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Macron et Le Pen votent Mélenchon

par Jean-Philippe Delsol
Quel terne débat, mercredi 20 avril au soir, sans aspérité, sans élan, sans enthousiasme. Il n’y eut pas un mot qui l’ait enchanté. M. Macron n’a pas cessé d’interrompre Mme Le Pen qui n’a guère su le faire taire. Mais son principal argument, sur lequel il n’a cessé de revenir portait sur l’emprunt fait auprès d’une banque russe par le RN pour payer sa précédente campagne. Piètre attaque qui a plutôt souligné la pauvreté du débat et la médiocrité du milieu politique.

En réalité chacun des deux candidats craignait d’aborder les vrais sujets et racontait parfois des sornettes. M. Macron surtout, croyant sans doute à une sorte d’impunité présidentielle. Il a affirmé sans ciller qu’aucun pays n’avait interdit le voile, en oubliant que la Turquie d’Atatürk l’avait fait et en omettant que nombre de pays musulmans, comme l’Arabie Saoudite, interdisent le port d’un quelconque insigne d’une autre religion que l’islam. Il a encore affirmé à tort que l’endettement de plus de 600 milliards d’euros sous son mandat était entièrement dû à la Covid et Mme Le Pen n’a pas su lui démontrer que c’était faux alors que c’eut été facile.

Au secours de l’Etat-providence

Les deux débatteurs se sont querellés sur nombre de sujets, mais ils avaient tous deux le même but : gagner les voix de Mélenchon. Et plutôt qu’une controverse argumentée, ce fut un concours Lépine de l’Etat-providence. Chacun en rajoutait pour réduire les cotisations à la charge des autres contribuables, donner plus de primes, plus d’aides, plus de subventions pour le pouvoir d’achat de tous, pour les jeunes au chômage, en études ou en emploi, eux « qui ont tellement souffert », pour les soignants et les enseignants, pour les ruraux… Elle veut supprimer la TVA, lui veut le chèque alimentaire. Marine Le Pen veut faire partir les Français à la retraite entre 60 et 62 ans après 40 ou 42 ans de travail.  M Macron dit de notre système de répartition qu’il est un trésor alors qu’il est un désastre…

Lui n’a pas démontré que ses mesures seraient meilleures pour baisser les prix de l’énergie même si ce fut un bon moment quand accusée d’être climato sceptique, Marine Le Pen a traité le président de la République de climato-hypocrite. Car incontestablement son intérêt pour le climat a été ragaillardi aussi par l’appât des voix écologistes.

Il est vrai qu’ils étaient, tous les deux, mal à l’aise sur le terrain russe. M. Macron croyait pouvoir tirer parti d’une ancienne proximité affichée de Mme Le Pen avec Poutine, mais c’est lui qui l’a accueilli à plusieurs reprises en France à bras ouvert et avec emphase. Tous deux ne voulaient pas fâcher non plus Mélenchon qui est un autre adorateur de Poutine dans le souvenir qu’il entretient de l’Union soviétique.

Tous collectivistes

D’ailleurs M. Macron voudrait obliger les entreprises à verser de la participation quand elles distribuent des dividendes.  Il veut planifier la transition écologique, changer les véhicules, isoler les logements, modifier les modèles industriels. A quel prix ?

Mme Le Pen est contre le libre-échange, la liberté du travail au sein de l’Europe. Tous deux ne parlent que d’argent public et de contraintes pour concurrencer les GAFA qui sont pourtant nés de leur liberté d’initiative. Tous deux ne veulent sauver la santé qu’au travers de l’hôpital public, ils ne veulent rénover l’école qu’au travers de l’école de la République. Ils ne font pas plus confiance l’un que l’autre à la créativité personnelle, à l’effort individuel, à la liberté contractuelle… Ils pensent la société par l’Etat, nouveau messie du salut des individus. Aucun des deux n’a proposé de réduire ni les dépenses publiques ni les prélèvements obligatoires.

Le débat ? Les valeurs de liberté en ont été exclues !

Il est donc bien difficile de dire qui a gagné. M Macron ne sortira sans doute pas grandi de son attitude moqueuse, agacée, fébrile. Il n’a évoqué la lutte contre l’insécurité qu’en nombre de policiers embauchés et de mesures contre les féminicides.  Il n’a pas même brillé par les chiffres qu’il manie sans doute mieux que sa concurrente. Mme Le Pen a pour le moins montré qu’elle avait une certaine stature, une certaine tranquillité, apparente du moins. Elle a racheté le désastreux débat d’entre deux tours d’il y a cinq ans. Mais son patriotisme économique obsessionnel risque surtout d’abaisser la France et de réduire le pouvoir d’achat des Français en rétrécissant le marché et les esprits. Le rétablissement d’un ISF et la suppression du prélèvement forfaitaire de 30% sur les revenus mobiliers aggravera encore la situation. Tous deux croient pouvoir sauver les institutions par la proportionnelle et le référendum, chacun à sa manière. Que de grands mots pour mettre le foutoir en France à l’image de la quatrième République et instaurer une instabilité du même type que celle qui règne en Israël ou en Belgique.

