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Fonctionnaire, le foutoir des rémunérations

Les rémunérations des fonctionnaires répondent à des règles rigides. Cela ne semble convenir à personne si l’on en croit les plaintes continues des syndicats. Et c’est de façon bien centralisée que ces rémunérations sont gérées. L’évolution des dépenses publiques et donc de nos impôts tiennent donc à une simple décision ministérielle qui ne doit rien à la concertation en assemblée.

Ainsi, la décision du ministre des Comptes publics de reporter un cadeau salarial (il me semble qu’ici on peut véritablement parler de cadeau, aussi humble soit-il, contrairement aux baisses d’impôts, qui ne correspondent qu’à une diminution de la spoliation organisée étatiquement) aux fonctionnaires pourrait faire économiser 800 millions d’euros dès l’année prochaine, et jusqu’à 4 Mds € en 2020. Rien que ça !

Pour autant, les fonctionnaires sont-ils privés de toute évolution de leurs rémunérations ? Evidemment non, et c’est là toute la supercherie et l’absurdité de leur système de rémunération. Quoiqu’il arrive, l’échelonnement permet une augmentation régulière quoique modérée des salaires. Dans une entreprise normale -donc privée-, une négociation ou le contrat préétabli amènent ces évolutions. Dans les cas de désaccord, le salarié envisage alors de quitter sa société pour vérifier si l’herbe est plus verte ailleurs. Dans la fonction publique, au sein de laquelle, comme chacun sait !, les conditions de travail sont terribles, les salariés ne veulent pas partir. C’est qu’ils sont des missionnaires, des serviteurs de l’Etat, prêtres du gouvernement. Ils seraient donc condamnés au bénévolat si les syndicats ne réclamaient pas des augmentations supplémentaires sur le dos des travailleurs privés.

Fidèles à leurs habitudes, les syndicats réussissent merveilleusement à diviser pour étendre leur pouvoir sans améliorer quoi que ce soit à la situation générale, les uns payant pour les autres avant que les autres ne rendent aux uns lorsque les syndicats auront entamé un combat pour la justice ailleurs.

Des rémunérations évolutives

Le portail de la fonction publique décrit le mécanisme des rémunérations dans une rubrique « rémunération, tout comprendre » : la rémunération individuelle du fonctionnaire (son traitement) est déterminée par son appartenance à un corps ; suivant le grade de l’agent dans ce corps, un échelon, auquel est associé un indice brut, définit de manière précise sa position sur l’échelle indiciaire commune à tous les fonctionnaires. A chaque indice brut (indice classement) correspond un indice majoré (indice traitement) variant de 280 à 821. Le traitement annuel brut est calculé en multipliant l’indice majoré par la valeur du traitement afférent à l’indice 100, et en divisant le résultat par 100. L’indice majoré 100 est qualifié d’indice de base de la fonction publique.

Il a été décidé en 2016 de revaloriser ce fameux point d’indice en deux temps : juillet 2016 de 0,6 % puis en février 2017 de 0,6 %, soit 1,2 % en tout. L’indice 100 est donc aujourd’hui fixé à 5 623,23 €.

Il s’agissait donc ici d’une augmentation de l’indice d’augmentation. En effet, comme on peut le lire précédemment, le fonctionnaire passe toute sa vie professionnelle sur une grille de salaire évolutive. En plus du corps d’appartenance et du grade, le traitement dépend aussi de l’ancienneté.

Au traitement, s’ajoutent ensuite différentes primes et indemnités comme l’indemnité de résidence, des suppléments de traitement selon la taille de la famille de l’employé et d’autres indemnités instituées par les textes.

Comme cela est très simple, il existe aussi des échelons hors échelle, gradués d’A à G pour l’encadrement supérieur.

On peut en juger donc, la rémunération du fonctionnaire n’est pas éternellement fixe. Le revenu salarial moyen est même globalement plus élevé que dans le privé, ce qui pourrait expliquer l’insistance des fonctionnaires à se plaindre de leur salaire sans pourtant aller jusqu’à logiquement changer d’employeur.

Evolution du revenu salarial annuel moyen

Evolution du revenu salarial annuel moyen

Source : INSEE et retraitement IREF

Au contraire, vu l’écart constaté, et considérant les qualifications moyennes des fonctionnaires (57,3% sont employés en catégorie C sur les trois corps hors enseignants), des augmentations prétendument compensatrices ne semblent pas justifiées.

Les « coups de pouce » à plusieurs milliards

La GIPA, garantie individuelle de pouvoir d’achat, a été mise en place sous la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2008, nous rappelant qu’en matière de dépense publique la droite est souvent aussi dispendieuse que la gauche. Elle permet aux agents dont l’indice n’aurait pas augmenté autant que l’inflation calculée, d’obtenir une indemnité compensatrice.

Le PPCR, modernisation des « parcours professionnels carrières et rémunérations », est l’œuvre du dernier gouvernement, bel exemple de ces mesures courageusement prises quand approchent des élections ! Elle entend simplifier les modes de paiements, notamment en transformant des primes en point d’indice parce que « la rémunération indemnitaire, qui a été fortement utilisée depuis 20 ans, est devenue trop complexe, difficilement lisible ». Ces primes pouvaient atteindre jusqu’à 40% du salaire total. Elles correspondent à des « coups de pouce » internes qui viennent donc s’additionner aux augmentations décidées au niveau étatique. Ces compléments de salaire portent des noms dignement bureaucratiques : prime d’indemnité de polyvalence, allocation complémentaire de fonction, indemnité d’administration et de technicité, prime de fonctions informatiques, indemnité forfaitaire pour travaux complémentaire, etc. On peut consulter ici le catalogue des primes, qui ne compte que 74 pages. Ces modifications auraient dû couter 800 millions[1] d’euros dès 2018 et jusqu’à 4 Mds € en 2020. Elles sont décalées d’un an.

L’augmentation de la CSG serait, elle, complètement neutralisée pour les fonctionnaires a assuré le Premier ministre. Cela se fera de deux manières : en diminuant les cotisations calquées sur les cotisations salariales et ensuite par… un versement de primes.

Enfin, la « revalorisation du point d’indice » évoquée plus haut aura coûté plus de 2,4 Mds € dès l’année d’application, à reporter chaque année dorénavant, auxquels on ajoutera les « petits gestes ».

On le voit, en matière de rémunération, les fonctionnaires savent faire valoir leurs droits. Et si, individuellement, une hausse de quelques pourcentages ne représente pas grand-chose, elle est extrêmement coûteuse pour les contribuables français. De coup de pouce en petit geste, on en vient à donner des coups de poing dans le budget de l’Etat et donc, faut-il le rappeler, dans les revenus et patrimoines des Français.

Le désengagement nécessaire de l’Etat

Il semblerait que ces coups de pouce soient surtout des outils permettant d’acheter la paix sociale face à un monstre que l’Etat a patiemment engraissé mais dont il ne réussit plus à se faire obéir. Il préfère donc continuer à le nourrir pour l’amadouer.

Afin d’éviter ces effets dévastateurs, l’Etat doit se désengager de tous services qui ne sont pas de son domaine d’action strict. Ensuite, le statut de fonctionnaire des agents publics ne doit plus être automatiquement accordé mais seulement réservé à des corps très particuliers et restreints.

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