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Catholique et libéral : un déni ou un défi ?

dimanche 15 août 2021, par Pierre Garello

Il est souvent dit que la France ne peut être un pays libéral à cause de ses racines catholiques. De façon générale le libéralisme serait mieux reçu dans les pays anglo-saxons que dans les pays latins. Parallèlement Max Weber et Alain Peyrefitte ont soutenu que le capitalisme était le fruit du protestantisme – une thèse combattue par Michael Novak.

Peut-être la rigueur scientifique exigerait-elle une approche moins abrupte. D’une part cette approche est holiste : ce ne sont pas des pays qui sont catholiques ou protestants, mais des individus. La foi est un choix personnel. D’autre part l’enracinement religieux s’est considérablement estompé en France, on se souvient de l’apostrophe de Jean Paul II : « France, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? ». C’est la laïcité à la mode de 1793 qui est aujourd’hui au cœur des débats. En réalité, on ne sait où habitent les « cathos » : les « progressistes » se sentent bien à gauche, les « traditionnalistes » vont jusqu’à l’extrême droite, les centristes sont nombreux, et sans doute plus nombreux encore sont ceux qui se sentent plus à l’aise dans la société civile que dans le monde politique.

Bien entendu, puisque l’Eglise catholique est hiérarchisée, c’est aussi du côté des autorités ecclésiales que l’on peut se tourner pour juger des relations entre catholicisme et libéralisme, Mais cette démarche est difficile, parce que les voix autorisées sont parfois dissonantes, voire discordantes. Il existe bien une Doctrine Sociale de l’Eglise Catholique (DSEC) initiée par Léon XIII avec l’encyclique Rerum Novarum (1891) mais elle est par nature évolutive (au fur et à mesure qu’apparaissent « les choses nouvelles »). Cette évolution ménage-t-elle un « noyau dur » ? Le Professeur Jean Yves Naudet, actuel vice-président de l’Association des économistes catholiques, répondrait sans doute : oui, la liberté et la propriété sont les bases incontournables de la doctrine de l’Eglise Catholique. Toujours est-il que, le 17 Mai dernier, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi publiait un document consacré explicitement aux questions économiques et financières ; un document plus sceptique quant aux mérites du libéralisme et qui semblait, en conséquence, rouvrir les débats.

Dans de telles circonstances, le ton de la conversation peut monter d’autant plus vite que, ainsi que le souligne Jean-Philippe Feldman, ceux qui observent ces débats (qui ne sont pas des libéraux et qui ne sont pas non plus la plupart du temps des catholiques) jettent volontiers de l’huile sur le feu : « Puisque l’Eglise est du côté des pauvres, du côté des cœurs, Comment pourrait-elle épouser les thèses libérales ! ».

Alors qu’en est-il vraiment ? Le dossier que nous ouvrons avec ce numéro a pour objet de faire le point sur ces questions, à l’intersection de la pensée libérale, de la doctrine sociale de l’Eglise et, d’une réflexion plus globale sur la nature humaine et sur l’éthique.

Deux contributions, celle de Jean-Philippe Feldman et celle de Jacques Garello, portent directement sur le texte de Mai dernier. Les deux auteurs sont plutôt sévères sur ce texte auquel ils accordent une note inférieure à celle qu’ils accorderaient pour l’ensemble de la Doctrine Sociale de l’Eglise. Ainsi, s’ils accueillent favorablement la démarche du Vatican (il est important d’appeler les individus à assumer leur liberté par le choix d’une démarche responsable), l’analyse économique, voire peut-être même – et ce serait plus grave – les fondements anthropologiques sur lesquels semble fondé le texte sont de leur point de vue critiquables.

Plus précisément, du texte du Vatican ressortent assez clairement, aux yeux de nos exégètes, un constat et une recommandation. Le constat est que des acteurs clés de notre économie mondialisée – parmi lesquels on retrouve bien entendu banquiers et financiers –, sont pour beaucoup dépourvus de valeurs éthiques et que pour cette raison les marchés dérapent et nous entrainent irrémédiablement vers le chaos, la pauvreté et les inégalités. La recommandation est qu’il est urgent de « réguler » les marchés et que cette tâche est de la responsabilité des Etats, voire d’organisations supranationales. Nos deux auteurs rejettent en très grande partie tout à la fois le diagnostic et le remède proposés par le document du Vatican et affirment qu’une autre analyse des dérapages qui ont récemment conduit à la crise est possible. Cette analyse resterait tout-à-fait compatible avec le corps de la doctrine sociale de l’Eglise, mais aussi avec les fondements de la pensée libérale.

https://fr.irefeurope.org/Publications/Journal-des-Libertes/article/Catholique-et-liberal-un-deni-ou-un-defi

Vos commentaires

  • Le 16 août à 07:16, par BJ En réponse à : Catholique et libéral : un déni ou un défi ?

