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Taxonomie verte : la France doit montrer le chemin pour défendre ses intérêts et le climat

mercredi 7 avril 2021, par Sébastien Chapotard

L’énergie fait partie de ces nombreux sujets pour lesquels les décisions de l’Union Européenne et de son institution phare, la Commission européenne, prennent le pas sur celles des États membres. Pourtant les arbitrages européens, en dépit de leurs conséquences, sont souvent bien moins médiatisés. C’est notamment le cas du projet de taxonomie verte qui vise à « déterminer et classifier les activités économiques qui peuvent être considérées comme durables sur le plan environnemental ».

Qu’est-ce que la taxonomie verte ?

La taxonomie verte est un projet européen présenté en mars 2018 et progressivement élaboré depuis. Il vise à créer une classification européenne définissant les activités qui peuvent être considérées comme durables. Ce « dictionnaire » doit permettre aux investisseurs, entreprises et porteurs de projets d’orienter leurs investissements dans des activités plus respectueuses de l’environnement. La taxonomie va avoir des impacts majeurs et concerner de nombreux acteurs :

• les États membres et l’UE qui devront intégrer la taxonomie dans la mise en œuvre de futures normes
• les grandes entreprises qui devront publier leur niveau de conformité à la taxonomie verte
• les acteurs financiers et notamment ceux qui proposent des produits financiers verts. Ils devront indiquer la part de leurs investissements et de leurs encours compatibles avec la taxonomie européenne. Celle-ci va donc orienter les investissements verts privé vers certaines activités en lieu et place d’autres activités.

L’enjeu principal repose sur la façon dont seront classifiées les activités. La taxonomie doit intégrer 3 niveaux : les activités bas carbone, les activités qui pourraient contribuer à la transition et les activités qui permettent le verdissement des émissions d’autres activités (voir détail ci-dessous).
Ces 3 niveaux sont définis à partir de 6 objectifs. L’éligibilité s’obtient en contribuant à l’un des objectifs sans porter atteinte aux autres :

1. Atténuation du changement climatique
2. Adaptation au changement climatique
3. Utilisation durable et protection de l’eau et des ressources marines
4. Transition vers une économie circulaire, prévention et recyclage des déchets
5. Prévention et réduction de la pollution
6. Protection des écosystèmes sains

La France doit faire entendre sa voix et défendre le nucléaire

Alors qu’aucun consensus politique n’existe sur les mesures les plus efficaces pour lutter contre le changement climatique, distinguer ce qui est considéré comme « green » de ce qui ne l’est pas est fondamental. Les précédentes décisions climatiques européennes ont souvent nui à la France et desservi la cause climatique et l’activité économique de l’UE. Par exemple le pacte vert pour l’Europe : la Commission s’est fixé un objectif juridiquement contraignant pour la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique (32% à horizon 2030Ainsi, plutôt que de fixer un objectif d’émissions de C02 pour chaque pays ou d’émissions par habitant ou par unité de PIB, l’objectif a été établi afin de modifier la façon dont est produite et consommée l’énergie. Une telle ambition transforme un bon élève comme la France en dernier de la classe. C’est ainsi que l’Allemagne (17,4% d’énergie renouvelable et 7,9 tonnes de C02 par habitant) peut s’affirmer plus verte que la France (17,2% d’énergie renouvelable et 4,4 tonnes de C02 par habitant). L’Europe ne peut se permettre de renouveler cette erreur.

C’est dans ce contexte qu’a émergé un double débat : quelle place pour le gaz et le nucléaire ?

Sous la pression de 10 pays européens et des industriels gaziers, le dernier avant-projet de l’acte a proposé la création de deux nouvelles catégories pour le gaz. Les projets de centrales au gaz peuvent être qualifiés d’investissements verts, sous certaines conditions (seuil d’émissions, remplacement d’une centrale plus polluante). Inclure une énergie fossile et émettrice de C02 dans la taxonomie verte semble pour le moins baroque. Rappelons néanmoins que les énergies renouvelables intermittentes ne peuvent fonctionner qu’avec une source pilotable de substitution : gaz en tête.

L’autre point de tension porte sur le nucléaire, qui permet pourtant de produire une électricité compétitive, non-intermittente et n’émettant pas de C02. Ne pas intégrer le moyen le plus efficace de lutter contre le changement climatique dans une taxonomie verte semble paradoxal. C’est pourtant l’objectif de plusieurs pays (Autriche, Luxembourg) qui, poussés par un militantisme puissant faisant fi de la science, brandissent la menace d’un veto en cas d’intégration du nucléaire. La France et une partie de l’Europe de l’Est mettent au contraire en avant le fait qu’en cas d’exclusion de la taxonomie, le financement du nucléaire par les Européens deviendrait trop cher. C’est au centre de recherche de la Commission européenne (JRC) que revenait la tâche d’étudier la compatibilité du nucléaire. Dans son rapport de 400 pages publié par Contexte le 26 mars, les experts expliquent que « Les analyses n’ont pas révélé d’éléments scientifiques prouvant que l’énergie nucléaire est plus dommageable pour la santé humaine ou l’environnement que d’autres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la taxonomie en tant qu’activités favorisant l’atténuation du changement climatique ».

Sans surprise, les experts mandatés donnent raison au nucléaire. Un argument de poids pour la France qui doit être intransigeante sur ce point. Il en va de l’efficacité des mesures de lutte contre le changement climatique, de notre souveraineté énergétique et de notre compétitivité économique. La non-intégration du nucléaire se doit d’entraîner un veto de la France pour défendre ses intérêts et le climat. Au demeurant, ce débat souligne, s’il en était besoin, la difficulté et les dangers d’établir une telle taxonomie.

