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PMA : là où l’égalité des malchances triomphe

A l’Académie de médecine qui, à une très large majorité de 69 voix sur 80 exprimées, a déclaré que « la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure » et n’est « pas sans risques » pour son « développement psychologique », Agnès Buzyn a répondu que "considérer qu’il y a un lien direct entre défaut de construction de l’enfant et famille monoparentale est faux" et que "heureusement on arrive à se construire même quand on est élevé par un parent seul".

Comme elle le constate, malheureusement en effet, il existe des enfants sans père par suite des accidents de la vie. Et heureusement en effet tous les enfants sans père ne sont pas des ratés. Mais le bon sens et le regard sur l’histoire et notre société permettent de conclure, sans être ni académicien ni ministre, qu’un enfant a plus de chances dans la vie s’il a un père et une mère unis et qui l’aiment. Ce qui ne veut pas dire que certains enfants confrontés à la difficulté d’une famille monoparentale n’auront pas la volonté de la surmonter et, dans certains cas, s’en sortiront mieux que d’autres par leur rage de vaincre le handicap, voire la blessure que la vie leur a infligés.

Le constat est le même pour certains enfants qui n’ont pas eu la chance de pouvoir faire des études ou de suffisamment longues études pour disposer d’une entrée facile dans la vie professionnelle et qui se lancent par eux-mêmes dans des entreprises où ils réussissent mieux que d’autres par la volonté de revanche et la nécessité pour eux d’y parvenir à défaut d’autre choix. Est-ce pour autant qu’il faut encourager les enfants à faire peu d’études ? Non, bien entendu. L’égalité des chances consiste à ce que la collectivité offre à tous les enfants la possibilité d’accéder aux mêmes études en fonction de leurs capacités. A l’inverse, la PMA remboursée par la sécurité sociale va offrir une même malchance à tous les enfants de ne pas avoir de père.

Certes, l’Etat français est déjà un spécialiste en matière d’égalité en malchance. Il fait courir ses entreprises dans la compétition internationale avec le poids de charges sociales et fiscales beaucoup plus lourd que ceux des autres. Il anémie ses citoyens en les infantilisant du berceau à la tombe. Il préfère une école médiocre pour tous à un enseignement capable de faire grandir les plus doués. C’est tout le paradoxe d’une certaine gauche libertaire qui se prétend libérale. Elle veut une liberté débridée de tout faire, et n’importe quoi, aux frais de l’Etat, c’est-à-dire des autres. Ce qui est l’inverse du libéralisme, dont elle se prévaut souvent à tort, qui privilégie la responsabilité personnelle à l’égard des autres autant que de soi-même et le respect de l’ordre de la nature.

Sans doute sommes-nous tous également propriétaires de notre vie, de notre corps et de notre esprit, comme de notre liberté. On peut en effet admettre avec John Locke que : « L’homme porte en lui-même la justification principale de la propriété, parce qu’il est son propre maître et le propriétaire de sa personne, de ce qu’elle fait et du travail qu’elle accomplit. » Mais si chacun est propriétaire de son corps, ça n’est pas pour en faire n’importe quoi, mais pour mettre ce corps au service de la finalité de la personne qui l’habite. Certes, cette finalité est à découvrir par chacun, mais elle ne peut pas être de mutiler le corps, elle ne peut pas être de l’avilir ou de le détourner de ses fonctions naturelles pour lesquelles l’homme en a reçu l’usage, elle ne permet pas non plus d’attenter à la propriété, à l’intégrité, à la dignité, à l’identité, voire à la vie de ceux qui ne nous mettent pas en péril. Dans cette conception morale, l’homme doit avoir le droit de disposer de ses propriétés, en ce compris celle de son corps, pour les ordonner à ses propres fins qui ne peuvent pas conduire à meurtrir son humanité. Et il devrait éviter toute exploitation abusive ou destructrice de ses possessions sans en chercher un plus grand bien.

Certes, au-delà de la morale, chacun reste libre de déterminer l’ordre auquel il se réfère, mais pour autant qu’il ne l’impose pas à d’autres, ce qui empêche par exemple de priver les enfants d’un père ou d’une mère dans l’acceptation d’une PMA autre que réparatrice ou d’une GPA.

Les hommes raisonnables savent que l’exercice de la liberté est dangereuse lorsqu’elle tend à dénaturer le monde. Curieusement ce sont les plus écologistes, les plus assoiffés d’égalité aussi qui s’empressent de faire voter ce texte absurde sur la PMA. Ils veulent préserver les animaux de toute forme d’élevage industriel et antinaturel, mais ils sont prêts à tous les artifices pour fabriquer des bébés humains, comme les nouveaux produits à la carte d’un monde aussi régressif qu’il se prétend progressiste ! Ils sont contre la marchandisation du monde, mais favorable à celle de la femme dont le ventre pourra être utilisé comme une couveuse. Ils accusent volontiers les patrons d’abuser de leurs employés, mais ils n’hésitent pas à institutionnaliser l’abus suprême du corps. Ils veulent l’égalité et favorisent l’inégalité à la naissance. Ils brouillent tout au profit de leurs seuls désirs et loin de toute éthique. Or, chacun sait malheureusement que la perversion des comportements moraux introduit la ruine des sociétés.

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Messages (1)

Bel article que j'attendais de la part de l'IREF !

le 1er octobre, 11:16 par Bergerie26

Et question complémentaire... il serait intéressant d'approfondir les différences fondamentales entre "libéral" et "libertaire". On en voit quelques esquisses dans le texte ci-dessus mais ce serait bien d'approfondir cette question. A mon avis, il y a un glissement sémantique important entre les 2 termes depuis 30 ou 40 ans qu'il serait urgent de corriger pour bien préciser en quoi consiste être "libéral" dans sa composante économique et sociale.

4 octobre, 11:14 - Jean-Philippe Delsol

Merci de votre message. Nous avons publié un article intéressant sur la différence libéral/libertaire dans le dernier ou avant dernier numéro de notre revue trimestrielle, le Journal des Libertés, auquel vous pouvez accéder librement depuis le site de l’Iref ou en allant sur Google.
Cordialement

10 octobre, 19:57 - Bergerie26

Merci. J'ai lu cet article. Votre définition du libéralisme prenant en compte un système de normes et valeurs acquises par l'expérience est pour moi assez singulière. Je ne prétends pas être expert ni en économie ni en philosophie politique mais je n'avais jamais vu cette définition. En revanche, je reste sur ma faim concernant l'établissement de ces normes et valeurs. La tradition, expérience du passé ou morale naturelle, tout cela fonctionne a partir du moment où un référentiel supérieur existe. S'il n'existe pas ou plus (la religion en particulier et notamment judeo-chrétienne), alors le libéralisme n'a plus de normes et valeurs sur lesquelles se fonder ce qui se traduit par un libéralisme échevelé. Je sais bien que ce n'est pas ce que vous prônez mais la confusion est rapide à faire et en pratique cette confusion est faite. Du coup, pour ma part, j'ai bien du mal à me définir comme libéral alors que je partage un grand nombre de vos idées. Pour moi, la bonne terminologie reste à trouver. A bien des égards, je préfère le terme de "conservateur" mais je comprends bien qu'il soit imparfait pour rendre compte de la dimension "liberté d'initiative" dont vous vous faites les défenseurs.
Cordialement,

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