Le protectionnisme est stupide, la guerre commerciale plus encore

Temps de lecture : 4 minutes

Jean-Philippe Feldman et Nicolas Lecaussin dans l’Opinion

Priver un individu de la liberté d’échanger un produit qu’il a acquis ou créé, c’est méconnaître que l’échange est un droit naturel comme la propriété, c’est aussi contrarier le développement de la prospérité et compromettre la paix.

La classe politique française ne s’est une nouvelle fois pas grandie à la suite de l’annonce de l’accord entre Donald Trump et Ursula von der Leyen le 27 juillet dernier. En effet, sauf quelques exceptions, nos hommes politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ont fait étalage de leur antilibéralisme consubstantiel et de leurs carences en matière économique, mâtinés d’un vieux fond anti-américain.

Il fallait, nous ont-ils dit à l’unisson ou presque, bomber le torse, refuser tout accord déséquilibré et faire pression sur les Etats-Unis en usant de mesures de rétorsion immédiates. Marine Le Pen a mis en cause la « mondialisation », Jean-Luc Mélenchon la « mauvaise blague » du libéralisme… en se faisant les défenseurs paradoxaux du libre-échange qu’ils honnissent pourtant de manière quotidienne ! François Bayrou n’a pas hésité à parler d’un « jour sombre » et d’une « soumission ». Mais la réaction la plus emblématique a sans doute été celle de Gabriel Attal qui, le 29 juillet, après avoir à juste titre pointé une « guerre commerciale absurde enclenchée par les Etats-Unis », a appelé rien moins qu’à une… guerre commerciale contre eux en instaurant notamment « sans attendre des tarifs douaniers sur les géants du numérique » ! Quant à Michel Barnier, il a regretté, dans un entretien paru le 3 août, que « l’option de tenir un vrai rapport de force » ait été écartée, alors que nous eussions mieux fait de ne pas signer l’accord et de faire des menaces.

Si ces diverses prises de position constatent de manière indéniable que l’accord est mauvais et la position de Donald Trump inepte économiquement, il n’en demeure pas moins qu’elles témoignent d’un manque de cohérence et de bon sens, mais surtout d’un manque de principes. Nous laisserons de côté les rodomontades du type « si j’avais été le négociateur, j’aurais fait plier Trump », qui font d’autant plus sourire quand l’on connaît la personnalité de certains de nos politiciens. Notre Premier ministre aurait-il lancé un conclave ou renvoyé la balle aux partenaires sociaux ?

En premier lieu, et ce point est très rarement souligné sans doute parce que les juristes ne s’expriment pas, le protectionnisme constitue une violation des droits de l’homme. Il n’est que de relire les pages lumineuses de Frédéric Bastiat dans les années 1840 et de se rappeler du combat qu’il a mené en faveur du libre-échange. Priver un individu de la liberté d’échanger un produit qu’il a acquis ou créé, c’est méconnaître que l’échange est un droit naturel comme la propriété, c’est aussi contrarier le développement de la prospérité et compromettre la paix. En contrepoint, le protectionnisme s’analyse comme une spoliation et une course aux privilèges, de manière contemporaine on parlerait de capitalisme de connivence et de marché politique. Fût-il élu par une large partie des votants, aucun homme politique n’a légitimité pour entraver les échanges.

En second lieu, le protectionnisme est en pratique une stupidité. En interdisant ou en limitant les échanges de sa population avec le reste du monde, il pénalise non seulement les étrangers, mais encore une large partie des autochtones. En l’espèce, les premiers pénalisés par les accords conclus sous la férule de Donald Trump seront les consommateurs américains, de véritables dindons de la farce ! De plus, contrairement aux lieux communs, le « travail national » n’est pas protégé par une politique protectionniste. En effet, si certaines activités nationales sont favorisées, elles le sont au détriment d’autrui. Autrement dit, si le protectionnisme apporte des gains à quelques-uns, il défavorise tous les autres. Même les activités prétendument protégées ne manqueront pas de souffrir puisque, pour produire, les sociétés devront inévitablement importer des produits surtaxés.

