Dans une note, le think tank libéral IREF analyse la formidable hausse du nombre d’agents publics en France, en particulier durant les années Mitterrand et Macron.
Rien n’y fait, les effectifs de la fonction publique progressent sans discontinuer depuis quarante ans. Cette sentence, bien connue, fait l’objet d’une nouvelle note d’analyse produite par l’Institut de recherches économiques et fiscales (Iref), que Le Point s’est procurée en exclusivité.
Le nombre d’agents publics est passé de 4,602 millions en 1980 à 5,804 millions en 2024, dernière date retenue par ce think tank libéral. Au total, près de 1,2 million d’agents (+ 26,1 %) sont venus grossir les rangs des différentes fonctions publiques — les définitions statistiques ayant évolué au cours de cette longue période, ce chiffre est à prendre comme un ordre de grandeur.
Un simple calcul maison permet d’observer que, sur la même période, cette croissance est supérieure à celle de la population française (hors Mayotte), passée d’environ 55 millions à 68,64 millions en 2024 (+ 24,8 %). « Malgré sa dette publique record et une pression fiscale déjà parmi les plus élevées au monde, l’État français continue de renforcer ses effectifs plus vite que ne croît la population », lit-on dans cette note, qui s’appuie sur les travaux du géographe Gérard-François Dumont.
Un boom dans les années Mitterrand
Pour disséquer ce phénomène, l’Iref distingue deux périodes d’analyse, correspondant à deux approches méthodologiques différentes, mais qui illustrent cette hausse des effectifs. La première, de 1980 à 1997, englobe peu ou prou les années Mitterrand, double septennat durant lequel « la sphère publique commence à vraiment gonfler ». L’indice des effectifs (hors contrats aidés), base 100 en 1980, grimpe à 117 en 1997. C’est deux fois plus rapide que l’augmentation de la population (indice 100 à 109).
En valeur absolue, la hausse donne le vertige. La fonction publique recrute ainsi 800 000 agents supplémentaires. Ce chiffre dépasse de très loin la promesse de campagne de François Mitterrand, en 1981. Le candidat s’était engagé à créer 210 000 emplois dans les services publics et sociaux et dans les collectivités locales. « Cette hausse n’étant pas linéairement liée à des besoins nouveaux clairement identifiés, on est donc, dès les années 80, face à un phénomène d’emballement bureaucratique », grince l’Institut.
Une deuxième vague sous Macron
L’autre période s’intéresse à la séquence 2010-2024, des présidences Sarkozy, Hollande et Macron. Au début, tout va bien, même si la France apparaît déjà suradministrée. Les effectifs calculés en équivalent temps plein et contrats aidés inclus croissent légèrement moins vite que la population : + 3 % contre + 3,2 %. « Cette quasi-stabilité est plutôt une bonne chose à défaut de baisse substantielle », commente l’Iref.