Les 3 niveaux de la taxonomie :
1. Activités qui sont déjà considérées comme bas-carbone et compatibles avec l’accord de Paris (ex : les transports bas-carbone) ;
2. Activités qui pourraient contribuer à la transition vers une économie zéro émission nette en 2050 mais qui ne suivent pas encore la trajectoire de la neutralité carbone (ex : la rénovation de bâtiments) ;
3. Activités qui permettent le « verdissement » ou la réduction des émissions d’autres activités, telles que l’élaboration de technologies entraînant une réduction substantielle des émissions dans d’autres secteurs (ex : usine de fabrication d’éoliennes).

Sources :

Finance durable : la Commission se félicite de l’adoption d’un système de classification à l’échelle de l’UE pour les investissements durables (taxonomie) : https://ec.europa.eu/france/news/20191218/taxonomie_investissements_verts_fr
Document Contexte - À Bruxelles, les experts favorables à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie « verte » : https://www.contexte.com/article/energie/document-contexte-a-bruxelles-les-experts-favorables-a-linclusion-du-nucleaire-dans-la-taxonomie-verte_129459.html
Document Contexte - Taxonomie verte : Bruxelles dévoile ses nouveaux critères : https://www.contexte.com/article/energie/info-contexte-les-nouveaux-criteres-de-bruxelles-pour-classifier-les-activites-vertes_129146.html

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Taxonomie-verte-la-France-doit-montrer-le-chemin-pour-defendre-ses-interets-et-le-climat

Messages

  • Il serait surtout URGENT de remettre les pieds sur terre, ne pas rester dans une logique extrémiste et moins encore dans celle de la taxonomie qui risque bien d’éclater à la figure de tous ces idiots incapables de se maitriser et de rester raisonnable. Il suffit de constater tous les effets redondants et particulièrement négatifs de la grande majorité des mesures prises par ces extrémistes dont l’idéologie interdit toute logique et surtout toute raison.

  • La situation ne va pas changer puisque des millions de français inconscients élisent des verts dans de nombreuses ville avec le soutien des socialos communistes !!!
    Vous ajoutez à cela les technocrates qui se lèvent chaque matin avec une nouvelle taxe en tête, l’incommensurable connerie n’a plus de limite.
    La France meurt à petit feu avec le soutien des Français !

  • Je ne sais pas comment on peut affirmer "C’est ainsi que l’Allemagne (17,4% d’énergie renouvelable et 7,9 tonnes de C02 par habitant) peut s’affirmer plus verte que la France (17,2% d’énergie renouvelable et 4,4 tonnes de C02 par habitant). " La production des renouvelables en France en 2020 est de 13% hydraulique,7.9% éolien, 2.5% solaire, 2% biomasse soit un total de 25.4%.

  • Derrière ce refus de la CE d’intégrer le nucléaire (6 g de CO2/kWh produit) dans la Taxonomie alors qu’elle accepterait le gaz (450 g/kWh !) il y a l’Allemagne, hégémonique vu le poids de son économie dans l’UE, même si on entend d’abord s’exprimer l’idéologie antinucléaire de l’Autriche et du Luxembourg.
    Car l’EnergieWende qui consiste à arrêter les centrales nucléaires allemandes et à les remplacer par de l’éolien et du gaz, est une impasse : alors que cette substitution est loin d’être achevée, le prix du kWh a doublé, les émissions de CO2 stagnent et Merkel est pieds et poings liés par Poutine qui lui fournit le gaz dont l’Allemagne a besoin.
    C’est clairement pour garder le pouvoir face aux Grünen (Verts allemands) que Merkel a fait ce choix, mais en bonne physicienne elle a parfaitement compris l’impact économique désastreux que cela impliquerait. Pour éviter que la France, qui souhaite garder son nucléaire (au kWh moitié prix !) n’en tire profit pour contester son hégémonie, Merkel pèse donc de tout son poids pour que notre pays sorte du nucléaire. Elle a déjà réussi à avoir, contre toute logique écologique, la "peau" de Fessenheim.
    Conclusions :
    1- Macron, s’il défend réellement l’intérêt de la France, doit exiger le maintien du nucléaire dans la Taxonomie.
    2- le "couple franco - allemand" est un mythe. L’Allemagne défend ses intérêts d’abord. La France doit faire de même, en espérant que l’UE n’explose pas en vol si on continue dans cet esprit.

  • @Studer

    Vous avez tout à fait raison et les chiffres le confirment : l’énergie allemande est plus chère, moins sûre et n’émet pas moins de C02 qu’auparavant. Forcer la France à s’en inspirer est désespérant.

    L’essentiel est de casser l’idée que vert = renouvelables dans l’électricité. Comme vous le soulignez très justement le nucléaire n’émet pas de C02 ce qui est ignoré des citoyens d’où la forte pression politique.

  • Il faut revenir au libre jeu du marché dans le domaine de l’énergie comme dans tous les autres domaines.
    Mettons dehors tous ces parasites qui prétendent savoir à la place du libre jeu du marché ce qui est bon pour les individus.
    C’est ça la solution. Arrêtons de prétendre réfléchir sur ce qui est discuté. Le sujet de discussion c’est de mettre dehors les politocards et la bureaucratie.

  • @Raymond Lebas

    Bonjour,

    Vous citez les chiffres d’énergies renouvelables dans le mix électrique. Ceux utilisés dans l’article correspondent à la part d’énergie renouvelable dans la consommation finale d’énergie.

    Ils sont respectivement de 17,354% pour l’Allemagne et 17,216% pour la France.

    Les chiffres sont consultables sur Eurostat : https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/nrg_ind_ren/default/table?lang=en

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