Jean-Philippe Delsol dans Atlantico
Ce fut une année sans pudeur. Les rares bonnes mesures de ces dernières années, de la flat tax à 30% sur les revenus mobiliers à la suppression de l’ISF et à la réforme des retraites ont été balayées par la folie des uns et la faiblesse des autres, par la médiocrité de [presque] tous. Et pendant ce temps, la dette s’accroît.
Il est vrai qu’il ne pouvait sans doute pas en être autrement. La France a choisi un président immature auquel, toujours à cheval sur son « en même temps », l’absence de boussole servait de boussole. « Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin ! » (Ecclésiaste 10:16-18). Ses réformes n’ont jamais été faites qu’à moitié remplaçant l’ISF par l’IFI, refusant le bénéfice de la flat tax aux revenus immobiliers, livrant le pays au chaos par la dissolution. Il a cru que la liberté devait être concédée par l’Etat quand elle nous appartient ; il a défendu l’autonomie des communes en supprimant la taxe d’habitation, leur principale ressource propre ; il a voulu responsabiliser les chômeurs en les exonérant de cotisation chômage !
Les reniements
Le scandale majeur reste l’abandon de la réforme des retraites. C’était une mauvaise réforme, insuffisante, maladroite, qui ne faisait que repousser les échéances. Mais elle a pollué la France pendant des mois pour rien. Le Président et ses ministres en avaient fait l’alpha et l’oméga de leur volonté de réforme et ils l’ont remisée comme un jouet éphémère. Seule une retraite par capitalisation pourrait, à long terme, durablement sauver la France de ses dépenses sociales abyssales (2% du PIB) qui l’asphyxient et l’empêchent, faute de moyens, d’assurer efficacement ses fonctions régaliennes : maintien de l’ordre, sécurité, intérieure et extérieure, et justice.
Cette débandade en rase campagne et sans combats est grave par ce qu’elle représente d’absence de convictions et de courage. Comme l’était d’ailleurs déjà la réforme des retraites qui n’était que paramétrique. Alors que la démographie annonce des jours sombres, elle continuait à vouloir faire payer aux générations à venir, qui se rétréciront dramatiquement, la retraite des actifs d’aujourd’hui qui revendiqueront légitimement les droits que leur donnent les cotisations parmi les plus élevées du monde que l’Etat les oblige à servir à un système par répartition obsolète. Seul un passage progressif mais significatif à un système de capitalisation pourra éviter le naufrage de nos retraites que nous ne faisons que colmater. Et c’est possible comme l’a démontré l’IREF. Mais nos politiques se montrent incapables de raisonner hors du cadre convenu et n’ont pas le tempérament d’affronter les syndicats attachés à notre modèle social que le monde nous envie et que personne ne veut.
Des obsessions réductrices
La même médiocrité a présidé à la recherche d‘un vote favorable aux lois de finances de la Sécurité sociale et de l’Etat. Je n’ai qu’un seul but, disait sur les plateaux le ministre des Finances, c’est de donner une loi de finances à la France. Triste conception de ses missions ! Le Premier ministre a tout accepté des socialistes et ses alliés pour obtenir un vote favorable qui lui a d’ailleurs finalement été refusé sur le budget de l’Etat. Outre la suspension/annulation de la réforme des retraites, il a accepté de surtaxer les entreprises et les produits du patrimoine qui payent déjà quatre fois plus d’impôt que ceux du travail, il était prêt, et l’est sans doute encore, à rétablir un ISF quelconque… Il a renoncé à toute économie majeure sur les dépenses de l’Etat alors que tant de gisements existent dans la vaine politique de la ville, les médias publics, la politique du logement…
Pire, le gouvernement a accepté une fois encore d’augmenter le déficit et la dette de l’Etat : à la fin du troisième trimestre 2025, le ratio de dette publique s’établit à  117,4 % du PIB, un record. Il fait croire aux Français que l’absence de budget est une catastrophe car elle va augmenter le déficit. Pourtant l’Espagne bat des records de croissance alors qu’elle est sans budget depuis trois ans et la Belgique qui a vécu plusieurs fois sans budget ces dernières années n’a jamais connu meilleure situation que dans ces périodes. Car l’absence de budget, c’est aussi la stabilité forcée de la fiscalité sans pour autant priver le gouvernement de faire des économies sur les crédits reconduits d’une année sur l’autre : il ne peut pas dépenser plus, mais il peut dépenser moins. C’est d’ailleurs précisément ce que craignent les gouvernants : être empêchés de multiplier les dépenses démagogiques et être obligés de faire des économies, le cas échéant pour doter moins certains services afin d’augmenter les dotations d’autres départements qui l’exigent (l’armée par exemple en 2026).
Ce spectacle délétère nous est donné par des parlementaires dévorés par leur idéologie et d’autres qui, apeurés par le risque de non réélection, n’ont pas hésité à voter des mesures budgétaires qu’ils réprouvent.
Notre Etat providence infantilise la société et tue l’esprit d’initiative et de conviction jusque chez les ministres et parlementaires. Il finit par exister au service de lui-même. C’est ainsi que les hommes s’abandonnent toujours plus à la collectivité, comme dans les cités antiques où, écrivait Lord Acton, « Les obligations les plus sacrées s’effaçaient devant les intérêts supérieurs de l’Etat. Les passagers n’existaient que pour le bien du bateau ». Les meilleurs des jeunes talents français ont perdu le goût pour cette politique des médiocres. Ils le retrouveront si la politique regagne sa noblesse dans le respect de sa finalité qui est de permettre à tous d’exercer leur liberté dans le respect de tous les autres. Son objet, disait encore Lord Acton, « n’est pas de confirmer la prééminence de tout intérêt que ce soit, mais d’y faire obstacle ; de […] veiller avec un soin égal à l’indépendance du travail et à la sécurité de la propriété ; de protéger les riches de l’envie et les pauvres de l’oppression ».
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2 réponses
Et on paie 577 députés pour faire ce sale boulot !
Macron avait promis d’en diminuer le nombre d’un tiers… Encore un mensonge.
Une partie des électeurs est consciente du déclin et des problèmes de fond, mais pas tous, des années d’endoctrinement socialiste par les médias et de solutions faciles, cela laisse beaucoup de traces difficiles à modifier, surtout bien sûr chez ceux qui en profitent. Et rien ne changera profondément sans passer par les élections. A moins d’une révolte violente suivie d’un régime autoritaire. Mais il faudrait un peuple volontaire et il n’est pas sûr que ce soit une solution viable. En attendant, souffrons tous en choeur de la situation actuelle, du moins ceux qui en souffrent..