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Accueillir la parole des « dissidents » de l’islam

lundi 2 août 2021, par Alain Laurent

Depuis le début des années 1980, de nombreux intellectuels du monde musulman ont dû se réfugier en Occident, contraints de fuir leurs pays respectifs où leur liberté mais aussi leur vie étaient menacées soit par le pouvoir d’État, soit par des groupes religieux ou des masses de croyants fanatisées. Les noms des premiers venus sont bien connus : Salman Ruhsdie, Taslima Nasreen, Ayaan Hirsi Ali, Chandortt Djavaan, Waleed Al Husseini. Puis d’autres ont suivi jusqu’à nos jours, moins placés sous les projecteurs de l’actualité mais qui ont pris avec éclat la relève — on trouvera leurs noms dans une note bibliographique à la fin du texte. Leurs crimes à tous ? Avoir tout simplement voulu vivre en libres individus dans leurs pays d’origine, en disposant d’eux-mêmes sans autorisation des autorités et groupes religieux, en bénéficiant de la liberté de conscience et de celle, pour les femmes, d’être les égales des hommes pour se vêtir et exercer leur sexualité. Et pire : d’avoir osé non seulement le faire mais le dire, de publiquement protester quand ces exigences élémentaires leur étaient refusées. Autant de manières censées offenser la religion — impardonnable en terre d’islam, et y méritant forcément la relégation carcérale et, souvent, la mise à mort.

Á beaucoup d’égards, on peut estimer que ces héroïques nouveaux combattants de la liberté sont des dissidents de l’islam. Mais en l’occurrence, la convocation de cette catégorie de la dissidence appelle une nécessaire clarification. Elle recouvre en effet un large spectre dont l’hétérogénéité s’explique par une divergence de vue relativement à l’objet de cette dissidence. En schématisant, pour les uns, des « ex-musulmans », c’est du rejet de l’islam en soi qu’il s’agit : d’une rupture totale qui conduit à l’athéisme ou l’agnosticisme. Mais pour d’autres, l’enjeu est plutôt de rompre avec l’islamisme, cette « maladie de l’islam », et donc de renouer avec — ou faire advenir — un islam expurgé de ses tropismes despotiques et obscurantistes. Soit une dissidence résolument réformiste et révisionniste. Une tension que l’on retrouvera ci-après, mais qui ne saurait occulter ce qui unit fondamentalement ces dissidents : la volonté de se libérer d’un islam ultra-conservateur aujourd’hui devenu hégémonique et inquisitorial.

Deux dissidences inégalement accueillies

D’une certaine manière, et toutes choses égales par ailleurs, la situation et le sort de ces dissidents peuvent rappeler ce qu’il en fut de ceux qui, dans les années 1970 avec Soljenitsyne en tête, ont dû et pu s’exiler de l’Union soviétique et des « démocraties populaires » pour se réfugier en Occident. Animés eux aussi par la passion de la liberté individuelle, la leur mais aussi celle des autres, ces allergiques à l’oppression du totalitarisme communiste étaient pour cette raison privés de liberté d’expression, pourchassés, condamnés à de lourdes peines et envoyés au Goulag. Mais la comparaison s’arrête là car elle trouve vite ses limites. Bien moins organisés que leurs prédécesseurs anti-communistes, les actuels dissidents de l’islam clamant en Europe leur anti-islamisme radical sont également loin d’être tous des réfugiés. Nombre d’entre eux, issus de l’immigration, sont nés sur le sol européen et particulièrement en France dont ils sont d’exemplaires citoyens, et quelques-uns continuent même à leurs risques et périls de vivre dans des pays musulmans (Égypte, Maghreb — tel l’écrivain Boualem Sansal en Algérie).

Mais il y a une autre et décisive différence entre dissidents du bloc soviétique et dissidents de l’islam. Tandis que les premiers ont été accueillis avec empressement dans le monde libre, y ont bénéficié d’une active solidarité politique et que leurs révélations sur le système communiste ont fait foi, les seconds sont trop souvent au mieux ignorés, et pire encore, leur parole intempestive se trouve volontiers dénigrée, décrédibilisée, et rejetée. Deux exemples des plus criants et révoltants en ont été le lynchage médiatique subi en France par le chroniqueur Kamel Daoud au lendemain de la publication de sa condamnation des harcèlements sexuels de masse et parfois viols commis par des « réfugiés » musulmans à Cologne sur des femmes allemandes au cours de la nuit du 1er janvier 2016 — puis par Zineb El Razoui (journaliste rescapée de « Charlie Hebdo ») suite à la publication de son manifeste Détruire le fascisme islamique (2016). Alors que eux et leurs semblables en dissidence savent de l’intérieur et d’expérience de quoi ils parlent et ce qu’il en est, concrètement comme intellectuellement, des libertés personnelles et publiques en terre d’islam et donc de celui-ci, ce ne sont pas seulement les islamistes mais toute la sphère de l’islamo-gauchisme et ses « idiots utiles » qui les accablent et dénoncent en eux des « islamophobes » — nouveau crime contre l’humanité. Qui leur vaut d’être partout placés sous protection policière renforcée.

