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«Face au rapprochement sino-ukrainien, les Européens doivent réagir»

L'IREF dans le Figaro Vox

par Nicolas Lecaussin
FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que les relations diplomatiques et économiques entre la Chine et l’Ukraine s’intensifient en cette période de crise, le directeur de l’IREF, Nicolas Lecaussin, alerte sur les dangers que pourraient représenter cette dépendance pour l’Europe.

Les troupes russes postées à la frontière ukrainienne tiennent en haleine l’Europe entière et mobilisent sans relâche la diplomatie américaine. Tout le monde attend une sortie de crise sans pouvoir la prédire, faute de savoir anticiper les décisions de Poutine. Pour autant, la gravité de la situation ne doit pas occulter un autre problème de l’Ukraine : la Chine. En effet, si l’offensive chinoise en Afrique pour faire main basse sur les matières premières est connue de tous, on l’identifie moins facilement aux portes de l’Europe. En y étendant son influence, Pékin menace non seulement l’indépendance de Kiev sur les dossiers internationaux, mais également les intérêts de l’Union européenne, déjà aux prises avec les appétits russes dans cette région.

Récemment, Pékin a «puni» la Lituanie, qui a permis à Taïwan d’ouvrir un bureau de représentation à Vilnius. La Chine a décidé de bloquer non seulement les importations de produits lituaniens, mais aussi toutes les importations qui incluent des pièces ou des composants fabriqués en Lituanie. Ce n’est pas sans grosses répercussions pour ce petit pays qui en 2020 a exporté pour 350 millions de dollars de marchandises vers la Chine (et en a importé quatre fois plus). Les effets de la sanction chinoise mettent toute l’Europe dans une situation inconfortable. En Allemagne, des fournisseurs automobiles ont récemment eu à déplorer le blocage de leurs cargaisons dans des ports chinois. Mais ce n’est qu’un exemple, beaucoup d’entreprises multinationales se retrouvent sous pression dans un environnement économique rendu plus instable. Assistera-t-on à ce genre de scénario en Ukraine ? Il est vrai que la situation actuelle pousse celle-ci à trouver des alternatives en matière de politique étrangère. La Chine, qui a beaucoup d’argent et d’influence, est un choix possible qui a eu son commencement d’exécution par la signature d’un accord bilatéral en juin 2021. Le document dévoile que la Chine veut investir dans les chemins de fer, les aéroports et les ports, ainsi que dans les infrastructures de télécommunications à travers l’Ukraine. Pour le reste, il entre peu dans le détail.

La Chine est désormais, devant la Russie, le plus grand partenaire commercial de l’Ukraine, réalisant 14,4% de ses importations et 15,3% de ses exportations. Ce renforcement des liens économiques se fait notamment en matière d’agriculture, la Chine cherchant à sécuriser son approvisionnement pour faire face à des besoins de plus en plus importants en la matière. La demande galopante de la deuxième économie mondiale a entraîné une forte hausse des prix des céréales ces derniers mois. Et la Chine a toujours dépendu des marchés étrangers pour le soja qui nourrit ses troupeaux. Mais la montée en puissance des importations de maïs – alors que le pays visait auparavant l’autosuffisance – a surpris les analystes et les commerçants. La Chine en a acheté 11,3 millions de tonnes en 2020, un record ; et elle compte sur le «grenier de l’Europe», l’Ukraine, pour s’approvisionner. Les données du gouvernement ukrainien montrent que les expéditions de maïs vers la Chine sont passées à 7,34 millions de tonnes d’octobre à avril (6 mois) contre 5,5 millions de tonnes d’octobre à septembre (11 mois) un an plus tôt, notamment au profit de son secteur de l’élevage porcin en plein essor.

De même, les exportations d’orge vers la Chine ont représenté jusqu’à 2,8 millions de tonnes en 2021, contre moins de 1 million l’année précédente. Plus des deux tiers ont été envoyés par l’Ukraine en 2020-21, car Pékin a stoppé la filière australienne. Idem pour le blé, dont les exportations vers la Chine pourraient être appelées à doubler, voire tripler, dans les prochaines années, entraînant un risque d’augmentation des prix de produits de consommation courante (dont le pain) et la raréfaction de cette céréale sur le continent européen.

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2 commentaires

LAURENT46 28 janvier 2022 - 5:40

Quoi qu’il arrive, l’Europe est toujours à côté de la plaque. Au lieu de vouloir donner des leçons 24/24 l’Europe ferait mieux de se mettre au boulot et de virer tous les extrémistes qui y nichent.

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Bernard GUILHON 28 janvier 2022 - 10:15

« Pékin menace non seulement l’indépendance de Kiev sur les dossiers internationaux, mais également les intérêts de l’Union européenne, déjà aux prises avec les appétits russes dans cette région. »
Vous êtes à côté de la plaque. L’Union européenne est aux prises avec les appétits AMERICAINS dans cette région. N’oublions jamais que la hantise N°1 de Washington est une alliance Europe-Russie, la synergie entre les matières premières dont regorge la Russie et l’esprit d’entreprise européen mettrait à mal les intérêts économiques de Wall Street.
Ces mêmes intérêts à court terme, qui ont instauré le mondialisme, ont transformé la Chine en usine du monde, multipliant ainsi ses capitaux disponibles et l’enrichissant à outrance, sans que le peuple en bénéficie (régime communiste) . Une fois l’erreur commise, il ne faut pas se plaindre que le nouveau riche chinois investisse ses capitaux, et dans les pays qu’il aura choisi.
Il faudra faire un jour le bilan des méfaits de cette mondialisation forcée.

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