Le gouvernement l’a fait savoir : les rémunérations des ministres et de leurs cabinets devraient baisser. Certes, ils continueront de franchir les embouteillages avec le gyrophare pour ne pas arriver en retard à leurs rendez-vous. Bien sûr, la mesure n’est pas de nature à mieux attirer les talents, qui fuient souvent déjà l’emploi public. Évidemment, l’impact sur les finances publiques sera ridiculement résiduel dans un abîme de gabegies. Le mérite de la mesure, chacun l’a compris, n’est pas là : il tient au symbole, un peu populiste, peut-être populaire, qu’elle implique – et à la marge d’action qu’elle permet. Quels que soient les efforts que le prochain projet de loi de finances demandera aux Français, l’exécutif pourra répliquer qu’il a lui-même pris sa part et donné l’exemple. Le message implicite est que personne n’y échappera : l’effort sera partagé.
Les entreprises ont été soulagées : dans un courrier public, le Premier ministre leur a promis que l’activité, déjà dangereusement vacillante, serait préservée : « Il n’y aura pas d’impôt nouveau », a-t-il écrit. Les exégètes souligneront que cela n’interdit pas une baisse de ce qu’on désigne abusivement comme des « aides », mais la promesse est là, rare et rassurante : dans l’enfer fiscal, l’exécutif ne cherchera pas à resserrer le nœud coulant des impôts directs sur les entreprises, déjà au bord de l’asphyxie (en 2024, l’ensemble des prélèvements pesant sur les sociétés non financières représentait 25,2 % de leur valeur ajoutée en France, contre 11,9 % en Allemagne).
Viennent ensuite les actifs, dont le pouvoir d’achat ne progresse plus faute de croissance et dont les perspectives salariales s’éteignent, écrasées de charges : au rythme moyen de progression des salaires réels observé aujourd’hui, il faudrait environ quatre-vingts ans pour doubler son niveau de vie, contre quinze ans dans les années 1970. Toute contribution fiscale supplémentaire en sera d’autant plus douloureuse.
Il reste donc les retraités. En 2024, leur niveau de vie médian atteignait 92 % de celui des actifs. Grâce aux revalorisations des pensions, il a progressé de 3,5 % en euros constants, contre 1,8 % pour l’ensemble de la population. Leur taux de pauvreté est de 10,4 %, inférieur à la moyenne nationale de 15,4 %, tandis que leurs revenus patrimoniaux moyens sont estimés à 555 euros mensuels, contre 383 euros pour les actifs. Ce n’est pas Byzance, mais ils s’exposent d’autant plus à une contribution que les dépenses de retraites représentent un quart de la dépense publique – et un tiers de son augmentation.
La fable du colibri
Progressivement, mais dangereusement, le mur de la réalité rattrape les Français : les finances publiques sont exsangues. En 2025, la charge d’intérêts de la dette a atteint près de 65 milliards d’euros, soit 42 % d’un déficit public à 5,1 % du PIB. Les marchés commencent à s’en inquiéter. L’incertitude électorale les rend fébriles ; notre capacité à réagir également. L’impasse est politique : chacun a intérêt au statu quo, même si tous sont menacés par la dérive qu’il implique.