Il est en effet clair que le propos de ces dissidents prend radicalement à contre-pied le narratif « politiquement correct » dominant et en dévoile l’imposture. Qu’ils soient personnellement demeurés croyants ou non, tous ces intellectuels se retrouvent dans un commun diagnostic pour le moins décapant. Pour eux, l’islamisme a bel et bien quelque chose à voir avec l’orthodoxie et l’orthopraxie de l’islam conservateur, les lénifiants et parfois complaisants « rien à voir avec l’islam » et « pas d’amalgame » leur restent au travers de la gorge. De même que l’imputation d’ « islamophobie », terme biaisé et idéologiquement orienté, n’est à leurs yeux que le paravent présentable (et tellement conforme à la doxa pseudo-antiraciste) d’une volonté d’interdiction absolue de toute critique de l’islam. Ces dissidents récusent d’autre part l’idée convenue et dangereusement rassurante voulant que « l’immense majorité des musulmans » vivant en Europe soient les adeptes d’une « religion d’amour, de paix et de tolérance ». Comme l’établissent nombre d’enquêtes récentes[1], ils s’alarment eux aussi au contraire de voir sans cesse progresser la proportion des musulmans (surtout jeunes) rejetant violemment chez nous les valeurs libérales occidentales et s’étendre les zones soumises à la charia, au « hallal » et à un salafisme totalitaire. Et s’indignent d’avoir vu l’islam « mainstream » et officiel s’être si aisément laissé phagocyter par l’islamisme politique et sociétal.

Les dissidents de l’islam politique : verbatim

La spécificité et le précieux apport des dissidents de l’islam est d’oser « appeler un chat un chat », sans crainte de nommer les choses telles qu’elles sont et de développer un argumentaire critique stigmatisant ce qui mérite de l’être du point de vue d’un attachement passionné aux libertés et d’abord à la liberté individuelle.

Le voile, ce point de crispation dont le port est décrété anodin et relevant d’une liberté individuelle élémentaire par la bien-pensance hégémonique ? Eh bien pour ces esprits libres, c’est tout du contraire qu’il s’agit. Pour Abdelwahhab Meddeb, « le niqab ou la burqa, extensions du hidjab, est un crime qui tue la face, barrant l’accès personnel à l’autre. C’est un tissu qui transforme les femmes en prisons ou en cercueil mobile, exhibant au cœur de nos cités des fantômes obstruant l’entrée aux vérités invisibles du visible. » Le voile « signifie que la femme qui s’en vêt consent à se soumettre aux injonctions religieuses patriarcales (orientales) », il est « le signe de la soumission des femmes aux exigences patriarcales communautaires » assène Fatiha Agag-Boudjahlat. Et Zineb El Razoui de renchérir : « Le voile sous toutes ses formes est loin d’être une banale étoffe synonyme de pudeur ou de spiritualité, mais bel et bien un instrument militant pour faire avancer le fascisme islamique en domestiquant les femmes » (2016), « Le voile fait partie du package idéologique qui mène au terrorisme » (Le Monde, 11 février 2019). Le dernier mot peut revenir à Abnousse Shalmani dans L’Express du 6 mars 2019 : « Le voile en occident, (c’est) la plus belle victoire de l’islamisme ». Car l’islamisme ne commence-t-il pas avec le port provocateur du voile ?

Pour ces dissidents, l’assignation putative des musulmanes à résidence publique sous voile n’est cependant qu’un cas particulier d’application, une illustration symbolique d’une conception rigoriste, violente et impérialiste de l’islam, foncièrement et globalement liberticide. Absence ou éradication de la liberté d’expression (prohibition de toute critique de « la » religion, chasse au « blasphème »…), de la liberté de conscience (condamnation à mort des « apostats », surveillance collective de l’obligation de faire le Ramadan), de l’élémentaire liberté de disposer de soi (hyper-réglementation de tous les aspects de l’existence personnelle ou sociale par le couple « hallal »/ « haram ») : tout dans l’islam traditionaliste et politique leur prouve qu’il s’agit d’un phénomène totalitaire singulièrement avéré. « L’islamisme, proclame Zineb El Razoui, c’est l’un des totalitarismes les plus redoutables qui existent » — ce que justifie Boualem Sansal en notant que « la vocation de l’islam est de convertir et gouverner, but que les islamistes modérés cherchent à atténuer par la prédication, l’action sociale et le grignotage politique, et les islamistes radicaux par la terreur et la destruction. » (Le Figaro, 9 août 2015), « l’islam étant par nature prosélyte, conquérant, communautariste et rétif à toute intégration dans les sociétés chrétiennes… » (Valeurs actuelles, 28 novembre 2018).

