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Transformer la France.
En finir avec mille ans de mal français

Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman (Plon, 2018)

Les auteurs de cet ouvrage ont sûrement été victimes d’un terrible canular. Quelqu’un a écrit à leur insu l’introduction et la conclusion. Ils devraient saisir la justice ! Car je ne vois pas comment Mathieu Laine, auteur, entre autres, de La grande nurserie et Jean-Philippe Feldman, vrai libéral et éminent constitutionnaliste, auraient pu écrire : « Nous nous sommes désormais fait la conviction que la France ne pourra se transformer que par l’Etat… » (page 16) ou bien : « « L’ouverture – nécessaire – à une initiative individuelle créatrice de valeur et d’épanouissement ne peut ainsi être que progressive, et probablement elle-même cautionnée, encouragée, presque moralement « autorisée », dans les premiers temps, par une autorité étatique qui saura y voir un levier de croissance, de développement et d’épanouissement durable ». On dirait une note du feu Commissariat au Plan dont le titre serait …. « Transformer la France ».

Le gros de l’essai est en fait une histoire de l’étatisme en France avec ses dérivés, la centralisation, l’interventionnisme « permanent », le protectionnisme, le culte de la dépense publique et les impôts. Le rappel historique est brillant, fouillé et s’appuie sur plus de 50 pages de notes. Oui, on a pratiquement toujours eu dans ce pays une « pulsion centralisatrice », un culte du chef (excellentes et très convaincantes, les parties consacrées à Napoléon), un penchant irrépressible de tout réguler et contrôler de la part des dirigeants et une haine du libre-échange presque congénitale. Les exemples du passé abondent et sont mis en évidence de manière très claire grâce à une comparaison concluante avec notre « ennemi », l’Angleterre. De même, l’antiaméricanisme obsessionnel français est très ancien et se nourrit justement de cette haine de l’individu, de la société civile et même de la propriété. Dans les veines de la France coulerait donc le sang de l’étatisme, concluent les auteurs. Et c’est la raison pour laquelle le pays ne pourrait être réformé qu’à travers (avec ?) l’Etat..

La tradition libérale française

Une véritable tradition libérale française existe pourtant. Rappelons d’abord l’ouvrage collectif « Aux sources du modèle libéral français » (Perrin, 1997) qui démontre, de nombreux exemples à l’appui, son existence. Turgot a bien influencé Adam Smith et a posé les bases de la pensée libérale moderne, la Révolution française a eu, selon François Crouzet, une « logique libérale », Jean-Baptiste Say a bien servi de modèle à Thomas Jefferson et les auteurs libéraux de la Restauration (Charles Comte, Charles Dunoyer, Augustin Thierry), malheureusement pas très connus des Français, ont contribué à l’analyse critique de l’Etat. Comme les « politiques » Bastiat, Benjamin Constant, Tocqueville et le comte de Montalembert ont œuvré dans le cadre institutionnel pour limiter les pouvoirs publics. Dans son essai « Libéralisme » (Odile Jacob, 2000), Pascal Salin rappelle cette « tradition libérale française » mais aussi « l’étrange paradoxe d’un pays qui a connu les plus grands penseurs libéraux de l’Histoire et pourtant il est devenu l’un des moins libéraux des grands pays de type occidental ».

C’est donc probablement une exagération de soutenir, comme le font Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman, que l’ADN français serait nécessairement « étatiste ». Sauf, à coup sûr, celui des politiques (et de nombreux médias) qui sont, dans leur très grande majorité, touchés par une pathologie antilibérale… Comme l’écrit Jean-François Revel dans « La Grande Parade » (Plon, 2000), « l’étatisme des Français fournit des lettres de noblesse rétrospectives à la boulimie et la mégalomanie des pouvoirs publics depuis 1945 ».

Une mauvaise offre politique

Il est vrai aussi qu’on ne réussira sans doute pas à réformer la France contre l’Etat. Mais comment demander à l’Etat de réformer la France alors qu’il est incapable de se réformer lui-même ? La France a un Etat obèse et impotent à la fois, un nombre de fonctionnaires qui dépasse largement celui des autres pays riches et démocratiques et qui bénéficient de privilèges qui n’existent pratiquement plus ailleurs. L’Etat devrait d’abord donner l’exemple !

Ensuite, donnons la possibilité aux Français de choisir. La mondialisation, Internet et les réseaux sociaux ont changé le monde et la France ! Il suffit de voir le nombre de sites et de blogs libéraux dont certains rencontrent un énorme succès. Faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy a été très bien élu en 2007 sur un programme de rupture avec le modèle social français ? Son discours de Toulon était bien contre l’étatisme français… Malheureusement, il n’a pas mis en pratique son programme. Fillon a bien gagné la primaire de la droite avec un programme beaucoup plus libéral que ses adversaires. Lorsqu’on dit la vérité aux Français, lorsqu’ils sont bien informés et ont la possibilité de choisir, ils ne choisissent pas forcément l’étatisme.

C’est l’offre politique française qui est mauvaise, tout comme la croyance que l’Etat doit s’occuper de tout. Emmanuel Macron ne fait pas exception à la règle. C’est un OPNI (Objet politique non identifié) qui, pour le moment, perpétue l’étatisme français… Attention à la déconvenue car si ça ne marche pas, les chiens de garde diront que « c’est la faute du libéralisme ». Or, pour le moment, de libéralisme, il n’y en a pas. Il est à craindre que ce livre ne fournisse des arguments justement à ceux qui s’opposent aux réformes. Si même deux auteurs qui se disent libéraux soutiennent qu’on ne peut pas faire de vraies réformes libérales en France, peut-on encore changer quelque chose dans ce pays ?

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