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Le télétravail est mauvais pour l’économie

mardi 9 février 2021, par Philbert Carbon

Élisabeth Borne, ministre du travail, regrette que le recours au télétravail « s’érode progressivement depuis fin novembre » et enjoint les entreprises à « se mobiliser sans délai » pour « réduire la part des salariés qui ne télétravaillent pas du tout ». Pour elle, « le télétravail est un levier essentiel pour limiter la circulation du virus ». L’inspection du travail est donc priée de multiplier les contrôles pour remettre les « déviants » dans le droit chemin.

Élisabeth Borne ferait mieux de se demander pourquoi le télétravail est aujourd’hui en baisse, plutôt que de se répandre en déclarations sans grande portée puisque rien n’oblige, dans le code du travail, les entreprises à mettre en œuvre cette pratique.

Il est vrai que la question divise les employeurs comme les salariés, chaque partie ayant des arguments favorables ou défavorables. Mais, finalement, si le télétravail est en baisse, c’est bien parce qu’il n’est pas efficace. Plusieurs études récentes nous expliquent pourquoi.

Des salariés échaudés

Si la plupart des salariés ont apprécié le télétravail au début du premier confinement (l’attrait de la nouveauté ?), ils semblent aujourd’hui en grande partie lassés par le dispositif.

En mai 2020, selon une enquête OpinionWay-Square Management pour Les Échos et Radio Classique, 80 % des actifs qui avaient fait l’expérience du télétravail déclaraient qu’ils aimeraient continuer à le pratiquer, au moins en partie. Beaucoup louaient le travail à distance, synonyme de concentration renforcée, d’efficacité accrue, de liberté pour organiser sa journée de travail, et de confiance donnée au collaborateur.

Mais après un an de pratique, nombreux sont ceux qui craquent, critiquant le temps passé en réunions virtuelles et l’absence de contacts humains.

Des employeurs dubitatifs

Du côté des employeurs, ce n’est pas mieux. Selon une étude du cabinet de conseil Génie des Lieux, 77 % des entreprises ont pour objectif cette année de faire revenir leurs collaborateurs au bureau.

Ce samedi, dans Le Figaro, Fabrice Zerah, fondateur de la société Ubi Solutions, expliquait que l’activité commerciale « demande le plus souvent de se rencontrer vraiment ». De même, ajoutait-il, on ne mobilise pas « ses équipes par écrans interposés ». Le télétravail fait aussi perdre « tous les moments informels de la vie sociale dans l’entreprise », qui sont aussi « des moments de création de valeur », de créativité, d’innovation. L’entrepreneur critiquait également la « fusion du bureau et du salon qui n’est qu’une aliénation » puisqu’elle bouleverse irrémédiablement « l’équilibre si précieux entre vie professionnelle et vie personnelle ».

Mais surtout une productivité en baisse

Des experts ont affirmé que le télétravail augmentait la productivité : moins de temps passé en pauses et bavardages inutiles, absentéisme réduit, stress diminué, en particulier par la suppression des temps de transport domicile-travail (avec leur lot de bouchons, retards, fatigue…), et des déplacements chez les clients. Par ailleurs le collaborateur se sentirait davantage considéré et s’investirait plus dans son travail. Bref, les entreprises auraient tout à y gagner.

De surcroît, avec l’absence des collaborateurs, de nombreux locaux sont sous-occupés. Beaucoup d’entre eux profiteraient donc de l’aubaine pour résilier leurs baux, réduire la surface louée et faire ainsi de substantielles économies, les locaux étant souvent le deuxième poste de dépenses après les salaires. Le télétravail serait donc appelé à durer, car les entreprises n’auraient de toute façon plus la capacité d’accueillir tous leurs salariés en même temps.

Plusieurs études récentes montrent pourtant que le télétravail n’a pas toujours les effets positifs qu’on lui attribue.

Le Monde, dans son édition du 28 décembre 2020, citait une étude du CNAM concluant que le « travail à distance peut occasionner jusqu’à 20 % de perte de productivité s’il est appliqué à 100 % ».

Dans une étude pour la Banque de France, les économistes Gilbert Cette et Antonin Bergeaud citent les travaux de Bloom et al. (2015) montrant que le passage au télétravail de « salariés volontaires d’un centre d’appel chinois dans une entreprise équipée et préparée à ce mode d’organisation » a pu amener des gains de productivité de l’ordre de 20 %. En revanche, les travaux de Morikawa (2020) montrent que la productivité a baissé de 40 % dans un institut de recherche japonais qui, subitement et sans préparation, est passé au télétravail durant la période du confinement.

Les deux auteurs citent également une étude de l’OCDE qui conclue que le télétravail peut avoir, selon son intensité, des effets négatifs sur la productivité : « la relation entre les gains de performance et l’intensité du télétravail aurait la forme d’une courbe en U inversée » comme le montre le graphique ci-dessous :

Relation en U inversée entre intensité du télétravail (en proportion de la durée travaillée) et productivité pour deux activités différentes

Dans une note de la direction générale du Trésor, Cyprien Batut et Youri Tabet indiquent que la « littérature économique n’est pas univoque sur l’impact du télétravail sur la productivité. Il dépend de nombreux facteurs : (i) les conditions de sa mise en place (outils, formation des télétravailleurs et de leurs managers) ; (ii) l’organisation du travail dans l’entreprise et du type de management (autonomie du salarié, valorisation du résultat plutôt que de la présence, capacité d’adaptation du management) ; (iii) les caractéristiques de chaque métier (degré d’interdépendance à d’autres tâches, caractère créatif ou non des tâches, autonomie) ».

