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Valérie Pécresse, la candidate libérale qu’on mérite

par Adélaïde Motte

Nous avons souvent pointé les mesures inefficaces ou contre-productives des candidats à la présidentielle. Il en existe cependant de bonnes, qui méritent d’être soulignées.

Le programme de Valérie Pécresse est à l’image de ses choix : concernant l’économie et le pouvoir d’achat, il est bon. Et l’on regrette d’autant plus les dérives étatiques qui la poussent à légiférer sur tout au lieu de libérer la société.

 

Fonction publique et entreprises : de nombreuses mesures libérales

La candidate les Républicains était prometteuse, avec un bon bilan à la tête de la région Île-de-France. Valérie Pécresse apporte certaines mesures intéressantes, comme la fin des 35 heures, qu’elle est la seule à aborder. Le temps de travail pourrait être négocié en entreprise et les RTT convertis en salaire, sans charge ni limite. De quoi permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus pour gagner plus, et aux entreprises de gagner en productivité, donc en compétitivité, d’autant qu’elles seraient allégées de dix milliards d’impôts de production. Valérie Pécresse réduirait également un certain nombre de normes et de procédures, quoique son programme n’en dise pas plus. Elle n’oublie pas les agriculteurs, dont elle allègerait les charges et exonèrerait la transmission des exploitations. En revanche, elle annonce une hausse du salaire net de 10% sur cinq ans pour ceux qui gagnent moins de 2 800€ net par mois. Cette augmentation, qui devrait être laissée à l’initiative des entreprises, détonne, et on voit mal comment Valérie Pécresse s’arrogerait, hors le SMIC, le droit de s’insérer dans les rapports entre patron et salariés pour augmenter les salaires.

Concernant la fonction publique, Valérie Pécresse supprimerait cinq cents organismes publics inutiles ou en doublon et 200 000 postes de fonctionnaires, ce qui ferait baisser les dépenses publiques. Elle compte également réduire le déficit public de 42 milliards en cinq ans, ce qui correspondrait à près du tiers du déficit de 2022, et instaurer la règle d’or budgétaire, interdisant les déficits publics au-delà d’un seuil raisonnable, dans la Constitution. Elle réformerait enfin le statut des hôpitaux pour leur donner une meilleure autonomie. En faire des fondations ? Elle l’avait naguère envisagé, mais n’en reparle pas dans son programme. Des mesures bienvenues, néanmoins contrebalancées par d’autres plus douteuses. Elle augmenterait la rémunération des médecins sans augmenter le reste à charge des patients, ponctionnant davantage les contribuables, et allongerait les études de médecine pour forcer les internes à exercer un an dans un désert médical.

 

Entre aides sociales et investissements massifs, le programme de Valérie Pécresse reste malgré tout bancal

Valérie Pécresse veut redonner du pouvoir d’achat aux Français et avance pour cela des mesures simples et évidentes, dont on ne peut que se réjouir qu’elles aient enfin trouvé preneur. Elle supprimerait la TVA sur les taxes pour l’électricité, mais aussi, pour une grande majorité des Français, les droits de succession, et exonèrerait partiellement les donations. Sur ces deux derniers points, ses mesures présentent les mêmes défaillances que celles de Marine Le Pen : elles prendront moins d’argent aux classes modestes et moyennes mais lèseront les plus riches, qui n’auront plus qu’à émigrer dans un pays moins confiscatoire, qui profitera de leurs richesses et de leurs investissements.

Ses bonnes mesures sont malheureusement accompagnées de la multiplication d’aides sociales pour tous, des jeunes aux familles, du contrôle des marchés automobile ou alimentaire, d’investissements publics dans les transports, la culture, les télécommunications, le logement, l’industrie du futur, la recherche industrielle ou agricole… là  où le secteur privé pourrait s’en occuper s’il était libéré de taxes et cotisations, et de plans que l’on n’aurait pas d’instinct mis dans les priorités du gouvernement, comme la lutte contre le bruit ou le label « ville des animaux ». Valérie Pécresse veut également remplacer le livret A par un livret développement durable, comme si l’Etat avait à orienter l’épargne des Français. Ses propositions concernant la jeunesse sont plus inquiétantes encore. Entre son revenu jeune actif pour les jeunes en formation dans un métier en tension, la création d’une banque nationale des jeunes et la suppression de la surprime d’assurances pour les jeunes conducteurs, son programme fait entrer l’Etat dans des domaines où il n’a pas lieu d’être, ou l’y maintient.

Si Valérie Pécresse propose quelques mesures libérales uniques, elle n’a pas pris en compte nos recommandations de mettre de la cohérence dans son programme. Résultat, les bonnes mesures économiques sont étouffées par l’étatisme de celle qui a voulu tout aborder. Un choix discutable, qui empêche de définir clairement sa candidature. Reste à savoir si ses électeurs se retrouveront dans l’ensemble de son programme ou choisiront, de se concentrer sur celles qui leur conviennent, en espérant que Valérie Pécresse élue y concentre son mandat.

