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Notre servitude est volontaire

lundi 5 juillet 2021, par Jean-Philippe Delsol

Un accord européen a été noué fin juin pour arrêter l’enveloppe de la Politique agricole commune à 386 milliards d’euros sur sept ans, dont 270 milliards d’aides directes aux agriculteurs. Pour la France, la quote-part s’élève à 62 milliards d’euros. A raison de 25 % de l’ensemble des aides directes, leur versement est conditionné au respect de programmes environnementaux exigeants baptisés « écorégime ». En outre a été introduite une nouvelle notion dans la PAC, la « conditionnalité sociale », pour lier l’attribution des subsides européens au respect du droit du travail. Les agriculteurs européens se réjouissent de tant de crédits qui sont pourtant autant d’asservissement puisqu’ils ne recevront leurs aides que s’ils passent sous les fourches caudines de l’UE pour mettre en œuvre des pratiques agricoles qu’ils n’auront pas choisies.

Pourtant, l’argent qu’ils recevront sous conditions est le leur. L’argent de l’Europe est celui qu’elle obtient des Etats qui eux-mêmes le soutirent à leurs contribuables. Les agriculteurs reçoivent au titre de la PAC le fruit de la TVA sur leurs produits, de l’impôt sur leur revenu ou sur leur patrimoine… Ne vaudrait-il pas mieux qu’ils gardent cet argent et le dépensent eux-mêmes plutôt que de le donner pour ensuite le recevoir amputé de frais multiples et sous conditions d’usage qui les dépossèdent autrement ?

Ce que subissent les agriculteurs est arrivé à bien d’autres. Les médecins ont perdu après-guerre la liberté de fixer leurs honoraires quand ils se sont félicités que la Sécurité sociale rembourse les honoraires puis joue le rôle de tiers payant. Soumis aux décisions de la Sécu, ils ont été inexorablement paupérisés et ont perdu jusqu’à leur indépendance de prescription. Les écoles privées, qui vivaient pauvres mais libres, ont vendu leur liberté contre la prise en charge de leurs enseignants qu’elles ont de plus en plus de mal à gouverner, au risque de perdre leur caractère propre. Il en est de même pour les avocats qui vivent de commises, pour les laboratoires dont les prix des médicaments sont fixés par voie administrative, pour les entreprises auxquelles les subsides du Covid ont été attribués sous réserve de respect de normes écologiques ou sociales…A tous, c’est leur argent qui leur est pris pour leur être rendu sous condition, pour les asservir.

Ce sont pourtant souvent les bénéficiaires de ces prébendes qui les réclament aux Etats, croyant toujours que ce sont les autres qui paieront. Les entrepreneurs et professionnels indépendants sont les premiers à demander toujours plus d’aide. Avant la crise du Coronavirus, les entreprises françaises recevaient déjà environ 140 milliards d’euros par an d’aides et subventions directes ou indirectes et supportaient environ 124 milliards d’euros de fiscalité directe (hors TVA et charges sociales notamment) par an. Ne vaudrait-il pas mieux que chacun paye moins, reçoive moins et reste libre de l’affectation de ses disponibilités ? Ce serait bien sûr sans compter sur l’empressement de l’Etat à s’ingérer dans la vie de tous pour distribuer aux uns ce qu’il prend à d’autres, ou aux mêmes, selon les cas. Cette redistribution est le meilleur moyen pour l’Etat d’exister et d’asservir ceux qu’il nourrit. Mais le pire est que la machine s’emballe en un cercle vicieux qui fait que plus les contribuables sont ponctionnés plus ils ont besoin d’aides et implorent eux-mêmes le Léviathan de leur donner sans cesse plus de subsides.

Ce phénomène de servitude volontaire a déjà été décrit et décrié par Etienne de la Boétie (1530-1563). Il critiquait le pouvoir qui accablait ses peuples d’impôts et de charges tout en observant que ceux qui se laissaient déposséder ainsi en étaient eux-mêmes coupables : « Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons… ! Vous vivez de telle sorte que rien n’est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu’on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies ».

Tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, vous sont imputables, admonestait-il, car ce maître qui vous pille ne le fait qu’avec les moyens que vous lui donnez. « Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride plus courte. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir. Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre ».

Et si les contribuables suivaient le conseil de La Boétie, s’ils entraient en politique, s’ils votaient pour des candidats libéraux, peut-être qu’ils se réapproprieraient leurs biens et leurs revenus pour réapprendre à vivre libres.

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Vos commentaires

  • Le 6 juillet à 04:51, par Laurent46 En réponse à : Notre servitude est volontaire

    Européen avant l’heure mais une "grosse" comme le Conseil de l’Europe nous entraîne vers la perte de cette liberté Européenne. Mais hélas c’est le propre de toutes les structures publiques et politiques de nos jours, l’asile psychiatrique à été ouvert à ce monde public et politique atteint d’un virus contre lequel aucun vaccin n’est à l’étude à ce jour.