Quant à Pierre Pora de l’INSEE, après avoir passé en revue nombre d’études sur le sujet, il conclue que « la nature du travail effectué, le souhait des salariés d’en bénéficier et la façon dont il est mis en œuvre dans les entreprises conditionnent l’effet qu’un passage massif en télétravail pourrait avoir sur la productivité ».

En conclusion, nous pouvons dire que le travail à distance pourrait avoir des effets bénéfiques sur la productivité s’il est anticipé, dans des entreprises qui ont la réelle volonté de le mettre en place, et avec des salariés volontaires. Dans les autres cas, la productivité risque fort d’être en baisse. Comme elle l’est assurément avec un télétravail à 100 %.

Laisser les entreprises s’organiser

Le travail à distance a été indispensable lors du premier confinement pour maintenir un minimum d’activité économique et éviter un effondrement total. Mais on peut se demander s’il n’est pas temps aujourd’hui de lâcher la bride, employeurs et salariés n’en pouvant plus de cette situation. Surtout que le télétravail à 100 % que rêve d’imposer la ministre Élisabeth Borne est néfaste pour l’économie.

Croit-on réellement que l’intérêt des employeurs est de faire revenir leurs collaborateurs au travail pour qu’ils soient contaminés par le coronavirus ? Croit-on vraiment que les salariés veulent revenir au boulot dans le secret espoir de tomber malades ? Non, bien sûr. Alors, laissons les dirigeants d’entreprises s’organiser à leur guise, en concertation avec leurs salariés. Faisons appel à la responsabilité et au bon sens de chacun. Il en va de la reprise notre économie.

Comme le dit l’entrepreneur Fabrice Zerah, déjà cité, « le télétravail, ce n’est pas la modernité, c’est même l’anti-progrès économique et social ».


Messages

  • Rester à la maison devant son écran (encore !) et sans les rapports humains indispensables dans l'entreprise, c'est un excellent moyen pour saper le moral des gens. Comme si l'informatique pouvait tout faire ! Tout comme la téléconsultation en médecine le télétravail est l'ânerie du siècle. Au passage on peut se demander si certains de nos ministres ont la moindre idée de ce qu'est le travail, le vrai.

  • Dans les bureaux d'études, certains ont eu l'intelligence pour gagner un marché dans les travaux publics de faire les calculs en France et les plans en Asie et Amérique. L'avantage escompté était d'avoir 3x8h en 24h. Le bureau français envoyait les plans à faire en Amérique qui l'envoyait à finir en Asie qui le soumettait en France. En France on le corrigeait et çà repartait pour un cycle. Conclusion les plans ont tous été repris en France.
    Autre application, on donne en télétravail avec le covid à un ingénieur de viser les plans. Un plan se corrige en regardant à la fois l'ensemble et le détail. Pour faire un boulot correct il lui aurait fallu des écrans extra large que l'entreprise n'a pas voulu fournir car trop onéreux à mettre en place pour tout le monde. conclusion le client s'est plaint d'un mauvais contrôle.
    autre conséquence, la direction dit que la réussite venait du travail d'équipe avec chacun sa spécialité et les atouts se cumulent. En télétravail chacun pour soi et plus de travail collectif ; Les réunions virtuelles ne permettent pas de faire le bon dessin au bon moment et d'être sur d'être compris.
    Comment construire une maison, livrer la pizza, dépanner la voiture en étant en télétravail ?
    Il y a plein de métiers dont le télétravail n'est pas applicable. Ce n'est pas parce qu'en informatique on peut le faire qu'il faut généraliser.

  • Je n'ai jamais aussi bien travaillé (ni autant) que depuis que je suis en télétravail depuis bientôt 1an et toutes mes connaissances et collègues sont du même avis. Ma productivité a largement augmenté, fini le stress des transports et les pertes de temps en réunion ou bavardages inutiles. On va droit à l'essentiel et on bosse. Quand aux soit disant problèmes de contact social, là aussi c'est faux. Grâce à toutes les technologies dont nous disposons, nous avons un tchat d'entreprise, le partage d'ecran, ect...Tout est direct et bien plus rapide et surtout bien plus efficace. Je n'aurais pas pu réaliser tout le travail que j'ai accompli avec l'ancien modèle. Tout n'est qu'une question d'adaptation et de résolution de problèmes.

    • Merci de votre message. Apparemment le télétravail vous va bien. Tant mieux. Ce que nous contestons dans cet article, c'est bien sûr le fait de vouloir l'imposer partout, à tout le monde, dans toutes les entreprises, sans tenir compte de la volonté des employeurs et des salariés.

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