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Réouverture des librairies : une valse-hésitation pénalisante pour le secteur et les lecteurs

mardi 24 novembre 2020, par Diana Wimy

Qui veut la fermeture des librairies ? Dans son point du 12 novembre à J + 15, le Premier Ministre a évoqué la date du 1er décembre pour de « premières mesures d’allégement » pour les petits commerces que son gouvernement a décrétés « non essentiels » lors de la mise en place du second confinement. Ce « sur la base d’un protocole sanitaire [encore] renforcé ». Les librairies pourraient être concernées afin de mettre des livres sous le sapin sans passer par Amazon.

Pour les petits commerçants, l’enjeu des fêtes de fin d’année est « vital ». Le Ministre de l’Économie des Finances et de la Relance Bruno Lemaire, l’a rappelé le 12 novembre dans la foulée du point de Jean Castex. Les deux derniers mois de l’année représentent en effet près de la moitié du chiffre d’affaires pour les libraires, comme pour les marchands de jouets et de bijoux. Selon le Syndicat de la librairie française (SLF), les ventes effectuées en novembre et décembre représentent plus précisément un quart de l’activité annuelle des librairies en moyenne.

Le Syndicat National de l’Édition (SNE), le SLF et le Conseil Permanent des Écrivains (CPE) se sont ainsi associés dans un communiqué du 28 octobre dernier pour réclamer la réouverture des librairies. Sur change.org, la pétition en ce sens recueille plus de 211 800 signatures au 23 novembre.

Prudence des libraires lors du premier confinement

Pourtant, le 17 mars, considérées comme commerces « non indispensables » au regard des textes, les librairies avaient baissé le rideau. Le SLF était d’accord. « Dans le souci de protéger leurs clients, leurs salariés et les livreurs, [les librairies étaient] une très large majorité à avoir également suspendu tout service de retrait et de livraison et renoncé à une ouverture lorsque la vente d’autres produits comme la presse les y autorisait », arguait le syndicat dans un communiqué en date du 19 mars.
Prudence compréhensible au printemps dernier peut-être. Le 14 avril dernier, le Tribunal Judiciaire de Nanterre (TJN) avait contraint la SAS Amazon France Logistique de fermer 90 % de ses entrepôts non consacrés aux produits essentiels (produits médicaux, d’hygiène et alimentaires) « sous astreinte d’1 million d’euros par jour de retard et par infraction constatée » pendant une durée d’un mois. En cause, l’ évaluation et la prévention des risques professionnels, et notamment psycho-sociaux, inhérents à l’épidémie de Covid-19 et à la mise en œuvre des mesures prévues à l’article L. 4121-1 du code du travail.
Durant le premier confinement, la Librairie de Paris (groupe Madrigall), par exemple, avait laissé un message en vitrine expliquant son choix de donner priorité à la protection de la santé de ses clients et salariés, comme de ceux de la chaîne logistique. Elle propose aujourd’hui le click & collect (achat en ligne avec retrait sur place) et des conseils de lecture par messagerie instantanée pour pallier le confinement tout en respectant les mesures sanitaires.

Des signes d’ouverture de la part de Bercy

A l’époque, Bercy se disait prêt à rouvrir la discussion sur les conditions d’ouverture des librairies. « Attaché au livre et à la lecture », lui-même auteur, Bruno Lemaire les présentaient le 19 mars sur France Inter comme « un commerce de première nécessité ». Il proposait que les clients s’y rendent « un par un, qu’ils ne soient pas nombreux dans la librairie ».
Mais la fronde était montée. Lors du premier confinement, une poignée de libraires indépendants s’étaient insurgés sur les réseaux sociaux contre les risques sanitaires que comportaient le click and collect ou la livraison.
Les libraires n’ont-ils pas ainsi favorisé la fermeture administrative de leurs commerces lors du second confinement ? Le syndicat des libraires aurait ainsi été victime de sa prudence lors du premier confinement. Et de son premier geste qui a consisté à balayer d’un revers de la main toute forme de distribution « phygitale », associant boutiques en dur et outils digitaux. En effet, le gouvernement aurait repris telle quelle fin octobre la liste des commerces « non essentiels ». Avec les fluctuations des chiffres de contagion et des mesures sanitaires qui en découlent, la polémique risque fort de connaître d’autres rebondissements.

Sources :
https://twitter.com/gouvernementFR/status/1326933326217670656
http://www.syndicat-librairie.fr/les_conditions_d_une_reouverture_des_librairies_ne_sont_pas_encore_reunies
http://www.syndicat-librairie.fr/le_chef_de_l_etat_et_le_gouvernement_doivent_faire_le_choix_de_la_culture_en_rouvrant_les_librairies_
https://blog.landot-avocats.net/2020/04/20/voici-la-fameuse-decision-amazon-du-tj-de-nanterre/
https://www.franceinter.fr/economie/les-librairies-sont-elles-des-commerces-de-premiere-necessite-bruno-le-maire-pense-que-oui
http://www.syndicat-librairie.fr/face_aux_enjeux_de_la_reouverture_et_du_redressement_de_nos_entreprises_l_union_de_la_profession_sera_une_force
https://www.contrepoints.org/2020/10/31/383319-librairies-fermees-la-faute-aux-syndicats-pas-au-capitalisme

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Reouverture-des-librairies-une-valse-hesitation-penalisante-pour-le-secteur-et-les-lecteurs

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