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L’ouverture totale à la concurrence serait la meilleure réponse de l’Europe au protectionnisme américain

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Les Européens ont mis des mois pour décrypter les dangers de l’Inflation Reduction Act (IRA), adopté en août dernier aux Etats-Unis. Ce programme prévoit 369 milliards de dollars de subventions sur 10 ans dont une large part sera affectée à la production de voitures électriques et à leurs composants (notamment les batteries), à l’éolien, au solaire, à l’hydrogène vert… mais ces subventions seront réservées aux produits et productions américaines, ce qui pourrait pousser de nombreuses entreprises européennes à délocaliser leurs projets de production aux Etats-Unis.

La réponse européenne

Les Européens voudraient que le programme de subvention de l’IRA soit étendu aux produits européens, ce qui ne paraît guère envisageable d’un point de vue américain. A défaut, certains  voudraient taxer les produits américains importés en Europe, au risque d’une guerre commerciale, ou répondre au protectionnisme américain par une protectionnisme européen en instaurant un « Buy European Act».  Mais outre que ces pratiques pourraient être dénoncées devant l’OMC, comme l’IRA lui-même, elles nuiraient sans doute autant aux Européens qu’aux Américains.

En effet, les droits de douane augmentent les prix. Les programmes qui privilégient des produits locaux réduisent la concurrence, favorisent les rentes de situation et nuisent à l’innovation autant qu’à la baisse des prix. Le pouvoir d’achat des Européens en pâtirait à une époque où ce ne serait pas du tout bienvenu !

D’une manière générale, la baisse des échanges nuirait à la croissance et risquerait d’augmenter le taux de pauvreté en Europe. Nous savons que la chute des frontières idéologiques après l’ouverture du mur de Berlin et la libéralisation des marchés ont fortement contribué à la réduction de la grande pauvreté passant de plus de 40% de la population mondiale dans les années 1970 à moins de 10% à la fin des années 2010. La remontée des protectionnismes pourrait avoir l’effet inverse.

Ouvrir les marchés

Alors ne vaudrait-il pas mieux aller à contresens, provoquer un choc de concurrence pour prendre les Américains et les Chinois à rebours. Les Anglais l’ont fait au XIXème siècle avec succès. Dans un monde encore très fermé, connaissant des tarifs douaniers élevés, William Gladstone, ministre et souvent Premier ministre de gouvernements successifs de 1842 au début des années 1890, s’employa à instituer une politique de libre échange sans attendre toujours des accords de réciprocité des autres pays. Après plusieurs vagues de réduction ou suppression des droits de douane, les centaines de taxes sur les produits importés qui existaient furent réduites au nombre de 48 en 1860. Mais plus encore peut-être, il allégea les réglementations. Dans les années 1840, note Jean-Marc Daniel (Histoire de l’économie mondiale, 2022, Tallandier), « le code douanier anglais compte 1 150 articles. Dix ans plus tard, il n’en a plus que 50. »

En Europe, les tarifs douaniers ont beaucoup baissé ces dernières années. Mais les contraintes réglementaires restent élevées et augmentent sans cesse. En témoignent, parmi bien d’autres, le RGPD, les directives sur les services numériques (DSA) et sur les marchés numériques (DMA), l’adoption d’une prise unique, le projet d’interdire la vente de produits issus de la déforestation…  Plutôt que de se fermer au monde en rétorsion des politiques américaines l’Europe, devrait donc au contraire s’y ouvrir en réduisant drastiquement ses barrières réglementaires. Sauf, le cas échéant, avec les pays qui, comme la Chine, ne respectent pas les règles de loyauté commerciale unanimement reconnues.

Outre que l’échange est peut-être le meilleur moyen d’éviter les guerres, il est aussi celui de favoriser le travail et la richesse, il contribue à faire baisser les prix des produits et à en améliorer la qualité. Si les USA veulent s’enfoncer dans le protectionnisme destructeur, l’Europe pourrait y voir l’occasion de s’affirmer comme le continent qui innove et dont le marché deviendra attractif parce que ses produits sont meilleurs, plutôt que parce qu’ils sont financés par l’argent public qui est toujours de l’argent trop facile pour être efficient.

Les Anglais d’ailleurs n’avaient pas attendu Gladstone et Adam Smith pour mettre en œuvre les bonnes recettes. Déjà en 1215 la Magna Carta, la Grande Charte, ne disait rien de plus dans son article 41 : « Tous les marchands pourront, librement et en toute sûreté, quitter l’Angleterre, et venir en Angleterre, y demeurer, et voyager en Angleterre tant par la route que par bateau, pour acheter et pour vendre, sans aucun péage irrégulier, selon les anciennes et justes coutumes, excepté en temps de guerre et si ces marchands sont d’un pays en guerre contre nous ».

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