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Napoléon et De Gaulle ou la triste célébration de l’étatisme français

dimanche 24 janvier 2021, par Jean-Philippe Feldman

Après une année De Gaulle qui se poursuit, 2021 s’affiche comme l’année Napoléon. Les mêmes valeurs se trouvent célébrées : unité et grandeur de la France, gloire et patriotisme, « masses de granit » déversées sur le pays, fin des troubles révolutionnaires et républicains. Nous continuons à vivre aujourd’hui avec l’héritage -Code civil et Ve République en premier lieu- de ces « grands hommes » que nous adorons tant.

Le rapprochement entre ces deux personnalités n’est pas fortuit et l’on disserte depuis des décennies sur les rapports entre le bonapartisme et le gaullisme en regrettant parfois leur quasi-disparition du paysage politique français. Lorsque Napoléon entend terminer la Révolution, lorsque De Gaulle défend l’honneur de la France à Londres, ils méritent bien de la patrie.

Leur héritage est-il pourtant si reluisant ? D’une manière ou d’une autre, ils entendent inscrire leur action dans les pas de la France éternelle, dans cette longue lignée de monarques qui ont fait l’unité de la France. Ils construisent une France centralisée et bureaucratique en continuité avec l’absolutisme et en parachevant l’œuvre révolutionnaire. Les Français ne comptent pas tant que la France. Et la France se quintessencie dans l’Etat. Le reste appartient aux contingences qui doivent suivre. Il en résulte au mieux un mépris de la société civile, au pis une indifférence à son égard.

Napoléon et De Gaulle se rejoignent par leur forfanterie, leur interventionnisme exacerbé, leur mépris du commerce et des commerçants.

Même forfanterie. En 1812, Napoléon ose déclarer : « C’est moi qui ai créé l’industrie en France ». En 1964, De Gaulle s’exclamera : « Quand l’Etat fixe le cap, nous remportons des succès éclatants » et, deux ans plus tard, qu’il n’y a de grands projets « que lorsque l’Etat en prend l’initiative ».

Même interventionnisme. D’après Napoléon « le commerce a besoin que le gouvernement veille sur lui ». En 1962, De Gaulle dira qu’« il faut que l’Etat intervienne chaque fois que c’est nécessaire à l’intérêt général ». La puissance publique intervient d’ailleurs non seulement lorsque le secteur privé est défaillant, mais encore lorsqu’il est performant mais étranger.

Même psychologie. Napoléon témoignait d’un souverain mépris à l’égard des commerçants et des industriels. En 1966, De Gaulle dira que les patrons n’ont que faire de l’« intérêt national ».

Napoléon opère une habile synthèse entre le rationalisme révolutionnaire et les traditions monarchiques tout en conservant le fil conducteur de l’omnipotence de l’Etat. Un Etat qui caractérise la pensée de De Gaulle, tant entre 1944 et 1946 au bilan économique et social calamiteux, qu’après 1958. Ne confie-t-il pas en 1962 que la mission que lui a dressée le peuple « est de sculpter la statue de l’Etat » ?

Lorsque Napoléon quitte pour la seconde fois le pouvoir contraint et forcé, il laisse une France défaite et engoncée dans sa bureaucratie et sa centralisation. Lorsque De Gaulle quitte pour la seconde fois le pouvoir de son plein gré, il lègue aux Français une monarchie républicaine unique au monde dont nous continuons de subir les effets délétères et un Etat providence qui, aujourd’hui, se fissure de toute part et dont la crise sanitaire aura démontré la fragilité.

Les difficultés majeures auxquelles les Français devront faire face ces prochaines années supposeront pour être résolues que l’on brise une bonne partie des héritages napoléonien et gaullien.

Agrégé des facultés de droit, ancien professeur des Universités, Maître de Conférences à SciencesPo et avocat à la Cour de Paris

Il vient de faire paraître Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron, Odile Jacob, 2020.

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Napoleon-et-De-Gaulle-ou-la-triste-celebration-de-l-etatisme-francais

Messages

  • Dire que cet empafé de Macron a célébré De Gaulle et va faire la même chose avec Napoléon ! Ils n'ont pas honte tous ces destructeurs du pays France en Marche ... Aucun des deux n'aurait laissé le pays se faire envahir par les Musulmans ? Aucun des deux n'aurait laissé s'instaurer en France la venue et l'assistanat en masse des ressortissants Africains.
    Macron représente la déchéance du pays France soutenu par tous les guignols et bobos des villes quand aux écolos ils les auraient mis en première ligne ... Dommage qu'il n'y ait pas un héritier digne de ce nom.

