Travail le 1er mai – Certains syndicats, tout en se revendiquant du progressisme et de la défense des travailleurs, défendent des positions conservatrices, dénonce Jean-Philippe Feldman.
Epoch Times – Pourquoi le gouvernement a-t-il, selon vous, reculé ?
Jean-Philippe Feldman – D’abord, étant minoritaire, le gouvernement ne dispose pas d’une marge de manœuvre considérable. Il n’est pas en mesure de défendre des réformes courageuses et d’aller au bras de fer avec les organisations syndicales.
Par ailleurs, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, se définit lui-même comme un « gaulliste social ». Un terme permettant de masquer une forme d’immobilisme.
Ensuite, après avoir été bloqué à cause de l’obstruction parlementaire en début d’année, le texte a été récupéré par l’ex-locataire de Matignon, Gabriel Attal.
Mais l’ancien locataire ne fait pas l’unanimité, loin de là, au sein du parti présidentiel. Le texte a donc été enterré par le gouvernement. Avant que le Premier ministre n’annonce un texte pour 2027… lorsqu’il ne sera plus à Matignon, puis qu’il « rétropédale » devant la polémique le 17 avril avec l’annonce d’un projet de loi pour que les boulangers et les fleuristes, et uniquement eux, puissent ouvrir dans certaines conditions le 1er mai… Une sorte de « en même temps » qui a fait beaucoup de dégâts depuis 2017.
Quel est votre regard sur le contenu du texte ?
Cette proposition de loi initialement déposée au Sénat était assez pusillanime. Elle prévoyait d’assouplir la règle de l’interdiction de travailler le 1er mai, notamment pour les fleuristes et les boulangers.
Et au fur et à mesure des discussions à la chambre haute, l’assouplissement de la règle a été élargi à d’autres commerces. Ce qui relève du bon sens. Pourquoi pourrait-on se rendre chez le boulanger ou le fleuriste le 1er mai et pas chez le boucher ?
Pour vous, les interdictions de travailler le 1er mai avaient du sens auparavant, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas ?
Pas exactement. Je me définis comme un défenseur de la liberté, peu importe l’époque.
Cela fait un demi-siècle qu’on perturbe la vie des Français avec le caractère chômé et férié du 1er mai.
Bien que des dérogations existent, notamment en fonction des départements, cette interdiction fait que tous les 1ers mai, un grand nombre de communes sont littéralement mortes, ce qui empêche les gens d’accéder à des services essentiels.
Le problème n’est donc pas tant que cette règle soit anachronique, mais qu’elle ne devrait tout simplement pas exister.
Il n’y a pas de raison de limiter la liberté des Français, en particulier la liberté de travailler.
Je rappelle également que le texte, contrairement à ce qui a pu être affirmé par certaines organisations syndicales, préservait les droits des salariés. D’une part, il permettait aux salariés, sur la base du volontariat, de travailler le 1er mai. D’autre part, le travail effectué était payé double. Nous sommes donc loin du « coup de force contre le monde du travail ».
Diriez-vous qu’aujourd’hui, beaucoup trop de syndicats restent coincés dans des postures idéologiques et manquent de pragmatisme ?
Je pense qu’il faut opérer une distinction entre les syndicats. Si certains sont ouverts à la discussion et au compromis comme celui des cadres et de l’encadrement, d’autres s’opposent systématiquement et de manière absolue à certains textes de loi.
En l’espèce, toutes les organisations syndicales ont mené une campagne de lobbying intense auprès des parlementaires et du gouvernement pour bloquer la proposition de loi sur le travail le 1er mai. Ils ont envoyé à plusieurs reprises des courriers au gouvernement et aux parlementaires.
Sous couvert de progressisme et de défense des travailleurs, certains syndicats gardent des postures conservatrices.
Sont-ils représentatifs du monde du travail ?
C’est toute l’ironie de l’histoire. S’ils conservent un pouvoir de nuisance et continuent d’agiter le mythe de la démocratie sociale, ils ne représentent qu’une minorité de fonctionnaires et ne représentent en rien le secteur privé. Le taux de syndicalisation dans le secteur privé est seulement de quelques %.
Manifestement, la grande majorité des salariés considèrent davantage les syndicats comme des officines idéologiques que comme des organismes de défense de leurs intérêts.