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Le retour du « doux commerce » ?

Donald Trump a dénoncé les accords commerciaux des Etats-Unis avec le monde comme le meilleur moyen de protéger ses électeurs. L’Amérique a quitté l’accord de libre-échange transpacifique (TPP), mais il s’est fait sans elle. Depuis lors, Donald Trump évolue. Certes, il a imposé des droits de douane à 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. Mais il a aussi renégocié l’accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada -Alena-, et son administration a informé le Congrès ces derniers jours qu’elle avait notifié à l’UE, au Japon et à la Grande-Bretagne post-Brexit sa volonté de bâtir des accords séparés avec chacun. Il a sans doute compris, à juste titre, que le protectionnisme crée plus de dommages aux Etats-Unis qu’il ne les protège.

Certes, tout reste à refaire. Mais c’est important que les Etats-Unis renouent les fils du dialogue et expriment leur souhait de parvenir à des accords pour favoriser notamment « la relation économique entre les États-Unis et l’UE [qui] est la plus importante et la plus complexe du monde avec plus de 1100 milliards de dollars d’échanges » note le représentant américain Robert Lighthizer. Plus globalement, le retour du libre-échange peut venir calmer les inquiétudes des marchés et ramener un esprit de paix dans un monde où l’état de droit est de plus en plus bafoué ainsi qu’en témoigne la pratique devenue courante, de la Russie à l’Arabie Saoudite et bien d’autres, d’assassiner ses opposants.

Le libre-échange contre la guerre

D’une manière générale, le libre-échange contribue à la pacification, selon Montesquieu. Pour lequel « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Frédéric Bastiat prévenait : « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront ». L’histoire en témoigne. La guerre 14/18 fut précédée d’une longue montée des protectionnismes européens. Bismark institue des tarifs en 1879. En France, la loi Méline de 1892 augmente les droits de douane : le tarif moyen sur les importations agricoles passe de 3,3 % sur la période 1881/1884 à 21,3 % sur la période 1893/1895. Une dépression économique s’ensuit en même temps que des représailles sans fin qui vont contribuer aux guerres coloniales précédant la première guerre mondiale. Le modèle se reproduit après la crise de 1929. La loi Hawley-Smoot, promulguée aux États-Unis le 17 juin 1930, augmente les droits de douane à l’importation de plus de 20 000 types de biens. Dans le monde entier des mesures de rétorsion sont prises et participent à une chute d’un tiers à la moitié du commerce mondial en volume entre 1930 et 1933. Et ce mouvement accompagne le manque de liquidités et la baisse de la production pour accélérer la crise qui a mené au pouvoir Hitler en Allemagne et le Front populaire, hostile à toute préparation de la guerre, en France. On connaît la suite et il a fallu des efforts incessants, des lendemains de la guerre jusqu’à ce jour, pour abaisser les frontières et permettre que le monde développé vive dans la paix.

La concurrence et le progrès

Avec la paix, le « doux commerce », comme le disait Montesquieu, a aussi apporté la prospérité. Depuis plusieurs décennies, le commerce mondial, qui augmente en moyenne presque deux fois plus vite que la production mondiale, favorise la concurrence qui elle-même oblige les entreprises à améliorer leurs produits et réduire leurs prix. La concurrence protège les consommateurs en même temps qu’elle contraint les producteurs à innover pour rester dans le marché et y améliorer leur présence. Elle est dynamique et créatrice. Elle ajoute plutôt qu’elle ne retranche. Bien sûr, il peut y avoir des perdants en même temps que des gagnants, mais elle n’est pas un jeu à somme nulle. Elle est plutôt productrice de richesses par essais et erreurs pour sélectionner ce qui réussit. Elle n’est pas un gâteau à partager, mais plutôt le fruit du travail des pâtissiers qui peuvent faire grandir le gâteau sans cesse.

Le monde est imparfait et les informations délivrées par chaque acteur économique le sont aussi. Mais dans des sociétés toujours plus complexes, comme l’a si bien montré Friedrich von Hayek, l’information optimale, qui sert aux agents économiques à fonder leurs décisions, émerge spontanément d’un système d’échange libre où les prix intègrent la subjectivité des choix individuels autant que les conditions propres à l’environnement et aux décisions de chaque producteur. La concurrence ne réalise pas uniquement une sélection des entreprises ou des idées les plus efficaces, mais remplit une autre fonction tout aussi fondamentale : celle d’un mécanisme de mobilisation et de diffusion de l’information nécessaire au bon fonctionnement des économies de marché. Elle constitue, à cet égard, un processus de découverte des solutions les meilleures et d’élimination des plus mauvaises. Ce processus est encore plus efficace lorsqu’il joue au niveau du monde plutôt qu’à l’échelon d’un seul pays. A condition bien sûr que cette concurrence soit loyale.

C’est pourquoi Trump a eu raison de refuser le libre-échange avec la Chine tant que celle-ci le pratique sans respecter la plus élémentaire réciprocité. En effet, en imposant aux étrangers de nouer des partenariats pour piller leur propriété intellectuelle, en multipliant les contraintes réglementaires autant qu’en restreignant de manière draconienne les libertés de penser, de s’informer et de s’exprimer, la Chine ne joue pas à jeu égal. Car la liberté est un tout.

Mais en revenant au libre-échange avec le reste du monde, s’il va au bout de sa démarche, le président américain résorbera mieux à long terme l’immense déficit des échanges extérieurs américains qui s’est creusé à 566 milliards de dollars en 2017 (+12,1% par rapport à 2016), dont 375 milliards de dollars avec la Chine. En 2017, les Etats-Unis ont subi un déficit commercial de biens et services de 14,2Md$ avec le Royaume Uni, de 55Md$ avec le Japon et de 151,4 MD$ avec l’Union européenne. Au demeurant, les Etats-Unis sont déjà très compétitifs. Ils ont été placés cette année en tête du classement établi annuellement par le World Economic Forum (WEF) des économies les plus compétitives. Mais ils excellent plus dans les services que dans l’industrie. D’ailleurs sans tenir compte de l’excédent des services, leur déficit aurait atteint 796,1 milliards de dollars en 2017. Il est estimé que globalement, la levée des barrières commerciales permettrait aux États-Unis de doper leurs exportations de services de 1700 milliards de dollars par an, pour les porter à 2500 milliards.

Donald Trump a réussi à redonner un dynamisme solide à l’Amérique. Souhaitons que, malgré ses foucades habituelles, il aille au bout de sa démarche et que le monde retrouve une croissance solide assise sur la vitalité des échanges et échappe à la crise que, à défaut, de nombreux analystes peuvent craindre légitimement.

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