Autorité à l’école: l’incantation ne suffira pas

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Avant que les affaires de harcèlement ne viennent de nouveau accaparer son emploi du temps, notamment à la suite du décès de Camélia (17 ans), qui s’est jetée sous un train en gare de Villeparisis–Mitry-le-Neuf, le ministre de l’Éducation nationale avait présenté ses vœux à la « communauté éducative » dans un lycée hôtelier du 17e arrondissement de Paris. Souhaitant redorer le blason des enseignants, il avait affirmé que l’autorité à l’école n’est pas « un gros mot ».

Lors des vœux qu’il a présentés aux enseignants jeudi dernier, Edouard Geffray, ministre de l’Education nationale, a tenu à rappeler que « l’autorité n’est pas un gros mot mais la condition d’accès à l’autonomie par l’hétéronomie. » Il a cru bon d’ajouter, prenant ainsi ses auditeurs pour des hilotes : « Pour que je puisse un jour me fixer mes propres règles, je dois avoir appris enfant à respecter celles des autres. » Nième tentative de redorer le blason d’un métier qui ne fait plus rêver.

Crise climatique

Il est vrai que les professeurs se plaignent de voir leurs décisions contestées, de subir l’ire des parents dès qu’ils sanctionnent les élèves, d’être contraints de justifier les moindres de leurs choix, d’être même parfois confrontés aux accès de violence des élèves ou de leurs parents. Et ce n’est pas une vue de l’esprit : la dernière étude PISA dont les résultats ont été publiés en 2022 fait état d’une aggravation sensible du « climat de discipline scolaire » dans les établissements français :  29 % des élèves déclarent ne pas pouvoir bien travailler pendant les cours de mathématiques (moyenne OCDE : 23 % des élèves). Dans la même veine, 42 % des élèves déclarent en 2022 que leurs camarades n’écoutent pas ce que dit le professeur (moyenne OCDE : 30 % des élèves) et 39 % que le temps d’apprentissage est réduit car l’enseignant doit attendre le calme longtemps après le début du cours (moyenne OCDE : 25 %). Enfin, un élève sur deux déclare qu’il y a du bruit et du désordre dans la plupart ou dans tous les cours (moyenne OCDE : 30 %). Par ailleurs, il faudrait être aveugle ou de très mauvaise foi pour ne pas noter la multiplication des incidents graves et l’irruption de la violence dans les établissements scolaires.

Toutefois, l’énoncé du ministre n’a rien de performatif, et il faut s’en féliciter : en effet, les individus que nous sommes, même jeunes, ne sont pas naturellement obéissants. Ils acceptent de reconnaître l’autorité d’un tiers si elle est légitime et justifiée. Lorsqu’il affirme qu’à l’école, il faut apprendre aux enfants à respecter les règles des autres, il se trompe : personne ne veut que ses enfants obéissent aux règles « des autres », mais bien qu’ils reconnaissent les règles nécessaires à leur instruction, à leur épanouissement intellectuel. Ces règles doivent être posées avec bienveillance afin de transmettre un patrimoine, une civilisation, des connaissances, pourquoi pas un métier… Cette éducation au respect des règles et des enseignants incombe évidemment en premier lieu aux parents mais elle doit trouver son prolongement à l’école. Les enfants ont besoin de cohérence.

Jeu de dupes

Or que propose l’école aujourd’hui ? Elle impose des enseignants inamovibles quelle que soit la qualité ou la médiocrité de leur travail et dont l’évolution professionnelle ne doit rien au mérite mais tout à l’ancienneté et au conformisme. Elle ne les a pas formés, ou plutôt elle les a déformés lors de longues séances de déconstruction intellectuelle dans lesquelles ils sont invités à renoncer à tout bon sens et à embrasser les théories pédagogiques les plus folles, du moment qu’elles paraissent innovantes et aptes à « lutter contre les inégalités ». Les élèves ne sont pas dupes et comprennent bien qu’ils ont souvent face à eux des marionnettes qui s’échinent à décliner les nouveaux programmes avec le plus de conviction possible même si ceux-ci sont parfaitement contradictoires avec les précédents. L’abandon par Edouard Geffray lui-même de la mise en œuvre des groupes de niveaux, pourtant présentés comme salutaires – donc obligatoires – par l’administration qu’il dirigeait déjà[1], la récente et virulente critique des écrans alors même qu’ils avaient été imposés dans toutes les classes il y a une dizaine d’années, la passion soudaine pour les uniformes immédiatement reniée, ne sont que quelques exemples des nombreuses errances de l’Education nationale.

Condamnés à être mal formés par une institution à laquelle ils se soumettent petit à petit, les professeurs se retrouvent ainsi face à des élèves auxquels ils n’ont souvent pas grand-chose à proposer : partager des poèmes qu’ils ont composés en binômes, faire des recherches sur Internet tout en se renseignant sur « les dangers d’Internet », préparer un exposé sur les jardins citoyens, ou le développement durable…

Destin grec

Les professeurs doivent consacrer des réunions entières à la mise en œuvre des « instructions officielles » dont le contenu est plus idéologique que jamais : l’écologie, le féminisme, l’éducation sexuelle précoce, la lutte contre les privilèges de classe ayant remplacé l’enseignement des disciplines fondamentales. Ils sont tenus de suivre des tutoriels avant de remplir longuement des LSU[2] auxquels ils ne comprennent rien et qui ne leur permettent pas de dire la vérité sur le niveau de leurs élèves. Ils redoutent tant les inspecteurs qu’ils chamboulent toute leur organisation le jour de leur passage. C’est ainsi que des élèves qui travaillent habituellement de façon individuelle se retrouvent à travailler par groupes pour satisfaire l’inspecteur. La classe, l’école jouent ce jour-là une ridicule comédie ayant pour unique objectif d’être tranquille alors que l’inspecteur sait bien que tout est potemkinisé pour son passage.

Prétendre aiguiser l’esprit critique et susciter le respect des élèves tout en faisant preuve de servilité est pour le moins contradictoire. C’est pourtant ce que demande l’Education nationale à ses professeurs.

Lire l’article sur le site Causeur.fr

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