Des impôts trop lourds et trop complexes : et si les changements attendus par les Français n’avaient finalement pas grand-chose à voir avec les obsessions de Piketty ou de Zucman ?

Temps de lecture : 4 minutes

Jean-Philippe Delsol dans Atlantico

Face à un ras-le-bol fiscal qui ne cesse de monter, les Français semblent avoir mieux saisi que leurs dirigeants l’impasse d’un système devenu illisible, instable et saturé de prélèvements.

Atlantico – Le dernier baromètre du Conseil des prélèvements obligatoires indique que 78 % des Français jugent le niveau d’imposition trop élevé, soit trois points de plus que l’an dernier, et seuls 19 % estiment qu’il est juste. Les Français dénoncent avant tout le niveau et la complexité du système fiscal. La priorité n’est-elle pas moins dans une taxation supplémentaire des ultra-riches que dans une simplification radicale de la fiscalité ?

JP DELSOL : Je vous répondrai ainsi : votre question montre que les Français font preuve d’un sens commun bien plus sûr que ce que leurs responsables politiques imaginent. Même ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu — 56 % des ménages — comprennent parfaitement qu’il y a trop d’impôts. Ils intègrent en effet aux impôts les cotisations sociales, qu’ils savent très élevées, même quand elles apparaissent dans un brouillard illisible sur leur feuille de paie. Ils savent également que, même s’ils ne sont pas certains d’y être soumis, l’idée de payer des droits de succession est pour eux insupportable. Ce prélèvement ne touchera réellement que 10 à 30 % des Français, mais les autres le jugent pourtant injuste. Tout cela révèle leur bon sens : ils sont saturés par un État qui les dévore et aspirent à retrouver leur liberté, leur responsabilité et donc leur dignité, grâce à une réduction d’impôts qui leur permettrait de reprendre la maîtrise de leur vie plutôt que de la laisser à un État qui prétend penser le bien pour eux.

61 % des Français déclarent payer trop d’impôts, même si les ménages modestes ou intermédiaires jugent plus souvent leur niveau « approprié ». Le ras-le-bol fiscal s’explique d’abord par la charge globale des prélèvements, mais aussi par le manque de lisibilité et d’efficacité perçue des dépenses publiques et des services qu’ils reçoivent en échange. Les Français attendent-ils vraiment une surenchère sur la taxation des grandes fortunes, ou plutôt un effort d’efficacité, de lisibilité et de simplicité dans la gestion publique et dans leur système fiscal ?

JP DELSOL : Vous avez raison. Même ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu voient leur pouvoir d’achat grignoté par des taxes devenues excessives : depuis longtemps sur l’essence, et plus récemment sur l’électricité, le gaz, le chauffage. Près de 60 % des Français sont propriétaires, et quand ils possèdent leur maison, une résidence secondaire ou un appartement acheté pour la retraite, ils subissent l’explosion de la taxe foncière. Celle-ci a parfois augmenté de manière vertigineuse, notamment parce qu’elle demeure la seule ressource propre des communes après la suppression de la taxe d’habitation, qui a déresponsabilisé les résidents et contraint les municipalités à se replier sur l’unique prélèvement encore à leur main. Les Français voient cela clairement, et ne le supportent plus.

À cela s’ajoute un autre facteur d’exaspération : la fiscalité change en permanence. Chaque jour, en regardant les informations, ils apprennent l’augmentation d’une taxe : sur le tabac, l’alcool, l’essence et bien d’autres. Le pays compte près de 300 petites taxes qui évoluent ou surgissent sans cesse, créant un véritable maquis fiscal qui rend l’ensemble incompréhensible et favorise la fraude — qu’ils condamnent pourtant. Il faut donc simplifier et stabiliser notre système fiscal, mais aussi le réduire. Car avec un niveau de prélèvements obligatoires situé entre 43 et 46 %, et des dépenses publiques entre 55 et 58 % du PIB, les Français savent qu’ils vivent dans un pays où l’État, omniprésent, domine les dépenses et impose les comportements. Ils ne le supportent plus. Une réforme signifiante s’impose : un impôt sur le revenu qui deviendrait proportionnel, éventuellement à taux unique au-delà d’une franchise protégeant les plus modestes, une TVA clarifiée avec moins de taux, une fiscalité du patrimoine stabilisée, au lieu d’un impôt sur la fortune immobilière ou mobilière modifié presque chaque année.

Un autre chiffre du baromètre révèle l’évolution des mentalités : seuls 25 % des Français estiment qu’il n’est « jamais justifié » de s’expatrier pour réduire ses prélèvements, contre 28 % l’an dernier, et 9 % considèrent qu’il est « toujours justifié » de le faire. Les sondés se montrent donc de plus en plus compréhensifs face à l’optimisation fiscale par l’expatriation. Ils restent sévères envers le travail non déclaré lorsqu’il émane d’un employeur, mais moins lorsqu’il provient d’un salarié. Que dit cette évolution du regard que portent les Français sur leur système fiscal et administratif ?