    Je suis catholique et libéral.
    Lors du jugement dernier nous serons jugés pour ce que nous avons choisi de faire et non pour ce qui nous a été imposé. L’étatisme renvoie la responsabilité à l’état, c’est-à-dire à personne. Ce n’est pas en imposant ma vision du monde aux autres que je me sanctifie mais en l’appliquant par moi-même.
    Le communisme qui nie l’individu au profit des masses a d’ailleurs été largement combattu par saint Jean-Paul II dans son soutien à Solidarnosc, et celui-ci combat en retour l’Église dans les pays communistes : chine, corée du nord, etc...
    Voir la charité ne pas dépendre de l’état est insupportable pour un communiste.

  • Le 16 août à 08:37, par Ghislaine FEDYCKI En réponse à : Catholique et libéral : un déni ou un défi ?

    vous y étiez ? oui Mr PEYREFITTE
    alors n’oubliez jamais votre baptême (novembre 1984)
    et bla bla bla nous sommes Français par le baptême de CLOVIS
    nobody is perfec in the wolrd
    c’est pourquoi notre pape ayant conscience d’être un simple humain est ce par humilité n’oublie jamais de nous demander de prier pour lui
    et oui Freud m’a enseigné que l’on portait sa destiné dans son nom et bien hier j’ai constaté un réel ou mon Prince de Anges tu es toujours présent et humilité humiliét humiité personne ne détiens l’Alpha et l’Oméga

  • Le 16 août à 09:11, par François MARTIN En réponse à : Catholique et libéral : un déni ou un défi ?

    S’il n’était pas perverti par les abus de pouvoir les abus de position dominante et tromperies (pub mensongère, délits divers), le “capitalisme“ ne serait qu’un ensemble d’organisations pratiques et efficaces (entreprise, monnaie, banque, assurance etc.) au service de l’activité productive des nations.

    Rien qui puisse effaroucher les âmes, pieuses ou non.

  • Le 16 août à 10:07, par Thiers jean-Marie En réponse à : Catholique et libéral : un déni ou un défi ?

    Ancien élève, modeste, de Jacques Garello, le sujet ainsi traité est d’importance. Au-delà des considérations qui suivront sur les grands chemins de la pensée économique, se placent les attitudes individuelles et les orientations qui ont donné un visage à notre société. Il faut se souvenir de la quasi-haine dispensée par des éducateurs chrétiens catholiques à l’égard du monde libéral, les prêches incendiaires dans ce sens, qui trouvaient une justification dans la législation nationale, imprégnée de sympathies collectivistes ; je me souviens avoir entendu cette phase à la fois sotte et néfaste : "votre état de grâce est en raison inverse de votre compte en banque."
    Tout étudiant de troisième cycle a bûché sur les différents états de la société et de ses transformations. Disposons-nous aujourd’hui d’un regard synthétique susceptible de convaincre de la nécessité impérieuse de bâtir à la fois sur la puissance technologique et sur la modestie des ambitions au regard des inévitables tensons créées par les rigidités individuelles ?

  • Le 16 août à 18:42, par montesquieu En réponse à : Catholique et libéral : un déni ou un défi ?

    Les protestants sont plus responsabilisés que les catholiques et ont une hiérarchie cléricale beaucoup plus légère, d’où moins de conflit de pouvoir, et un rejet plus net des collectivismes.
    Les raidissements du Vatican sont pour beaucoup dus à ces luttes. Par exemple par rapport aux franc-maçons. Ou bien le flirt de certains catholiques avec le marxisme.
    Mais il ne faut pas désespérer. JP II n’était pas François et les catholiques sont de plus en plus "protestantisés" dans leurs croyances profondes.

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