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Sur la renaissance du socialisme

Article extrait du Journal des libertés n°16 (printemps 2022)

par Jorg Guido Hulsmann
Début octobre 2021, les Allemands ont célébré le 31ème anniversaire de la réunification de leurs deux États. En 1990, le socialisme semblait mort une bonne fois pour toutes. Au cours des décennies passées, il avait accumulé du retard sur le plan économique et ses citoyens frustrés avaient tenté de fuir vers l’Ouest par milliers ou avaient choisi « l’émigration intérieure ». Finalement, ses dirigeants finirent par réaliser qu’ils étaient dans une impasse. Gorbatchev, Honecker & Compagnie ont déclaré faillite. A partir de 1990, les soviets et les kolkhozes sont liquidés. Le fantôme n’était plus.

En Occident aussi, l’heure était désormais à la réforme de l’administration publique sous le signe de l’Etat allégé. En effet, l’ère du socialisme avait laissé sa marque distincte sur l’Occident. Ici aussi, il y avait toutes sortes d’éléments économiques planifiés au niveau central, tels que le système monétaire, le système d’éducation, le système de retraite, le système de santé, l’urbanisme, etc. L’Occident était sorti victorieux de sa lutte contre le communisme soviétique, mais ce n’était pas parce qu’il avait cultivé une forme particulièrement pure de libertarianisme ou de capitalisme, mais parce qu’il avait évité le totalitarisme. L’interventionnisme occidental n’était pas aussi complet que celui du national-socialisme. Les systèmes à planification centralisée de l’Occident étaient des systèmes partiels, et des alternatives étaient toujours présentes. Il était possible (et dans une certaine mesure heureusement cela est toujours vrai) d’échanger, d’apprendre, de se faire soigner et de préparer sa retraite en dehors des systèmes étatiques.

Depuis, les temps ont changé. Les plans socialistes ont toujours su traverser l’histoire du monde. Mais au cours des vingt dernières années, ils ont fait un retour remarqué dans les discutions, même en dehors des milieux académiques. De nombreux politiciens de premier plan dans le monde occidental ont caressé les idées socialistes. Certains ont fait campagne pour une transformation complète du paysage social, politique et économique actuel. Ce flirt avec le socialisme est on ne peut plus visible dans l’esquisse proposée par Schwab et Malleret (2020) d’une grande réinitialisation, comme dans le plan directeur de Rahmstorf et Schellnhuber (2006) pour les politiques environnementales mondiales ou encore dans le plan « Build Back Better » de l’administration Biden (Maison Blanche 2021). Bien qu’il s’agisse d’esquisses assez approximatives, elles tiennent pour acquis qu’une planification centralisée « top-down » de l’économie est faisable et souhaitable. Cela peut certainement être tenté. La crise actuelle du Covid-19 n’a-t’elle pas démontré à quelle vitesse et à quel point les sociétés traditionnellement libres de l’Occident peuvent être transformées par de petits groupes de décideurs déterminés et bien coordonnés ? Une planification centralisée « top-down » de tous les aspects de la vie humaine n’est plus aujourd’hui une simple possibilité théorique. Elle semble être juste au coin de la rue.

Dans la présente contribution, nous soutiendrons que la renaissance de la planification centrale est une impasse intellectuelle et pratique, pour les raisons que Ludwig von Mises (1922) avait présentées il y a cent ans et qui, à ce jour, n’ont pas été réfutées. Mais si Mises avait raison, alors comment expliquer la renaissance actuelle du socialisme en tant qu’idéal politique ? Dans une certaine mesure, cela pourrait s’expliquer par le fait que les nouvelles générations sont susceptibles d’oublier les leçons apprises, souvent dans la douleur, par leurs ancêtres. Cependant, dans le cas présent, d’autres causes sont également en jeu, qui sont de nature institutionnelle et culturelle.

Ainsi, dans ce qui suit, nous résumerons d’abord les arguments de Mises contre le socialisme, puis nous discuterons de cinq facteurs qui expliquent selon nous cette renaissance actuelle du socialisme, bien que celui-ci est échoué si lamentablement et clairement dans un passé récent.

La réfutation du socialisme

L’essence du socialisme dans toutes ses nuances est l’opposition à la propriété privée, en particulier à la propriété privée des moyens de production. Cela vient de l’objectif particulier qui est commun à toutes les variétés socialistes. Chaque fois, le but est d’organiser les gens selon un plan uniforme et sous une direction uniforme, si nécessaire, contre leur volonté. Que cet objectif soit atteint au niveau régional, national ou international est relativement secondaire. Tout aussi indifférente est la justification concrète de la transformation socialiste, qu’elle soit morale, scientifique, médicale, juridique ou économique. Le point décisif est uniquement la formation et le formatage coercitifs des relations sociales – la formation de communautés, d’organisations et de sociétés décrétées. Tout et tout le monde devrait être subordonné à un seul grand objectif. Tel est l’esprit du socialisme.

C’est un esprit totalitaire. D’où l’inévitable opposition des socialistes de tous bords à la propriété privée. Après tout, le but même de la propriété privée est de permettre à différentes personnes de poursuivre simultanément et pacifiquement différents objectifs. Plus particulièrement, cela concerne également des objectifs contradictoires – courtiser la même femme, rechercher la nomination au même poste, la même commande client, la même récompense.

La poursuite simultanée et pacifique de différents objectifs est généralement appelée compétition. La concurrence dans toutes ses nuances n’est pas le but premier du système de droit privé, mais c’est bien une conséquence secondaire voulue et souhaitable. La propriété privée définit les limites à l’intérieur desquelles chacun peut poursuivre ses propres projets personnels de façon autonome et aussi rivaliser avec les autres s’il le souhaite. Bien sûr, cela n’entraîne pas une contradiction fondamentale avec la vie en communauté et en société. Les propriétaires privés peuvent librement partager leur propriété avec d’autres. Ils peuvent faire équipe avec d’autres à des fins caritatives, pour des jeux et des divertissements, ou pour gagner de l’argent. Mais le fait est que ce rassemblement et cette adhésion sont volontaires et peuvent donc être refusés à tout moment.

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4 commentaires

Picot 11 août 2022 - 11:46

Article remarquable. Merci à vous.

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Obeguyx 12 août 2022 - 3:40

Très bon article particulièrement bien construit. Je me permets de conclure : « plus le niveau intellectuel baisse, plus le socialisme monte ». Ah, encore un coup d’Archimède. Bientôt avec tous ces socialos nous serons dans « l’archimerde ». Puis-je transmettre la totalité de ce texte (avec ses références et commentaires) à tous mes contacts ? Merci pour votre réponse.

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Astérix 13 août 2022 - 9:30

Merci à l’auteur de cet article et Bravo à OBEGUYX !

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Monier 15 août 2022 - 9:33

Autre facteur de socialisation: le comportement de « l’entrepreneur » qui demande aides et subventions à l’Etat (et qui voit d’un bon œil une loi sur le pouvoir d’achat qui « subventionne l’inflation » et incite peu l’entreprise…

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