« Le nouveau projet du Parti socialiste, écho d’un marxisme d’un autre temps »

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Le Parti socialiste a présenté le 21 avril, l’ensemble de ses orientations pour les années à venir. Jean-Philippe Feldman et Nicolas Lecaussin, directeur de recherches et directeur de l’Iref, dénoncent un programme ayant pour unique but d’attirer l’électorat de gauche radicale.

Après la révélation de l’accord pour un « nouveau Front populaire », Bruno Le Maire s’était exclamé : « C’est 1981 puissance 10 ». L’expression peut être reprise aujourd’hui à la lecture du volumineux projet du Parti socialiste qui a été présenté à son bureau national le 21 avril. Nous ne sommes en rien surpris par les 144 pages de ce projet et ce, pour deux raisons. D’abord, parce que des six contributions au dernier Congrès du PS, soit 100 pages serrées, il ressortait que toutes naviguaient entre la gauche de la gauche et l’extrême gauche . Ensuite parce que le nouveau projet a été rédigé sous l’égide d’une proche du premier secrétaire Olivier Faure, Chloé Ridel, énarque, députée européenne et ancienne mélenchoniste.

Nous ne nous appesantirons pas sur les principales propositions du projet : smic net mensuel à 1.690 euros, écart de salaires dans les entreprises limité de 1 à 20, taxe Zucman, impôt sur les grandes successions, planifications tous azimuts, notamment écologique, prises de participation de l’État et nationalisations dans certains secteurs qualifiés de clefs, entre autres aberrations. Pas plus que nous ne disserterons sur l’absence totale de propositions de financement des centaines de mesures projetées, en parfaite congruence là encore avec les contributions au dernier Congrès du PS. Nous souhaiterions ici scruter la philosophie du projet telle qu’elle se trouve énoncée sans fard dans son introduction.

En deux mots, l’objectif est celui de « vivre libres » au XXIe siècle et le moyen ne peut être que celui d’un « nouveau socialisme ». L‘analyse part d’une critique unilatérale du monde qui nous entoure. Rien ne trouve grâce aux yeux de nos socialistes, ni à l’étranger, ni dans notre pays. L’explication est unidimensionnelle : tout est de la faute du capitalisme qui, du fait de sa crise, serait entré dans un nouvel âge, au moins aussi détestable, pour ne pas dire pire, que le précédent, avec une insistance sur les conséquences délétères pour l’écologie. En effet, au « capitalisme néolibéral », dont les promesses de doux commerce, de mondialisation et de libre-échange n’auraient pas été tenues, a succédé un « capitalisme autoritaire », une prédation commise par les États-Unis, la Chine et la Russie (sans que le projet fasse la moindre différence entre les « grandes puissances de ce monde »). Les passages répétés sur « l’oligarchie financière » fleurent bon le populisme, le complotisme et la démagogie.

Vient ensuite le moment essentiel de la nouvelle philosophie socialiste…qui ressemble furieusement aux canons marxistes de l’ancienne ! Qu’est-ce que « vivre libres » ? c’est « pouvoir choisir son destin », tant individuellement que collectivement (car chez les socialistes le collectif n’est jamais très loin). Sans le dire, le projet entérine la vieille opposition entre les libertés formelles et les libertés réelles. Sur fond de misérabilisme, il s’alarme que nous ne soyons « pas tous égaux face à la liberté », alors que celle-ci est un « bien commun », à construire autour des valeurs de fraternité et de solidarité. Le terme « construire » est opportunément utilisé : toujours dans l’optique marxiste, la liberté, loin d’être naturelle, est le fruit d’un combat. Chloé Ridel l’a confirmé dans un entretien le 22 avril : la liberté est une « question sociale ». Par opposition, le programme caricature les « droites libertariennes » comme celles pour lesquelles « la liberté est l’absence de règles communes, le règne du tout-marché, partisans (sic) du laisser-faire (sic) généralisé qui n’est rien d’autre que la loi du plus fort ».