L’un des points les plus saillants et iconoclastes du propos de ces empêcheurs d’euphémiser en rond se tient sans doute dans la relation d’étroite affinité qu’ils établissent entre « islam » et « islamisme » en ce qui concerne l’allergie à la liberté individuelle. Tous rejettent les idées d’« islamisme modéré » et d’« islamisme radical » pour la bonne et simple raison que l’islamisme se caractérisant comme une radicalisation de l’islam, le qualifier de « modéré » relève de l’oxymore (une radicalisation modérée !), et celle de « radical » participe carrément de l’absurdité sémantique (la radicalisation d’une…radicalisation préalable !). Des nuances peuvent toutefois intervenir entre eux. Si certains pointent uniquement le caractère liberticide et foncièrement violent de l’islam d’obédience salafiste, d’autres vont plus loin, en soutenant comme Zineb El Razoui que « l’islamisme n’est rien d’autre qu’une stricte application de l’islam. Non, l’islam n’est pas une religion de paix et d’amour, mais une idéologie qui enseigne la haine de l’autre, et qui consacre l’infériorité des femmes et des non-musulmans. » (2016). Et Hamed Abd El Samad n’en pense pas moins, ce qu’il énonce dans cette appréciation cursive : « L’islam modéré est une invention ».

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Vos commentaires

  • Le 3 août à 04:15, par zelectron En réponse à : Accueillir la parole des « dissidents » de l’islam

    La doctrine du coran est majoritairement délétère, point.

  • Le 3 août à 06:17, par Maellys93 En réponse à : Accueillir la parole des « dissidents » de l’islam

    OK avec cette analyse et le diagnostic.
    Mais ensuite que souhaitons nous en France ?
    L’immigration incontrôlée aggrave ce danger pour notre pays.
    Il ne faudra pas passer sous silence ce point pour 2022 !
    Quel candidat issu des "bien pensants" proposera dans son programme un référendum sur le sujet dès son élection ?
    Une question du type : "Arrêt du regroupement familial + Suppression de la double nationalité extra européenne + Suppression droit du sol"
    — - OUI/NON
    Au moins nous serons fixés, une fois pour toute, car question escamotée en 2017, sur le souhait des français de reprendre (ou non) une politique d’assimilation.

  • Le 3 août à 08:29, par Rigal-roy jean-claude En réponse à : Accueillir la parole des « dissidents » de l’islam

    Ce que je retiendrai de votre article, intéressant mais un peu long et "technique", c’est qu’il existe toujours un contre pouvoir qui ne demande qu’a s’exprimer en toute sécurité, evidemment.
    La France, à une certaine époque et parfois en se trompant de combat (souvenons-nous de l’Iran), a allumé ainsi des contre feux en protégeant et amplifiant ces mouvements.
    Aujourd’hui le pouvoir semble tétanisé par l’influence à peine voilée (jeu de mots) des islamistes integristes qui ont investi toutes les couches sociales er politiques.
    Questions ? Quand arretera-t-ont de pratiquer la langue de bois ? Quand comprendra-t-ont que l’Islam, salafiste ou non est liberticicide. ; C’est un comble au pays soit disant des libertés !

  • Le 3 août à 10:24, par Angil En réponse à : Accueillir la parole des « dissidents » de l’islam

    Qui mieux qu un ressortissant des pays musulmans disposera d un éclairage satisfaisant de la doctrine islamiste et de la nature des gouvernances et des forces traditionnelles qui caractérisent leurs congénères.
    En tous cas pas une extrême majorité des occidentaux, de culture chrétienne souvent malgré eux mêmes...

  • Le 3 août à 10:53, par Dudufe En réponse à : Accueillir la parole des « dissidents » de l’islam

    Rien à ajouter au courriel de Maellys93 avec qui je suis d’accord à 100/100%.
    J’ai vécu dans les années 40/50 rue Myrah dans le 18 ème ,je prenais le métro à Barbès Rochechouart dès l’âge de 12 ans ce ne serait surement plus possible maintenant.

  • Le 3 août à 10:59, par Nicolas Carras En réponse à : Accueillir la parole des « dissidents » de l’islam

    Bonjour

    Combien de gens massacrés au 7e siècle ? Dont des poètes ...
    Et combien sont dans une totale occultation de la violence liée à L’Islam ?

    Même en France, en parler, peut faire de vous un dissident.

    J’ai été expulsé de Twitter et de Facebook pour la simple et bonne raison que je rappelais des faits historiques avérés avec documentation, références à l’appui.

    Et Robert Spencer avec son Dihad Watch, vient d’être listé "Violent extremist" par le GIFCT (Global Internet Forum to Counter Terrorism).

    Mis au même niveau que les Antifas ... C’est dingue. Il devient un dissident dans son propre pays , alors qu’il ne fait que défendre les intérêts de l’Amérique par son travail de titan. Un héros.

    Et les BLM, aux comportements clairement fascistoïdes, violents, pratiquant le terrorisme intellectuel avec pour objectif la destruction sociale du présumé coupable, ne sont même pas listés.

    Qui a commis des attentats au nom de Dihad Watch, ou provoqué des émeutes ayant engendré des morts, ou attaqué des gens dans la rue ?

    Ici le tableau du GIFCT : Level of ideological engagement / https://pjmedia.com/wp-content/uploads/2021/07/Screen-Shot-2021-07-27-at-4.33.33-PM.png

    Merci pour cet article, et bien à vous.

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