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La défense de la liberté : un nouveau paradigme de sécurité pour l’Europe

par Michael von Liechtenstein

L’Europe doit renforcer sa défense. Atteindre cet objectif nécessitera une coopération au-delà de l’Union européenne.

Avec la guerre en Ukraine qui fait rage, l’attention s’est tournée à nouveau vers le concept de défense européenne. Le président français Emmanuel Macron a beaucoup insisté sur la nécessité d’une politique de défense commune pour l’Union, mais cette stratégie présente de nombreuses lacunes.

Péninsule située à l’extrême ouest du continent eurasien, l’Europe ne peut pas être défendue de manière fiable sans l’Islande, la Norvège, le Royaume-Uni et la Turquie : quatre pays qui ne font pas partie de l’UE.

La Norvège et l’Islande occupent des positions stratégiques sur le flanc nord-ouest, et la Turquie sur le flanc sud-est. Ils contrôlent des points d’accès clés, respectivement à la mer du Nord et à la mer Méditerranée. Le Royaume-Uni possède l’une des plus grandes et des meilleures armées du monde – un atout crucial pour la défense de l’Europe.

Il ne peut cependant pas y avoir une « souveraineté de la défense » au niveau de l’Union européenne, même si une politique de défense commune est mise en place.

Le rôle de l’OTAN

Les quatre pays mentionnés font partie de l’OTAN. L’alliance de l’Atlantique Nord a été très utile à ses membres au cours des soixante-dix dernières années, et on se bouscule toujours pour y adhérer. Le groupe de 30 membres a grossi de 10 pays au cours des vingt dernières années, les plus récents étant la Macédoine du Nord (en 2020) et l’Albanie (en 2017).

Il y a deux semaines, la Suède et la Finlande, qui pendant des décennies ont estimé que rester à l’écart de l’alliance servait au mieux leurs intérêts de défense, ont toutes deux fait leur demande d’adhésion. Cette décision est un coup dur pour le Kremlin, qui prétend avoir a déclenché la guerre en Ukraine pour stopper l’expansion de l’OTAN. Il ne s’agit cependant pas d’un séisme géopolitique : les deux pays coopèrent étroitement avec l’OTAN depuis des années. Ils apporteront un peu plus de sécurité dans la mer Baltique mais leur situation n’est pas aussi cruciale que celle de la Norvège ou de la Turquie.

L’OTAN a incontestablement un leadership fort – les États-Unis – mais n’insiste pas sur l’intégration politique. Et l’Europe pourrait faire beaucoup mieux pour assurer sa propre défense. Les Américains se plaignent souvent, à juste titre, de ce qu’elle profite de la protection militaire qu’ils offrent, sans en partager suffisamment les coûts. L’ironie, avec cette guerre en Ukraine, c’est qu’elle a poussé des pays européens à s’engager dans un processus d’intégration de l’Otan, qui exige notamment qu’ils consacrent 2% de leur produit intérieur brut à la défense…

C’est un pas dans la bonne direction, mais on peut faire plus. Les intérêts de l’Europe en la matière ne sont pas toujours totalement alignés sur ceux des États-Unis. Dans le contexte actuel, Washington a clairement indiqué qu’il souhaitait « affaiblir » la Russie de manière permanente. Ce type de rhétorique enflamme le sentiment anti-occidental en Russie. Pour les États-Unis, situés à un océan de distance, ces déclarations ont moins de conséquences que pour l’Europe, qui se trouve à la porte de la Russie. L’Europe devra, à terme, trouver un moyen de vivre avec sa voisine. Cela implique peut-être qu’il lui faudra adopter une approche militaire différente de celle des États-Unis.

Une action indépendante

De plus, la politique de défense américaine est désormais moins stable, les présidents changeant plus souvent de cap par rapport à leurs prédécesseurs. Prendre la sécurité européenne en otage des élections américaines n’a aucun sens.

L’OTAN étant dirigée par les États-Unis, une défense européenne plus robuste signifie qu’il faudra un jour être capable de prendre des mesures de sécurité indépendamment de l’alliance de l’Atlantique Nord, ou du moins avoir plus de poids au sein de celle-ci. Le fait que l’Europe ait dû s’appuyer sur l’Otan au lieu d’intervenir elle-même, lors des conflits dans des zones proches, en Serbie et en Libye, en dit long.

L’attitude des Européens varie d’un pays à l’autre. La plupart ont pris conscience de la menace que représente la Russie, mais ceux de l’Est y sont plus sensibles que les autres et ont orienté leur politique de défense en conséquence. Les pays du Sud, par exemple, ont axé leurs stratégies sécuritaires sur les questions d’immigration.

Une solution pourrait consister en plusieurs ensembles d’organisations de défense, configurés de manière souple autour de pays partageant les mêmes idées, mais sans la centralisation et la bureaucratie que les partisans d’une « Union toujours plus étroite » appellent de leurs vœux. On pourrait imaginer une association de pays européens s’unissant pour sécuriser le flanc méditerranéen, une autre intégrant les pays de la mer Baltique à la mer Noire afin de protéger l’est de l’Europe, etc. Il ne s’agirait pas seulement des membres de l’UE – la Turquie, le Royaume-Uni et d’autres pays pourraient y participer.

Le moment est enfin venu de commencer à renforcer la défense de l’Europe. Faire des armées une des priorités dans les budgets nationaux, organiser des groupements ad hoc de membres de l’UE, sont deux options, parmi d’autres, qui peuvent y participer sans nécessiter une centralisation et une harmonisation inutiles.

Lire l’article en anglais sur le site du GIS

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3 commentaires

Picot 1 juin 2022 - 12:40

Illusion. Il n’y a pas de nation Européen et donc pas de souveraineté Européenne. Chaque nation ayant des intérêts différents il est impossible d’avoir une action militaire cohérente.

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JR 1 juin 2022 - 2:45

Bonjour, allez expliquer cela aux petits Macronistes ! Merci. Bien à vous

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Obeguyx 2 juin 2022 - 8:31

Impossible. Il n’y a pas d’Europe. Il n’y a que des intérêts dits Européens vus de chaque Nation. Voyez ce qui se passe avec l’avion de combat du futur. Les USA, par le biais des allemands veulent « piquer » la technologie de pointe de Dassault. Heureusement que cette entreprise est vigilante (pas comme Alstom et ses mickey de kermesses que sont Pécresse et Macron). Je le dis depuis fort longtemps, Dassault finira en Suisse afin de garantir son autonomie et sa survie. En fait, la France est trop bête ou trop laxiste comme disent les Algériens.

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