIONS CHOMAGE + 1?2 DETTE CAMEROUM + 1200 RETRAITES FONCTIONNAIRES = 1500,7 Mrds à ajouter

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