IREF Europe - Institut de Recherches Économiques et Fiscales

Pour la liberté économique
et la concurrence fiscale


Flashcode 2 url IREF - Institut de Recherches Économiques et Fiscales
Pour la liberté économique et la concurrence fiscale
https://fr.irefeurope.org/5659



La paix avec les morts
Rithy Panh (avec Christophe Bataille) - Grasset, 2020

Avec la situation en France et dans le monde, l’événement est passé inaperçu. Il y a 45 ans, le 17 avril 1975, les Khmers rouges entraient dans Phonm Penh. Rithy Panh s’y trouvait. Il n’avait que onze ans. Il a été le témoin, pendant quatre ans, jusqu’en 1979 quand il réussit à se réfugier en Thaïlande (il arrive en France en 1980), des exactions et des crimes innommables commis par le régime de Pol Pot. Parmi les victimes - 1.8 millions de morts, soit environ un quart de la population cambodgienne de l’époque - figure une grande partie de sa famille dont sa mère, son père, ses sœurs.

Commander en ligne : Grasset

L’auteur a déjà consacré plusieurs livres, dont L’élimination (2011), et des films (il est un cinéaste reconnu), à cette terrible tragédie. Cette fois-ci, il raconte son voyage au Cambodge à la recherche des dépouilles de ses parents jetées dans l’une des centaines de fosses communes qui font partie du paysage cambodgien... Le voyage est l’occasion - terrible - de se rappeler ce qu’il avait vu et vécu à seulement onze ans. C’est aussi l’occasion de rencontrer les survivants parmi les bourreaux et les victimes, un prétexte pour essayer de comprendre comment l’homme peut faire autant de mal au nom d’une idéologie.

Il se souvient de son père mort et enseveli dans une feuille de tôle, de sa mère qui s’est allongée à côté de sa sœur morte de faim et qui pendant quelques jours n’avait même plus la force de gémir. Il se rappelle les hurlements atroces des suppliciés tués d’un coup de pioche pour la simple raison qu’ils...portaient des lunettes, signe d’appartenance à la « bourgeoisie », il se rappelle la voix du chef des Khmers rouges qui utilisaient les cadavres comme engrais dans les champs où ils cultivaient des potirons. Il se rappelle encore cet homme qui avait eu l’outrecuidance de se plaindre parce qu’il avait faim, qui avait été enduit de sucre, laissé au soleil et dévoré par les fourmis. « La faim est une souffrance impossible à comprendre. La faim n’est pas une idée. La faim est un esclavage, bien sûr. Et la famine une politique et un outil de mort », écrit Rithy Panh. Au centre d’extermination S 21 dirigé par le sinistre Dutch, on entrait mais on ne ressortait pas. C’est là qu’on a expérimenté les plus inimaginables formes de torture et d’assassinat sur des enfants, des femmes, des vieillards, des hommes. Avant d’y pénétrer, ils avaient tous un nom, une fois à l’intérieur ils devenaient des numéros accrochés à même la peau avec des épingles.

L’auteur rencontre des bourreaux. Très rares sont ceux qui expriment des regrets. Du bout des lèvres. Que dire des négationnistes ? Ceux qui, au nom de l’aveuglement idéologique, nient cette tragédie. Comme Noam Chomsky qui voit forcément la main de l’Amérique et excuse les bourreaux. Comme la France qui a formé les révolutionnaires khmers rouges. Comme Le Monde qui a titré en Une : « Sept jours de fête pour une libération » (18 avril 1975). Comme le philosophe Alain Badiou qui considère que, « vu l’importance exceptionnelle de l’enjeu, il n’y a pas de quoi crier au génocide ».

« Au Cambodge, écrit l’auteur du livre, les gens sont morts par centaines de milliers, de faim ou de maladie, ou exécutés - toutes conditions nées de l’idéologie ». Il ne faut jamais les oublier et sous-estimer cette idéologie.

Partager cet article :

Autres lectures ...

ANTIFA ou la terreur léniniste anticapitaliste
Nicolas Lecaussin,

ANTIFA ou la terreur léniniste anticapitaliste

How to be a Dictator : The cult of personality in the twentieth century
Nicolas Lecaussin,

How to be a Dictator : The cult of personality in the twentieth century

Frank Dikötter - Bloomsbury, 2019


Anne Applebaum : Famine rouge
Nicolas Lecaussin,

Anne Applebaum : Famine rouge

Bernie Sanders le millionnaire marxiste : un danger pour l’Amérique
Nicolas Lecaussin,

Bernie Sanders le millionnaire marxiste : un danger pour l’Amérique



Un message, un commentaire ?

Afficher le formulaire

 css js



FERMER

Suivez les publications de l'IREF,
inscrivez-vous gratuitement
à la lettre hebdomadaire

En continuant la navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation des cookies