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La dérive autocratique turque

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Sale temps pour l’état de droit en Turquie. Le régime de Recep Tayyip Erdogan a instauré des restrictions draconiennes aux libertés ce jeudi pour contrecarrer de nouvelles manifestations organisées pour dénoncer l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu. Ce dernier, qui devait être désigné candidat du principal parti d’opposition, le CHP laïc (centre gauche) pour la prochaine présidentielle et homme politique le plus populaire du pays, a été arrêté mercredi matin par des centaines de policiers sous l’accusation de corruption et soutien à des organisations terroristes kurdes, instrumentalisation claire de la justice.

Ont été décrétés une interdiction de rassemblement pour quatre jours, une restriction d’accès à certains réseaux sociaux, un déploiement massif de la police à Istanbul et l’arrestation d’une quarantaine de personnes pour des messages sur les réseaux sociaux. Les partisans du maire d’Istanbul ont dénoncé une “tentative de coup d’Etat” et ont commencé à manifester dès mercredi. “Nous devons nous élever contre ce mal en tant que nation”, a écrit Ekrem Imamoglu sur twitter, appelant les membres de l’appareil judiciaire mais aussi du Parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir à lutter contre l’injustice. “Ces événements dépassent nos partis, nos idéaux politiques. Le processus en cours concerne désormais notre peuple, c’est-à-dire nos familles. Le moment est venu de faire entendre notre voix”, a-t-il ajouté. Les autorités turques ont aussi saisi une entreprise de construction en partie détenue par Ekrem Imamoglu et en ont transféré le contrôle à la justice.

Le gouvernement rejette les accusations de dérive autocratique, malgré la répression judiciaire en cours depuis plusieurs mois contre diverses personnalités de l’opposition. Alors que les mobilisations contre le pouvoir sont devenues rares en Turquie depuis la répression du mouvement national entamé dans le parc Gezi d’Istanbul en 2013, des milliers de personnes sont descendues mercredi dans les rues ou se sont rassemblées sur les campus universitaires d’Istanbul, de la capitale Ankara et d’autres villes.

L’arrestation d’Ekrem Imamoglu, et les inquiétudes sur le respect de l’Etat de droit qui l’accompagnent, a fragilisé la livre turque sur le marché des devises, avant qu’elle ne se redresse, ainsi que la Bourse d’Istanbul, qui a perdu 8 % mercredi.

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3 commentaires

Virgile 21 mars 2025 - 12:49 pm

Il ne faut pas s’attendre à un respect de la démocratie de la part d’un islamiste comme Erdogan!

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JOJO 22 mars 2025 - 12:43 am

La Turquie est bien engagée sur le chemin de la dictature et la répression, c’est un pays lointain pour les Français. Encore heureux qu’elle ne fasse pas partie de l’Europe comme le voulait Chirac. Ce qui me semble inquiétant, c’est que la France a mis un pied sur ce chemin, avec la justice de plus en plus soumise à l’idéologie au lieu du droit, les actions de l’Arcom, les mises au placard de journalistes des médias publics qui oseraient penser autrement, les recours aux accusations de nazisme pour tout et pour rien. Bien sûr, on ne met pas (encore) les opposants en prison, mais, comme l’affirme un dicton de chez moi “ça penche du côté que ça va tomber”. Combien de temps encore avant que les écarts à la pensée unique ne soient sanctionnés ?

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Yves Montenay 22 mars 2025 - 4:37 pm

La situation en Turquie est évidemment catastrophique pour les Turcs eux-mêmes, mais aussi pour l’Europe et le Moyen-Orient, car le régime turc est ouvertement islamiste. C’est l’occasion de rappeler un point mal connu de mes interlocuteurs français : si l’islamisme est une catastrophe sur le plan des libertés et de l’organisation sociale, il ne l’est pas à sur le plan économique, étant relativement libéral dans ce domaine. C’est d’ailleurs le relatif succès économique qui explique la durée au pouvoir de l’actuel président. Voir mes articles sur ce pays.

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