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Monsieur Delevoye et le secret-retraite
Plus de 20 mois de mutisme institutionnel

Voici donc plus de vingt mois qu’il a commencé sa mission en vue de remettre cet été ses propositions au Président de la République pour la toute prochaine réforme de nos retraites. Voici plus de vingt mois qu’il consulte les uns et les autres, de préférence séparément. Voici plus de vingt mois que, sans rien révéler ou presque de ses projets, il a pourtant laissé opportunément fuiter tel ou tel bruit, telle ou telle rumeur, rapidement démentis ou abandonnés. Voici plus de vingt mois enfin que les quelque 29 millions d’actifs, dont le sort est présentement entre ses mains, ne savent absolument rien ce que deviendront leurs cotisations et leurs pensions d’ici cinq ans. Voire plus, puisqu’après avoir essuyé une bronca sur son intention originelle de supprimer les pensions de réversion, au point de devoir d’urgence sagement les rétablir, le Haut-Commissaire a finalement annoncé que l’affaire était si compliquée qu’il était urgent d’attendre et qu’il fallait disjoindre la réversion du reste de la réforme pour la traiter à part à partir de 2025.

Toujours est-il qu’à l’heure où nous sommes et à quelques encablures de l’échéance annoncée de son rapport, nous ne savons toujours rien de sérieux sur les propositions de Monsieur Delevoye. Après plusieurs reports, on avait d’abord annoncé leur publication durant le mois de juillet, mais la Ministre de tutelle avait jugé utile de presser quelque peu le mouvement, afin que les conclusions soient connues dès le mois de juin, avant que finalement la mi-juillet ne reprenne tout récemment du service. Remarquez quand même que, de toute manière, le temps sera plus que compté pour tous ceux qui, d’un avis différent ou contraire, ne disposeront en réalité que de quelques brèves semaines pour faire valoir leurs objections ou tenter d’amender ces conclusions avant la présentation dès la rentrée - et presque à la hussarde- du projet de loi en Conseil des Ministres. Car une fois de plus, on se trouve face à une de ces réformes où la multiplication des entretiens est supposée faire illusion et masquer l’absence de toute véritable négociation.

Certes, on comprend bien que le meilleur moyen sur une telle réforme ultra-sensible de ne pas avoir d’ennuis et de progresser vite, c’est d’avancer masqué. L’efficacité est censée y gagner tout ce que la démocratie y perd. Et on a déjà suffisamment de "déjà retraités" ou de "bientôt retraités" sur les barrages des gilets jaunes pour éviter de grossir leurs rangs. Mais enfin, le Haut-Commissaire n’a pas progressé très vite, il a dû consentir plusieurs reports et les Français retiendront surtout que la gestation de cette réforme s’est faite "en tunnel". Car on a sciemment caché aux citoyens ce qui les attendait, de peur sans doute que le projet final ne soit pas tout à fait conforme à la superbe affiche qu’on leur avait montrée. Au lendemain des échéances européennes qu’il ne fallait surtout pas perturber, ils risquent en effet de découvrir notamment que le nouveau régime ne sera peut-être pas aussi universel qu’annoncé. On ne voit pas non plus comment l’énorme disparité des taux globaux et nominaux de cotisations entre le secteur privé et le secteur public permettra d’assurer qu’un euro de cotisation donne bien partout et à tous rigoureusement le même droit à pension, sauf à déboucher sur d’insoutenables aberrations. Le sort des importantes provisions constituées notamment par l’Agirc-Arrco et les indépendants n’est toujours pas tranché. La plupart des spécialistes sont également étonnés de la stupéfiante apathie du secteur public, doutant que la promesse faite d’intégrer les primes dans le calcul des cotisations suffise sans aucune autre contrepartie substantielle à faire avaler la dure potion du futur système à points.

Bien sûr, la méthode du "tunnel" n’est pas nouvelle. Mais les Français ont toujours appris à leurs dépens que les réformes qu’on leur révélait tardivement, comme à la fin d’un tour de prestidigitation, étaient en général celles dont ils avaient le plus à redouter. En effet, ce ne sont ordinairement ni la justice, ni la simplicité, ni non plus le bon sens qui craignent la lumière. Et pour tout dire, beaucoup d’actifs, notamment dans le secteur privé, redoutent une nouvelle fois de "se faire avoir", en déplorant qu’une fois de plus les retraites du secteur privé (lequel représente les trois quarts des populations concernées tant en cotisants qu’en pensionnés) soient sous la coupe exclusive de décideurs publics. Des décideurs publics ultra-minoritaires, qui ne savent pas ce qu’est un conflit d’intérêts (ce n’est pas de leur faute :, on ne le leur a jamais appris !), mais dont l’histoire récente montre qu’ils n’ont généralement pas pour habitude d’oublier ni leur propre sort, ni leurs propres troupes.

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