En troisième lieu, une « guerre commerciale » serait encore plus stupide. Si les entreprises européennes seront pour beaucoup indéniablement victimes des nouvelles règles, il n’y a pas lieu de se lancer pour autant dans des mesures de rétorsion qui les toucheraient encore plus et qui, par surcroît, affaibliraient le pouvoir d’achat des consommateurs. Un certain nombre de statistiques doivent être rappelées à cet égard. Selon les chiffres du commerce extérieur français dévoilés par la Direction générale du Trésor, 14.700 entreprises françaises, notamment dans l’aéronautique, les boissons et les produits pharmaceutiques, ont exporté en 2024 pour 48,6 milliards d’euros de biens aux Etats-Unis ; le chiffre d’affaires de 2.000 d’entre-elles dépend de ces exportations à plus de 10 % ; les Etats-Unis sont le 2e client de la France après l’Allemagne. Dans le sens inverse, Ils sont le premier investisseur étranger dans notre pays. D’après l’Insee, en 2021, 4.600 entreprises américaines implantées en France employaient 480.000 personnes.

Dès lors, souhaite-t-on vraiment ouvrir une guerre commerciale fratricide avec les Etats-Unis ? Celle-ci serait d’autant plus irresponsable quand l’on sait combien la sécurité du continent européen dépend de la puissance américaine et ce, dans un contexte de tensions avec la Russie et de menaces renouvelées de l’utilisation de l’arme nucléaire par Moscou. Nos hommes politiques de tous bords feraient bien de s’en souvenir, surtout ceux qui ont contribué à l’affaiblissement militaire de notre pays entre 1997 et 2017 pour toucher les funestes « dividendes de la paix ».

Oui, l’accord voulu par Donald Trump est néfaste. Mais il pourrait être un aiguillon en faveur d’un libre-échangisme accru avec d’autres pays ou régions du monde, comme l’Union européenne tente de le faire avec l’Inde, l’Asie centrale ou, depuis de longues années, le Mercosur. Il pourrait également inciter notre nation, plombée par l’État providence le plus lourd qui soit, à résoudre ses graves problèmes de compétitivité.

Lire l’article sur le site l’Opinion

5 réponses

  1. Comme hypothèse de travail lors de nos cours de physique dans mon jeune temps, il était précisé : « dans les conditions de température et de pression identiques » ! A bon entendeur…

  2. Messieurs, Vous affirmez que la position de Donald Trump est « inepte économiquement » avant de critiquer le protectionisme. Toutefois, vous vous abstenez de démontrer que l’augmentation des droits de douane américains méritent cette qualification. Respecter vos lecteurs vous impose de préciser avant toute critique, le montant des droits de douane supportés par les Etats-Unis pour les importations européennes. Il est constant qu’il existe un différentiel négatif au préjudice des USA que le président Trump est parfaitement fondé à voir résorber….Sa politique n’est pas protectioniste, elle est pro-américaine et elle défend le principe élémentaire du libre-échange qui interdit les déséquilibres importants dans les échanges internationaux.

  3. Tout ce que je constate c’est que sans régulation (droits de douanes excessifs ou non) la Chine fait son beurre et le reste sur le dos des Européens en leur vendant saloperies et produits frelatés. Je dis que Trump, même s’il est excessif est dans le vrai car protège les Américains, donc pourquoi ne pas faire comme lui ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


motif

Soutenez l’IREF et défendez une recherche indépendante !

L’IREF, think tank libéral et indépendant, est un institut privé et indépendant avec un statut d’association sans but lucratif. Ses ressources proviennent uniquement des dons privés déductibles à : 66% de l’impôt sur le revenu (IRPP), 75% de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), ou 60% au titre de l’impôt sur les sociétés (IS).

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Illustration-newsletter