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10 commentaires

Dapsang 31 mars 2022 - 7:39

V Pecresse n’est pas liberale . Elle est contre le jeu du marche , la concurrence , qui sont la base du liberalisme .

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Jean Aymar-Desconds 31 mars 2022 - 7:45

Le programme de Madame Pécresse est bancal à plus d’un titre, en particulier sur le registre de l’énergie. Elle s’entête à vouloir poursuivre le programme dément de Macron sur les renouvelables, que rien ne justifie, ni au plan économique, ni au plan de l’indépendance énergétique de la France. Monsieur Pécresse a des éoliennes à vendre, celles de General Electric. Ceci explique cela.

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François MARTIN 31 mars 2022 - 7:59

Aucun candidat ne propose de confier à l’Etat les tâches de nature étatique et au privé les tâches de nature privée.

Pourquoi se refusent-ils à adopter ce qui relève du bon sens le plus élémentaire ?

Le goût du pouvoir (et des abus de pouvoir) serait il la clé de ce mystère ?

Et on s’étonne de l’abstention des Français, de la révolte des Gilets jaunes !

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en fait 31 mars 2022 - 8:30

OUI, libéral vaste sujet multimillénaire, cependant, désolé, nous méritons mieux, Oui l’excellence.
V.P. saupoudre des mesurettes avec une belle cuillère d’argent, dans notre enfer ultra ultra libéral, ( pour 2021 les prestations de protection sociale représentent de l’ordre de 800 milliards € quasi 32 % du P.I.B. un grain de blé ).
OUI, désolé, regardons les faits ( dernières données « officielles » INSEE).
– Les 4.1 millions d’entreprises produisent 1241 milliards € de V.A. soit 51 % du P.I.B.
– de 2015 à 2019 la productivité a augmenté en moyenne de 8 % sur toute la période !
– 276 Grandes Entreprises et 5861 E.T.I, donc 6137 structures fournissent 57 % de la V.A. des entreprises.
– pour les TPE / PME : 38 % ont des problèmes de liquidités, 29 % de solvabilité ( fonds propres négatifs).
OUI, il faut de toute urgence libérer les libérateurs et leurs idées, . .. ….,
Sinon, tout va très bien.

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Bernard GUILHON 31 mars 2022 - 9:24

« allongerait les études de médecine pour FORCER les internes à exercer un an dans un désert médical. » La coercition, il n’y a que ça de vrai. « Tout avec l’Etat, rien sans l’Etat, rien contre l’Etat » (Mussolini 1920). Et vive le progrès.

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Obeguyx 31 mars 2022 - 11:43

Pécresse – Macron, même combat. Si vous voulez changer de société, ce sont les deux (accompagnés d’Hidalgo et Lassalle) pour qui IL NE FAUT PAS VOTER, car ce sont eux qui gouvernent depuis plus de 50 ans et qui sont RESPONSABLES DE TOUT !!! Les autres n’ont jamais gouverné, alors laissons leurs une petite chance, au pire 5 ans (voir moins). On en a tous marre de ces gesticulations qui ne mènent à rien. On veut des faits, pas des promesses.

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JCC 1 avril 2022 - 7:47

J’ajoute dans votre liste Mélenchon, le sympathique gras sénateur qui s’est fait une fortune sur le dos des impôts et qui est au PS jusqu’en 2008. Quant à Pécresse, c’est la définition de l’arrivisme, qui a quitté le navire Républicains en pleine déconfiture alors que le pauvre Wauquiez (qui est bien lui) essayait de sauver le naufrage, pour revenir ensuite avec Bertrand et y chercher les sous et faire campagne (ce qu’elle fait fort mal). Nombre de mes amis français ne voteront pas en cas de duel Macron Pécresse, c’est du bonnet blanc blanc bonnet.

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Henri 1 avril 2022 - 1:09

Il me semble que sa mesure phare : « obliger les entreprises d’augmenter les salaires de 10% » est absurde . Il me semble qu’elle suffit à la disqualifier. Cette mesure autoritaire ressemble beaucoup sur bien des aspects aux 35H indifférenciées de Jospin.
C’est peut-être dommage mais c’est ainsi.

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Béatrice 1 avril 2022 - 6:29

Libérale??? Favorable au pass vaccinal, voulant enfermer les non vaccinés… par contre, c’est vrai, pas opposée à la vente d’Alstom, pas opposée à la réduction et fragilisation du nucléaire au profit des éoliennes (pour changer d’avis plus tard…), ni au démembrement d’EDF…

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Obeguyx 3 avril 2022 - 8:14

JCC, je partage votre complément de commentaires. Ayant de la famille en Suisse, je suis parfaitement informé des grosses rigolades en Suisse qu’engendrent les gesticulations de nos piètres et pitres politiciens.

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