JP DELSOL : Elle dit tout. Les Français ne supportent plus la complexité des normes, la pression administrative et fiscale, et comprennent de plus en plus la liberté de partir, là où la fraude demeure, elle, totalement inadmissible puisqu’elle fait peser la charge sur les autres. Trop d’impôt finit toujours par tuer l’impôt : au-delà d’une certaine limite, variable selon les pays et les époques, les contribuables changent de comportement, parfois jusqu’à l’exil fiscal, ce qui réduit ensuite le rendement de l’impôt. C’est donc une politique stupide. Les Français en viennent à dire au gouvernement : « Et si vous deveniez intelligents ? Et si vous baissiez les dépenses publiques ? » Car réduire les dépenses permettrait de réduire les impôts et d’éviter une dette publique que paieront leurs enfants. Aujourd’hui, nous nous endettons non pour investir, mais pour financer des dépenses courantes — retraites, dépenses médicales — ce qui est économiquement insoutenable.

Le gouverneur de la Banque de France lui-même vient désormais d’alerter sur ces dérives, évoquant le trop-plein de dépenses, d’impôts et de dette qui fragilisent nos équilibres, et soulignant que la France a un niveau de prélèvements et de dépenses publiques bien plus élevé que ses voisins européens, sans que l’efficacité n’en soit démontrée. Comment interprétez-vous ce revirement ?

JP DELSOL : Je m’en réjouis. Le gouverneur adopte enfin une position responsable, alors que, durant les sept dernières années, il m’a souvent semblé s’efforcer de préserver le gouvernement et, surtout, le président de la République. Il a peut-être compris, tardivement, mais enfin compris. À l’Institut de Recherche économique et fiscale, que je préside, nous alertons depuis longtemps sur l’incohérence de la politique menée depuis l’arrivée de M. Macron. Nous en constatons aujourd’hui les résultats.

Lire l’article sur Atlantico.fr

4 réponses

  1. C’est le résultat de toutes ses couches administratives inutiles avec leurs nombreux fonctionnaires inutiles qui ruinent le pays . Qui va avoir le courage de s’attaquer au tabou? Et autre sujet incontrôlé : l’immigration officielle et illégale . Avec toute la misère que ça engendre en pénurie de logements , de saturation des services sociaux, de chômeurs supplémentaires , de distribution d’aides sociales , de trafics en tous genres. La sphère publique très nombreuse en France ne peut pas se plaindre de cette organisation . Triste responsables politiques

  2. Trop d’impôts et trop mal d’impôts tout ca par incompétence totale de ces politiques qui pensent plus a eux qu’à la fonction pout laquelle ils sont grassement payés , ils sont une honte de notre économie .
    D’accord avec vous cher Jean-Philippe ( je me permets cette familiarité depuis le temps …) sauf sur le point des retraites . Dans le Privé nous avons cotisé plus de 42 ans aussi je crois légitime de considérer que nous sommes des créanciers de l’Etat.
    Réglons le problème des retraites en alignant celle des fonctionnaires , taux comme revenu de remplacement, comme ancienneté , et il n’y aura plus de question .
    Mais aucun homme politique , à ma connaissance, n’a assez de courage ( on va le dire comme ça c’est plus correct, pour le dire et le faire .
    C’est ça notre problème et on le retrouve dans la discussion de la loi de finance , aucun n’a les C…lles pour réduire les dépenses .
    Alors croisons les doigts et que Dieu nous vienne en aide.

  3. C’est très simple : en France on ne fait pas d’économie, on ne se prive de rien, surtout dans les hautes sphères. Quand il manque de l’argent, on crée une nouvelle taxe ou on augmente le taux d’un impôt existant ou pire, on emprunte. Au bout du compte, le résultat c’est 3.400 milliards de dette
    Joli coup isn’t it ? surtout quand on se prend pour un grand financier…

  4. Il y a trop de fonctionnaires, il faut supprimer des échelons administratifs, laisser la liberté du travail aux entreprises, diminuer les impôts de 30 %, supprimer la CMU, ce qui revient à baisser le prix des mutuelles. Il faut supprimer les agences de l’Etat, et si possible que l’ Etat s’occupe des fonctions régaliennes et c’est tout, les Français sont assez grands pour se débrouiller par eux-mêmes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


motif

Soutenez l’IREF et défendez une recherche indépendante !

L’IREF, think tank libéral et indépendant, est un institut privé et indépendant avec un statut d’association sans but lucratif. Ses ressources proviennent uniquement des dons privés déductibles à : 66% de l’impôt sur le revenu (IRPP), 75% de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), ou 60% au titre de l’impôt sur les sociétés (IS).

Recevez Contrepoints, le journal d'actualité libéral

Abonnez-vous gratuitement à notre journal d’actualité libéral. Recevez tous les matins une analyse libérale de l’actualité que vous ne trouverez nulle part ailleurs.


Illustration-newsletter