  • Crise de l’agriculture, crise de l’aménagement du territoire, crise de l’apprentissage, crise de l’artisanat, crise de la bureaucratie, crise de l’enseignement, crise de l’immigration, crise de l’industrie, crise de la justice, crise du logement, crise du maintien de l’ordre, crise de la médecine, crise de la pêche, crise des prisons, inégalités, pauvreté, prélèvements obligatoires excessifs, surendettement de l’État etc.

    Ses gouvernements, de droite comme de gauche, compétents ou incompétents, honnêtes ou non, ont tous été, à peu près également, responsables des contreperformances du Pays. La continuité remarquable des principaux indicateurs économiques en est la preuve.

    Il serait donc faux de croire que la personne des gouvernants ou leur orientation politique, aient pu jouer le premier rôle dans cette faillite. Il serait également illusoire de penser qu’un homme providentiel ou un parti nouveau auraient pu (ou pourraient, à l’avenir) obtenir de meilleurs résultats dans ce même cadre institutionnel.

    Le vrai coupable c'est la Constitution de 1958. Merci mon général !

    L'héritage de Napo est plus difficile à évaluer mais 3 millions de morts c'est difficilement pardonnable.

    Finalement le mix “grands hommes + étatisme" se révèle particulièrement toxique.

    Heureusement les Gilets jaunes sont plus sensés, ils ont demandé le référendum d'initiative citoyenne.

    Les Français valent mieux que leurs dictateurs.

  • Je ris de votre ignorance concernant l'empereur. Si de Gaulle fut un traître en 1962 et assassina des patriotes à la mitrailleuse lourde à Alger ou Oran, il fut en effet un dirigiste. Mais l'empereur, lui n'a parlé que de "veiller" sur le commerce, c'est à dire établir le "lac de castor" pour que se développe des industries vitales : betterave à sucre, implantation du mérinos, développement et entretien des industries du luxe en France et particulièrement à Paris. Par ailleurs vous n'avez surement pas mis le nez dans sa correspondance qui vous aurait éduqué sur ses vues économiques, financières et monétaire.

    Il y a quelque chose qui doit vous gêner intellectuellement parlant : l'idéologie. Pour vous c'est la "libérale" chez d'autres c'est la "marxiste", les deux et toute autre d'ailleurs sont des impasses, seule la réalité et l'humaine en particulier sont à prendre en compte. Ce que pensait Napoléon des idéologues vous montrerait les limites de votre dissertation à son sujet : il les méprisait pour leur prétention et leur rigidité.

    Pour finir et vous éclairer deux citations :

    " L'agriculture est l'âme et la base première des empires ; l'industrie fait l'aisance et le bonheur de la population ; le commerce extérieur représente la surabondance, le bon emploi des deux autres"

    " le commerce libre favorise toutes les classes, agite toutes les imaginations, remue tout un peuple ; il est identique à l'égalité et porte naturellement à l'indépendance"

    et enfin pour en terminer avec l'idéologie :

    " Lorsque l'idéologie répudie ses tendances pour se fourrer dans la politique et dans le gouvernement alors elle ne fait que des sottises"

  • Napoleon a mis fin à la Terreur, vaincu les ennemis de la France pendant une vingtaine d'années et établi le Code Civil, la Banque de France, le Sénat, la Cour des Comptes, les lycées, le baccalauréat. Vous auriez préféré la continuation d'un régime post 1789 digne de la Somalie ou laisser les Anglais nous prendre en main ?

  • Je suis abasourdie par votre perception de ces deux grands hommes grâce auxquels nous pouvions être fiers d'être français. GDG avait raison de dire que les commerçants pensent à leur bénéfice plus qu'à l'intérêt général et cependant vous dites : "Même forfanterie. En 1812, Napoléon... 1966, De Gaulle dira que les patrons n’ont que faire de l’« intérêt national »." Dites vous, mais c'est la réalité. Pouvez vous vous projeter mentalement sur les périodes ad hoc ? Apparemment non, vous jugez hic und nunc, et c'est votre droit mais vous omettez des portions fondamentales du puzzle et votre histoire est tronquée. Mais si la C0 de 58 n'avait pas été remaniée au gré des gouvernements, et si les successeurs de GDG, en commençant dès VGE, n'avaient pas renié leur pays nous aurions pu pérenniser l'excellence acquise par ces géants. Au lieu de cela nous sommes devenus un pays du tiers monde ; bradé, moqué, et pourtant encore trop généreux pour les arrivants sans foi ni loi ni respect de l'accueil crescendo depuis 40 ans. C'est sur notre reliquat de vie que ces nullissimes puisent les ressources pour verser ces prestations immérités. Allez dans un autre pays sans les visas et les vaccinations requises : vous n'entrerez pas.
    Nous pensions atteindre le fond du ridicule avec hollande, nous sommes en perdition avec le gamin macron qui conspue notre France et la trahie

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