Nicolas Lecaussin et Jean-Philippe Feldman dans Le Point
Voilà des décennies que nous devons supporter, avec des variations suivant les départements, une journée morte pour les commerces le 1er mai. L’immense majorité des Français ne peut pas profiter de ce jour férié pour faire ses courses et ce, même si certains commerçants et artisans voudraient ouvrir boutique. En revanche, les syndicalistes en profitent pour manifester dans toute la France, avec des cortèges en large baisse par rapport à ceux que l’on a pu connaître, mais avec un enthousiasme intact.
Plusieurs faits divers judiciaires, marqués par des condamnations d’entrepreneurs ayant osé braver les règles – assorties d’amendes de plusieurs milliers d’euros –, ont cependant incité certains parlementaires courageux à tenter de mettre fin à des prohibitions d’un autre temps. C’est ainsi que des sénateurs du groupe Union centriste ont déposé, le 25 avril 2025, une proposition de loi « visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai ».
En parallèle, le député Jean-Marie Fiévet du groupe Ensemble pour la République avait déposé le 17 février une proposition de loi « visant à permettre l’ouverture des boulangeries tous les jours de la semaine »… Mais, sous la pression, il vient de la retirer.
Un lobbying acharné
Le camp progressiste mène en effet un lobbying acharné pour empêcher tout assouplissement de la réglementation. C’est ainsi que huit organisations syndicales, en tête desquelles se trouvent la CGT, la CFDT et FO, ont adressé une lettre qui vaut son pesant d’or à l’ensemble des députés pour leur demander de s’opposer à toute tentative de remise en cause d’un 1er mai chômé et férié.
Bien entendu, à chaque fois qu’il s’agit de défendre un privilège ou une réglementation abusive, il n’est dit mot du consommateur. C’est un grand classique depuis le XVIIIe siècle quand Turgot luttait contre les corporations ou, plus tard, lorsque Frédéric Bastiat combattait le protectionnisme.
Où est le scandale ?
La proposition sénatoriale de loi sur le travail du 1er mai n’a rien de radical. Elle concerne certains types d’établissement seulement (les boulangers et les fleuristes, mais aussi l’activité culturelle comme les théâtres) et elle est entourée, quoi qu’en disent nos syndicalistes, de garanties : volontariat des salariés formalisé par écrit, doublement de la rémunération habituelle.
« Certains Français peuvent donc acheter une baguette fraîche le dimanche, alors que les autres doivent se contenter de pain sec… »
Même si l’on peut regretter la pusillanimité du texte, son adoption permettrait de juguler l’insécurité juridique actuelle et les inégalités entre départements. En effet, comme l’indiquait la proposition Fiévet, les restrictions dans l’ouverture des boulangeries trouvent essentiellement leur origine dans des arrêtés préfectoraux de fermeture qui existent… dans 54 départements, mais pas dans les autres. Certains Français peuvent donc acheter une baguette fraîche le dimanche, alors que les autres doivent se contenter de pain sec…
En quoi serait-il scandaleux que nous puissions bénéficier le 1er mai de nombreux commerces ouverts ou nous amuser dans des salles de spectacle plutôt que de connaître pour toute agitation des défilés de syndicalistes entre deux brins de muguet ?