Le projet insiste lourdement sur la dimension européenne. La France doit, selon le texte, redevenir socialiste et l’Europe avec elle. Une Europe débarrassée de ses « fondations libérales », des « dogmes du marché » et de sa « politique du libre-échange ». Puisque « l’Occident » n’existe plus, il faut « construire », toujours le même constructivisme, une « souveraineté européenne » et, si l’on comprend bien, exporter à Bruxelles le modèle social français.

Il s’ensuit, et c’est la seconde pierre dans le jardin « hollandais », que « le temps de la social-démocratie doit être dépassé », puisque « le monde qui l’a vu naître n’existe plus ». L’argument historique apparaît spécieux, mais passons… En réalité, le projet se bat contre des moulins à vent car la social-démocratie française n’existe presque plus, la plupart de ceux qui s’en réclament, Raphaël Glucksmann en tête, ayant eux aussi adopté un programme économique et social très à gauche qui aurait jadis fait frémir un tenant de la « gauche américaine »… Quoi qu’il en soit, le programme veut revenir à la « source » (radicale) de l’engagement socialiste : « la transformation du système économique et social, et l’expansion continue des libertés ». Nous ne sommes pas sûrs que cette expansion des libertés qualifie bien le programme socialiste de la seconde moitié du XIXe siècle ; en revanche, la transformation du système économique renvoie bien à la destruction du capitalisme voulue par les fondateurs du socialisme. C’est un retour en arrière d’un siècle !

L’avant-dernier paragraphe de l’introduction confirme expressément combien le « nouveau socialisme » reste un anti-individualisme obsessionnel, qui « valorise le collectif » et conçoit l’être humain comme un « être social », et un étatisme, la « puissance publique forte » devant s’opposer « à la toute-puissance du marché ». En réalité, c’est le gouvernement du peuple, par l’État et pour l’État. Les derniers mots du texte caractérisent le « nouveau socialisme » par la formule : « liberté pour tous, par l’égalité et la fraternité ». Frédéric Bastiat aurait rétorqué que la seconde partie de la formule, l’égalitarisme et la fraternité légale, détruisait la première…

Au total, le projet de « nouveau socialisme » singe celui des LFIstes, ce qui peut être inquiétant pour les socialistes car les électeurs ont toujours tendance à préférer l’original à la copie… Mais il devrait favoriser en temps opportun les ralliements et les combats contre tous les « fascistes ». Les seules différences avec Jean-Luc Mélenchon proviennent, d’une part, du rejet de l’antisémitisme et, d’autre part, de l’européisme, en plein accord avec les différents projets préparatoires au dernier congrès socialiste.

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3 réponses

  1. La puanteur sophiste de la gauche ne disparaitra pas car sa nature. Elle est passée maitre dans cet art qui consiste a faire passer des affirmations fausses pour vraies…

  2. Rien de nouveau chez les socialos: on rackette tous ce que l’on peut et on redistribue aux acolytes.Tous le reste n’est qu’enchantement.

  3. Citez-moi un seul grand média (papier ou audiovisuel) qui mène le combat libéral un tant soit peu sérieusement ? Tous nos médias prétendument libéraux sont en réalité ralliés au capitalisme-de-connivence social-démocrate. Nos grands capitalistes français s’accommodent parfaitement de ce « système français », comme le dénonçait déjà en son temps Frédéric BASTIAT… De temps à autre, un petit frisson libéral parcourt le Landerneau, et puis se dissipe… dans les catacombes de l’indifférence, quelques libéraux tiennent des blogs (comme l’IREF). Contrairement à ce qu’on prétend, le problème ne vient pas du peuple mais des élites. Le plombier lepéniste n’est peut-être pas au courant des subtilités de l’école autrichienne et des bienfaits du libre-échange, mais il est contre l’assistanat, les taxes et les privilèges. C’est une bonne base de compréhension ! Ceux qui s’opposent à toute culture libérale sont les élites, aussi bien bureaucratiques que capitalistes-de-connivence.

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