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Ukraine : quelles perspectives économiques ?

Le 21 avril 2019, l’acteur Volodymyr Zelensky a été élu président d’Ukraine avec 73% des votes exprimés face au président sortant Petro Porochenko. Ce dernier, jadis élu dans le contexte de l’Euromaidan, laisse un héritage contesté dans un pays en proie à de profonds changements.

Vers une meilleure indépendance de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie

Au moment de l’Euromaidan, le poids de l’économie russe était majeur dans celle de l’Ukraine. En effet, selon les données de la Banque mondiale, en 2013, la Russie représentait 23,81% des exportations et 30,19% des importations ukrainiennes. En 2017, soit après trois ans de mandat de Porochenko, la Russie ne pèse plus que pour 9,08% dans les exportations et 14,56% dans les importations ukrainiennes. En revanche, l’importance des partenaires européens s’est accrue. Ainsi, la Pologne, l’Italie et l’Allemagne, les trois principaux partenaires de l’Ukraine dans l’UE, occupent une place de plus en plus forte.

2017 2013
Exportation Importation Exportation Importation
Pologne 6,28% 6,77% 4,02% 5,29%
Italie 5,7% 3,27% 3,72% 2,71%
Allemagne 4,04% 10,52% 2,53% 8,8%
Total 16,02% 20,56% 10,27% 16,8%
Source : World Integrated Trade Solution/World Bank

En 2017, ensemble, ils représentent une part plus importante que la Russie en 2013. Ce changement est principalement dû à l’Accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne, signé par le président Porochenko en 2014 et instaurant une zone de libre-échange, accord à l’origine de l’Euromaidan après que l’ancien président pro-russe Viktor Ianoukovitch, sous pression de Moscou, eut refusé de le signer. Le gouvernement russe savait que les économies occidentales étaient plus attractives que celle de la Russie et qu’un traité de libre-échange entre l’Ukraine et l’UE jouerait logiquement en sa défaveur- et le mouvement s’est ensuivi.

D’autre part, le rapprochement avec l’UE sous la présidence Porochenko n’est pas seulement économique : dans le cadre de l’approfondissement de l’Accord d’association, une exemption de visa pour un séjour dont la durée n’excède pas 90 jours entre les citoyens des Etats membres de l’espace de Schengen et ukrainiens a été mise en place en 2017. Si ces dispositions sur la libre-circulation restent encore éloignées de celles qui existent entre les membres de l’espace de Schengen (les visiteurs n’ont pas le droit de travailler), elles montrent une avancée dans le rapprochement européen.

Ainsi, Porochenko aura réussi à rapprocher l’Ukraine de l’Europe et à éloigner le pays de Moscou. Pour autant un certain nombre de points jouent en sa défaveur.

Une situation interne encore peu libérale

Comme la plupart des Etats membres de l’ex-URSS, désormais membres de la Communauté des Etats indépendants, l’Ukraine est gangrenée par une corruption endémique. Des efforts ont été faits pour lutter contre le phénomène sous le mandat de Porochenko, faisant passer l’Ukraine de la 144ème place du classement de Transparence International en 2013 à la 120ème place en 2018. Néanmoins, ils restent insuffisants pour le peuple ukrainien : le fait que Porochenko soit lui-même un oligarque ne joue pas en sa faveur. Le récent scandale, en avril 2019, lié aux soupçons de détournement de fonds publics et de trafic d’armement avec la Russie de la part d’Ihor Hladkovskiy, fils du directeur adjoint du Conseil de sécurité et de défense, est révélateur de la persistance du problème.

Plus significative, la baisse de position de l’Ukraine dans l’Human Freedom Index est au cœur du mandat de Porochenko : de la 74ème place en 2015, le pays descend à la 111ème en 2016 puis 132ème en 2017. Si l’Ukraine remonte quelque peu en 2018 ( 118ème), cette dégradation montre que les libertés publiques ne se sont pas améliorées pour les citoyens. La guerre dans le Donbass est clairement un facteur d’explication mais l’absence de réformes suffisantes en interne a abouti à une baisse de popularité du président Porochenko.
Ces éléments expliquent le large soutien populaire dont bénéficie Volodymyr Zelensky, qui a fait campagne sur son statut de novice de la politique et sur son opposition au monde des oligarques.

Quelles perspectives pour la présidence Zelensky ?

Il est difficile prévoir quelle sera la politique du nouveau président, néanmoins on peut espérer que le tournant vers l’Europe est bien engagé et ne sera pas remis en cause. Tout l’enjeu repose sur les réformes internes et sur la capacité à gérer le voisin russe. Sur ce dernier point, le programme de son parti, Serviteur du peuple , est avant tout une déclaration de souhaits politiques qui manque d’éléments précis. L’accent est mis sur la modernisation du pays et sur la lutte contre la corruption. Un de ses principaux objectifs est toutefois de rendre le pays plus attractif économiquement. Zelensky souhaite attirer les investissements par "un redémarrage du système judiciaire". Pour cela, il propose une amnistie fiscale et une « flat tax » à 5% pour les grands groupes économiques, qui pourrait être augmentée en concertation avec ces derniers.

Plutôt que promouvoir une vraie libéralisation économique, Zelensky semble se tourner vers une politique qui semble pro-business. Le risque étant que cette politique maintienne un capitalisme de connivence et donc la corruption. L’inexpérience du nouveau président dans le domaine économique est un élément problématique qui devra être compensé par des conseillers compétents.

Néanmoins, le président Zelensky a déclaré lors de son discours d’inauguration que : « le gouvernement n’est pas la solution mais le problème » reprenant une phrase de Ronald Reagan, lui aussi acteur devenu président. Un signe que le nouveau président ukrainien va inscrire sa politique dans celle des libéraux-conservateurs ? L’avenir nous le dira mais ce choix de rhétorique n’est pas anodin.

Toutefois, le vrai enjeu de la future politique ukrainienne va être celui des élections législatives, qui permettront de savoir si Zelensky dirigera avec un parlement qui lui est favorable ou non. La dissolution de ce dernier par le nouveau président afin de déclencher des élections anticipées répond à ce souhait.

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