Ce débat gris sans être totalement morne n’est-il pas décevant et inquiétant pour l’avenir ? Les valeurs de liberté en ont été exclues.

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14 commentaires

Edouard 22 avril 2022 - 6:50

Quant à la seule candidate qui aurait pu avoir les faveurs des partisans d’une société ouverte et libérale, elle aura trouvé le moyen de déclarer sa volonté de créer une « police fiscale » (sic) au 20h de TF1. Résultat : 4,7%. Désespérant.

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Bruno LAURENT 22 avril 2022 - 7:27

Dans la mesure où il n’y avait pas de débat réel, les illusionnistes se sont retrouvés au second tour. Comme MACRON ne voulait pas débattre par peur de la confrontation, Marine LE PEN lui a emboité car elle savait qu’elle allait se faire plier par Valérie PECRESSE. Nous allons continuer à jouer au bonneteau, bien vendu par des journalistes serviles!! Pitoyable!!

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Jacques Peter 22 avril 2022 - 7:45

La liberté n’est plus une valeur prisée. Nicolas Dupont-Aignan qui l’avait mise en tête de son slogan électoral a fait 2%…..

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JR 26 avril 2022 - 1:46

Bonjour, la liberté, grande absente de cette campagne ! Merci

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Frédéric 22 avril 2022 - 9:45

Oui, ce débat n’était en rien au niveau des grands problèmes pour le devenir de la France.
Mais on est dans la cuisine électoraliste, et les journalistes veulent du concret, et donc des questions terre à terre… qui intéressent le peuple.
C’est donc la tournée des pères Noël. Irréaliste !
Hélas! nous n’allons pas tarder, quels que soient les résultats des votes, à voir et connaître les vrais problèmes de la France.

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LEXXIS 22 avril 2022 - 9:52

LA RÈGLE DU JEU N’ÉTAIT PAS ÉGALE: SEUL MACRON DÉTENAIT LE DROIT D’INTERROMPRE

On a vu que le débat a été arbitré tant bien que mal par deux journalistes, qui avaient incontestablement une sainte trouille d’imposer au Président sortant l’élémentaire correction de ne pas interrompre constamment son adversaire, sans se priver eux-mêmes pour autant d’en rajouter encore en coupant MLP dans ses rares développements en agitant la montre plus que de séant. On n’en dira pas plus…

Pour parer à cette pollution constante des débats publics perturbés par des intervenants envahissants, sans éducation et sans cesse plus nombreux, un moyen très simple: retirer au fautif une minute de temps de parole(ou plus en cas de récidive…) pour toute interruption sauvage non préalablement sollicitée, ni autorisée. Avec cette règle élémentaire, le candidat Macron aurait perdu au moins la moitié de son temps de parole.

En tous les cas la formule actuelle, qui récompense le concurrent le plus goujat, le moins respectueux de l’adversaire, et qui soutient sans vergogne n’importe quoi (cf. la dette) n’est pas à reconduire du moins tant qu’on n’ aura pas des arbitres ayant et montrant l’autorité et les qualités requises pour faire strictement respecter la règle. Sinon le débat devient rapidement inaudible et très difficile à suivre, c’est d’ailleurs ce que recherchent les trublions pour couvrir et fragiliser les arguments adverses dans le bruit et la pagaille.

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maxens 22 avril 2022 - 10:19

bref, un choix pas terrible au premier tour, et pas mieux au deuxième, sans aucune illusion sur la politique menée dans les 5 prochaines années…Et pendant ce temps la France coule…. Au moins, le programme de Fillon il y a 5 ans était intéressant….reverrons nous un tel programme un jour….A désespérer

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JR 26 avril 2022 - 1:52

Bonjour Maxens, je vous rejoins, j’ai toujours pensé que nous allions payer très cher l’éviction organisée de François Fillion par les mondialistes. Et c’est le cas, le petit diablotin aux ordres de Klaus Schwab a fracturé le pays à jamais, l’extrême gauche et l’extrême centre sont au pouvoir, le communo-national-socialisme est en Marche, le tout sous la gouvernance de l’hystéroclimatique U.V.D. Leyen. L’heure est grave. Merci. Bien à vous

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Frick 22 avril 2022 - 12:14

Bien d’accord, la valeur „Liberté“ n‘a pa eu sa place dans le débat. Mais j’ai toujours été étonnée que l‘IREF ne prône pas la liberté de recevoir ou non une injection expérimentale.

