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ALAIN OU LA DEMOCRATIE DE L’INDIVIDU
par Jérôme PERRIER, chez Les Belles Lettres, Collection Les Penseurs de la liberté dirigée par Alain Laurent

Alain, de son vrai nom Emile CHARTIER, est longtemps resté le penseur du radicalisme. Jérôme Perrier vient nous démontrer, dans un livre remarquable et magnifique, qu’Alain était d’abord un penseur de la liberté individuelle considérée comme ce qui distingue l’homme de l’animal. « L’individu, rappelle Alain selon les mots de J. Perrier, est l’unique source de droit dans la mesure où la notion même de liberté ne peut s’entendre qu’individuellement ». C’est, d’une certaine manière, ce qui relève de la nature humaine commune à tous les hommes et également partagée par tous.

Alain se méfie du collectif et toute sa pensée politique est centrée sur l’importance de l’individu car « il n’y a que l’individu qui pense ; toute assemblée est sotte » et « c’est toujours dans l’individu que l’Humanité se retrouve, toujours dans la société que la barbarie se retrouve ».

Sans doute, Alain est resté proche de la gauche toute sa vie, toujours prêt à discuter avec elle, jusqu’aux communistes parfois, par souci des humbles. Il s’est toujours senti plus proche du petit peuple que des puissants qu’il n’aimait pas. Il détestait surtout les politiciens, quels qu’ils soient, toujours corrompus par le pouvoir. Il se méfiait des intellectuels nourris d’ambition et capables de se jouer des signes. Il préférait veiller au sort des travailleurs manuels, confrontés aux choses. Mais il haïssait autant la tyrannie que l’anarchie, celle-ci nourrissant celle-là. Epris de liberté, il ne rejetait pas l’ordre, ayant conscience que l’un et l’autre n’étaient point séparables. S’il se plaçait toujours du coté des pauvres et des opprimés, et s’il vilipendait le luxe obscène de la richesse, il critiquait moins la fortune que sa connivence avec le pouvoir, « cette collusion qui s’avère éminemment dangereuse » écrit Jérôme Perrier. Car Alain reconnaît que les capitaliste sont utiles et contribuent à l’enrichissement collectif dans la mesure où « ils mettent une bonne partie de l’argent qu’ils gagnent à produire encore des marchandises nouvelles ». Il est favorable au marché qui a d’ailleurs une dimension fondamentalement égalitaire dès lors que deux personnes munies exactement de la même somme y ont exactement le même pouvoir et que rien n’interdit à celui qui a peu d’argent d’en gagner davantage, ni à celui qui en a beaucoup de le perdre. Au surplus, « l’Economique est pacifique » par essence dit-il.

La liberté l’anime d’abord. « Le devoir, c’est de régner sur soi » écrit-il. Jérôme Perrier note qu’il ne cesse de contester « le pouvoir discriminant que s’arroge l’autorité dispensatrice de faveurs, déshabillant Pierre pour habiller Paul », ce nouveau despote disant « Le logement social, c’est moi », comme Louis XIV disait « L’Etat, c’est moi ». Il fait référence aux vers de Racine dans Iphigénie qui évoquait « cette soif de régner que rien ne peut éteindre » pour y opposer une vigilance qui ne se délègue point et pour demander que les rouages de l’Etat fassent l’objet d’un contrôle permanent du peuple. Sa philosophie est toute entière une critique du « sociologisme », cette sociologie sans sujet selon le mot de Raymond Boudon qui, de Durkheim à Bourdieu, réduit l’Homme à un agent déterminé par son milieu social. Pour lui, la liberté est à la main de chacun, le fruit de sa volonté.

Il demande que l’Etat soit limité à ses fonctions régaliennes. Il soutient le libre échange et combat le protectionnisme : « Lorsque le législateur se met en tête de protéger l’industrie nationale, alors commence pour le consommateur l’ère des privations physiques et des satisfactions morales » ! Avec verve, il défend la propriété et le profit : « Ce système dit « de la propriété individuelle » a l’avantage de stimuler le gérant par l’espoir d’un accroissement illimité de la fortune qu’il administre et qu’il peut léguer à ses enfants. […]Il se trouve que par un mécanisme bien réglé, le profit du producteur correspond justement aux services qu’il rend. L’harmonie entre la production et les besoins se fait connaître très exactement par la tenue des prix. […]Et tout irait bien, je crois, si l’Etat propriétaire respectait les principes et laissait les intérêts se composer librement. Malheureusement l’Etat est un Jupiter débonnaire… ». Débonnaire, à dire vrai peut-être pas et c’est vrai aussi que la propriété ne se défend pas seulement pour des raisons utilitaristes. Mais sous ces réserves, il y a presque du Bastiat dans les propos d’Alain. D’ailleurs l’un des reproches de celui-ci à l’Etat est que « La politique ne cesse de corrompre l’Economique, par des subventions, commandes, préférences, qui faussent les prix et enflent dangereusement certaines industries ». Alain croit à une forme de main invisible qui harmonise naturellement les intérêts. Il préfère s’en remettre au contrat et au droit plutôt qu’à la loi.

En fait, il était radical peut-être parce qu’à certains égards, il était mesuré, et d’abord parce qu’il était laïc en un temps ou l’Eglise peinait encore à distinguer le spirituel du temporel là où pour lui, et à juste titre, il fallait toujours et partout en éviter la confusion. Mais à certains égards il aurait presque pu être libertarien s’il n’avait pas évité de sacrifier la liberté des Anciens à celle des Modernes, pour reprendre l’analyse de Benjamin Constant, en considérant qu’au contraire les deux étaient parfaitement complémentaires.

Certes, Alain est aussi un homme de son temps, avec les limites que cela suppose par rapport aux réalités d’aujourd’hui. Ses amitiés à gauche le rendront parfois incohérent. Au surplus ses derniers écrits marquent des faiblesses et peuvent susciter des critiques politiques. Mais en définitive, Alain apparaît comme un authentique défenseur de l’individu dont Jérôme Perrier fait revivre la pensée pour notre plus grand bonheur.

A lire avec plaisir et intérêt.

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