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Anne Applebaum : Famine rouge

Grasset (2019)

Le dernier essai d’Anne Applebaum, l’éminente spécialiste américaine du communisme soviétique et du goulag. Famine rouge, est l’histoire d’un crime de masse sans précédent dans l’histoire de l’humanité : celui d’un Etat qui organise, de manière délibérée, l’extermination de sa population par la famine. Plus de 5 millions de personnes, dont 4 millions d’Ukrainiens, sont mortes en URSS entre 1932 et 1933. Cette tragédie, occultée pratiquement jusqu’au début des années 1990, a été le résultat d’une politique minutieusement préparée par Staline et ses sbires, appliquée avec l’aide de la police politique et les différents organes de répression.

Plus de 450 pages racontent, grâce à une documentation riche et nouvelle, les étapes de la soumission de l’Ukraine depuis la révolution de 1917 jusqu’à son anéantissement en 1933. L’ouverture des archives, le minutieux travail de l’auteur, ont permis de reconstituer toutes ces années d’oppression d’un peuple soumis à une idéologie criminelle. C’est bien la collectivisation des terres qui a marqué le début des pénuries et de la famine en URSS et plus particulièrement en Ukraine. Les paysans ont immédiatement compris que le fait de les déposséder de leurs biens, leur terre, leur bétail, leurs céréales, équivalait à un arrêt de mort. Ils s’y sont opposés avec force, malgré les arrestations et les exécutions auxquelles se livrait l’OGPU (ancêtre du KGB). C’est un véritable génocide de classe qui s’est déroulé en Ukraine où tout paysan qui avait ne serait-ce que deux cochons était désigné comme “aisé” ou comme un “koulak”. Posséder un animal ou un lopin de terre était un crime aux yeux du parti et de l’Etat. La propriété était un signe extérieur de richesse (tiens, aujourd’hui, en France les propriétaires restent la cible préférée de l’Etat et du fisc !) et les propriétaires devaient être arrêtés, déportés ou tués. Des listes avec des milliers de noms de “koulaks” étaient dressées tous les jours. L’Ukraine a fourni le plus grand nombre de victimes. De 1930 à 1933, plus de 2 millions de paysans furent exilés en Sibérie.

Parallèlement, Staline eut peur du soulèvement nationaliste ukrainien et il décida d’aggraver la répression. Il n’a plus suffi plus de “dékoulakiser” l’Ukraine, il a fallu la rendre complètement inoffensive. On interdit la langue et les traditions, on arrêta les prêtres, on détruisit les églises, on intensifia la collectivisation. On lança une campagne de confiscation et de réquisition de biens. Les paysans n’eurent plus droit à rien, même pas aux légumes ou aux fruits des arbres. En peu de temps, la plus prospère région agricole de l’URSS devint un champ de cadavres. Dans certaines régions, le taux de mortalité atteignit 60 %. Le cannibalisme y était même pratiqué. Des survivants ont raconté que des parents en étaient arrivés à manger leurs enfants... scènes insoutenables dans ces récits dont quelques-uns ont été repris par l’auteur. L’idéologie communiste n’aurait peut-être pu accomplir autant de crimes sans la complicité de certains occidentaux aveugles et trompés par la propagande. Parmi eux, le radical Edouard Herriot, ancien président du Conseil, invité fin août 1933 en Ukraine. Nous sommes en pleine famine, Edouard Herriot, pris en main par les hommes du régime et promené dans des endroits soigneusement choisis et préparés, affirme : “J’ai traversé l’Ukraine. Eh bien ! Je vous affirme que je l’ai vue tel un jardin en plein rendement !”.

Il est fortement recommandé de lire cet essai, qui détaille la manière dont un peuple a été mis à mort et éclaire sur la personnalité de ce pays sans frontières naturelles, pris entre l’expansionnisme russe et ses sentiments européens.

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