  • Le 6 juillet à 05:18, par Magistro78 En réponse à : Notre servitude est volontaire

    Une partie des ressources de l’UE provient des droits de douane abandonnés ou progressivement réduits par les accords de libre-échange et compensés par les versements directs des états donc nos impôts.
    Pour l’agriculture, mes constats sur l’élevage laitier dans les Alpes vont dans le sens de beaucoup de fraudes. Idem pour la Corse avec la plainte d’Anticor. Au bilan, les subventions nourrissent bien davantage la fraude que ne pourrait le faire un système exempt de subventions. Enfin, la PAC constitue un levier de puissance extraordinaire pour le ministère de l’Agriculture. On finit pas s’interroger sur qui est le corrupteur et qui est le corrompu.
    D’où la blague :
    Pourquoi y a t-il une mafia en Italie ? Parce qu’il n’y a pas d’Etat.
    Pourquoi n’y a t-il pas de mafia en France ? Parce que la mafia c’est l’Etat.
    Si l’on peut corriger, la situation de l’Italie a largement démontré que l’Etat était en bonne partie infiltré par la mafia, pour la France ne faut-il pas constater que la haute fonction publique se comporte de plus en plus comme un clan mafieux défendant le territoire qu’il suce jusqu’à la moelle.
    D’où sans doute le constat qu’un Etat qui ne respecte plus le contrat social fondant sa légitimité n’est plus qu’un Etat mafieux machiavélien survivant par la force et la ruse.

  • Le 6 juillet à 05:39, par Edouard En réponse à : Notre servitude est volontaire

    Cela n’est pas sans me rappeller une rencontre privée avec Bruno le Maire au terme de laquelle l’actuel ministre de l’économie nous avoua finalement " Ne dites pas que vous êtes des libéraux : les français n’aiment pas ça".
    Oui, il faut élire des politiques libéraux, pas seulement au sens économique, pour desserrer les griffes du Léviathan et retrouver la première des richesses !

  • Le 6 juillet à 06:02, par Edouard En réponse à : Notre servitude est volontaire

    (Suite). Pour cela, arrêtons d’abord de voter pour des hauts fonctionnaires, de droite comme de gauche, tous serviteurs zélés de l’Etat dit providence.

  • Le 6 juillet à 06:06, par Eric Jallas En réponse à : Notre servitude est volontaire

    "Soumis aux décisions de la Sécu, ils ont été inexorablement paupérisés", malheureusement les faits démontrent le contraire. Je vous renvoie aux différentes études publiées sur le sujet (i.e. P. Ulmann, « Le revenu des professions de santé », in : J. de Kervasdoué, La crise des professions de santé, Mutualité Française-Dunod éditeurs, Paris, 2003. N. Legendre, « L’évolution sur dix ans des revenus libéraux des médecins, 1993-2003 », Études et Résultats, n° 412, juillet 2005.
    Les rapports de l’INSEE et/ ou de l’OCDE, etc.).

  • Le 6 juillet à 07:54, par Astérix En réponse à : Notre servitude est volontaire

    Les Français continuent à voter pour tous ces crétins qui nous gouvernent et qui nous mènent à la paralysie.
    Dès lors, il n’y a plus qu’à attendre la faillite du Pays.

  • Le 6 juillet à 08:48, par Aristide Wargos En réponse à : Notre servitude est volontaire

    Très bel article. Le seul bémol a été apporté par @Eric Jallas avec justesse. On peut ajouter que les soignants se moquent comme d’une guigne du trou de la sécu. Ils se mettent en grève pour plus de "reconnaissance", c’est-à-dire plus de rémunérations. Voir les revendications des sages-femmes. Voir la situation des MAS pour personnes handicapées qui n’arrivent plus à recruter d’aides soignants parce qu’ils préfèrent les EHPAD où l’augmentation du "Ségur" leur a été accordée.
    Ceci dit, la situation empire avec l’Union européenne qui a systématisé la conditionnalité des prêts et subventions depuis que la troïka a mis à genoux la Grèce. La Grèce a servi de modèle à la tyrannie européenne qui, maintenant, se déploie contre TOUS les pays de l’UE. Et qu’on ne me dise pas que c’est la faute des Grecs, parce qu’aujourd’hui, c’est patent, c’est la faute des 26 autres nations de l’UE. Et l’idéologie certe est le bon prétexte pour asseoir encore plus fermement la dictature de la bureaucratie européenne avec ses relais des hauts fonctionnaires nationaux.

  • Le 6 juillet à 22:26, par AlainD En réponse à : Notre servitude est volontaire

    En lisant cet intéressant article, je crois mieux comprendre pourquoi il faut tant et tant de fonctionnaires, nationaux et européens :comme il faut du personnel pour calculer le montant des impôts, il en faut d’autres pour les prélever et le jeu se poursuit en envoyant les fonds de chaque pays à l’Europe qui se charge de redistribuer sans oublier de se payer au passage.
    De plus n’est il pas curieux que cette Union Européenne soit dirigée par une poignée de commissaires ?

  • Le 11 juillet à 05:42, par DRACH En réponse à : Notre servitude est volontaire

    Qu’un candidat propose de réduire en quelques mois la voilure de l’Etat (en n’hésitant pas à couper les prébendes des élus de tout poil), d’ouvrir la couverture sociale au secteur privé en concurrence avec la Sécurité Sociale, de laisser les entrepreneurs privés concurrencer le transport ferroviaire et aérien (pour de vrai !)... bref de rendre à l’entreprenariat ses lettres de noblesse (l’expression est paradoxale, je sais, mais cela ne fait rien...), si un candidat proposait de mettre fin aux privilèges indus pour rendre de l’oxygène à la société, je lui accorderais ma voix, sans hésiter.

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