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Obeguyx 22 avril 2022 - 5:34

Faire les louanges de la traîtresse Pécresse (mêlée de près ou de loin à un scandale d’Etat) est un peu osé. Merci pour votre chronique Jean-Philippe. Le déclin est en route depuis plus de 40 ans et l’électeur finira par ne plus se déplacer devant tant de nullité !!!

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JR 26 avril 2022 - 1:59

Bonjour Obeguyx, concernant Pécresse, j’ai cessé d’y croire le jour ou en visite à St Jean de Vésubie avec Eric Ciotti, elle a déclaré  » je veux régler le climat ». Là je me suis dit, les LR sont fichus (et je suis, ou plutôt j’étais LR…et pro Fillion). La France a bien la droite la plus bête du monde, les LR ont ce qu’ils méritent et j’en suis triste. Les LR Gaullistes sont frustrés et déçus par les traitres du genre Philippe à 80 km/h et malus à 50 000 € et Lemaire le peigne-cul de service. Merci. Bien à vous

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AlainD 22 avril 2022 - 8:54

Je n’ai pas suivi ce débat ne recueillant que quelques bribes de ce ressemble plu à un déballage. Macron selon sa détestable habitude s’est montré arrogant, suffisant, condescendant(j’hésite à l’écrire en deux mots) étalant quelques fadaises, mentant comme de coutume. L’idée de la baisse de la tva sur l’énergie me paraît pourtant fort souhaitable : le gaz, l’électricité, les carburants ne sont ils pas des produits de première nécessité ? Macron n’en a cure, lui qui ne paie rien, préfère faire l’aumône avec un chèque énergie, donnant ainsi d’un main ce qu’il récupère de l’autre avec les taxes sur ladite énergie. Je maintiens que c’est un joueur de bonneteau qui hélas sera peut être réélu ce dimanche et nous n’aurons pas fini d’en baver pour 5 ans de plus à moins que les législatives ne lui fassent perdre de sa prétention. Certes il pourra éventuellement dissoudre mais une seule fois et ce ne sera peut être pas mieux… Pour ma part je voterai blanc(s’il se présentait seul je ferais de même) et s’il gagne je lui souhaite un mandat bien pourri.

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AlainD 22 avril 2022 - 8:57

Je voulais écrire : … »de ce qui ressemble plus »… mon clavier est parfois récalcitrant, désolé…

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Dufournet 24 avril 2022 - 11:34

Ce débat n’a été qu’un combat de mots émis par un petit diable replié sur son nombril et sortant de sa boite toutes les deux minutes vociférant avec mépris et arrogance à l’encontre de MLP, cette dernière incapable de lui répondre.
Plus intolérable encore fut le parti pris de ce petit diable grossier éructant des contre vérités telles quelles devraient être sanctionnées tant elles ne sont pas admissibles de la part d’un Président de la République française.
Je citerai seulement :
 » J’ai réduit la dette avant le covid  » puis il ajoute: celle çi est dûe seulement aux mesures prises pour venir en aide
entreprises et leurs salariés »
« La croissance actuelle du PIB en France est supérieure au taux de l’inflation »‘. SIC
« J’ai réduit le chômage de quelques 1.200.000 personnes » alors que grâce au « quoiqu’il en coûte les diverses aides,
prêts garantis par l’Etat, et financements du chômage partiel ont mis l’économie française sous perfusion pendant
plus de deux ans de façon totalement artificielle et temporaire , omettant de dire en outre que les 600.000
personnes en « formation » sous différentes formes ont été sorties de chiffres du chômage

Bref, un florilège d’arguments fallacieux basés sur de fausses données dont je ne reprends que quelques unes.

Comment la presse peut-elle laissée passer de tels mensonges d’ETAT ?
Comment cette presse est-elle encore crédible pour ne pas réagir à de tels dévoiements ?
Et quand Mr. Macron énonce l’énormité que l’on doit en même temps renforcer la souveraineté de la France
et celle de l’Europe ,ce qui est une sottise et un non sens ,Monsieur Thréard du Figaro nous dit combien la « rhétorique de Mr. Macron a été brillante!!
Bref la Macronphilie n’a pas fini de ruiner la France . oui le « défaut » des Finances françaises n’est pas loin pour ne pas parler de prochaine « faillite ».
Réjouissons nous, nous n’avons pas encore un système politique stalinien
Belle France Douce France.

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