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Laissez-nous travailler !
Entretien réalisé par Nicolas Lecaussin

Entretien avec Eric Lemaire, patron, entrepreneur, business angel et membre de La Société Civile. Ses sociétés sont basées en banlieue parisienne et sont particulièrement touchées par les grèves. Voici un patron inquiet pour ses entreprises et les emplois qu’il a créés mais aussi pour la France qu’il trouve bien partie pour la faillite économique, à moins de vraies réformes.

« Les grèves plombent notre activité : nos coûts directs se sont accrus de 2 %, nous avons perdu de l’ordre de 3 % en heures de production »

« Notre première société, ActivSoft, a été montée en 1997 à ma sortie du service militaire pour créer des progiciels autour des nouvelles technologies d’internet. Elle est ensuite devenue le groupe Yoocan, groupe innovant surtout dans l’informatique, réunissant une quinzaine de sociétés en étoile.

Passionné par l’entrepreneuriat, j’ai tout naturellement investi personnellement ou avec le groupe dans de nombreuses sociétés, surtout en amorçage. Mes secteurs de prédilection sont l’innovation et le « produire en France". Notre commerce extérieur et notre diplomatie sont plombés par notre dépendance aux GAFA et aux pétromonarchies, et je soutiens tous ceux qui cherchent à relocaliser notre production industrielle, commerciale et énergétique.

J’ai rejoint, tout naturellement aussi, le réseau Entreprendre, dont je suis administrateur dans les hauts de seine.

Je suis convaincu que la politique ne doit pas plus être gérée par l’administration que le reste de l’économie. Et je crois que nous autres entrepreneurs faisons preuve d’un manque de courage en ne prenant pas part à la vie de la cité. C’est pourquoi j’ai rejoint entre autres La Société Civile fondée par Gérard Iltis qui souhaite emmener la société civile vers l’action politique en proposant de nouvelles idées et projets fondés sur la compétence du secteur privé.

Nous travaillons dans plusieurs domaines, les retraites, les finances publiques, l’aménagement du territoire…

Comment avez-vous ressenti cette grève qui dure depuis presque deux mois environ ? Quels impacts sur l’entreprise, sur les employés ? Auprès de vos partenaires à l’étranger ?

La grève impacte lourdement notre organisation. Nous avons plusieurs sites dans toute la France, avec de nombreux déplacements et des clients de toute taille et toutes localisations.

Les impacts sont de tout type. Des réunions sont annulées, des déplacements se font en taxi, des projets se font en home office, des recrutements sont repoussés pour de simples problèmes d’organisation. Nos coûts directs se sont accrus de 2 %, nous avons perdu quelque 3 % en heures de production en décembre et cela va sans doute se reproduire en janvier. Les équipes sont épuisées.

L’impact à l’étranger s’ajoute à tout le reste, nous sommes déprimés. Quand nous ramenons des gens de Roissy, ils contemplent les bidonvilles au bord de l’autoroute, ils voient les rats sur le parvis de Notre-Dame, les recommandations contre les pickpockets dans les transports quand ils roulent... Les émeutes et grèves à répétition ont pour effet que nous recevons de moins en moins de monde en Ile de France. La question que l’on se pose un peu partout à l’étranger est : comment cela peut-il arriver en France ?

En tant qu’entrepreneur, comment jaugez-vous la situation économique française ? Que feriez-vous pour la changer ?

La situation économique française est très dégradée mais elle est aussi contrastée. Tout le monde sait que notre dette s’accroit sans arrêt et le travail que La Société Civile a fait sur les finances publiques m’a rendu presque dépressif. Notre natalité baisse, les baby boomers vont entrer dans l’âge de la dépendance, plusieurs secteurs de notre industrie sont menacés à moyen terme, à tel point qu’il est difficile de voir comment nous allons nous en sortir.

Alors que le monde en général connaît une reprise et que la crise de 2009 est maintenant loin, nous avons toujours un déficit massif, un chômage important et une cohésion nationale dont personne n’oserait dire qu’elle est bonne. L’offre politique actuelle parait incapable de résoudre ces problèmes. Et la conjoncture mondiale est lourde de menaces. D’ailleurs nos clients internationaux ne sont pas optimistes, y compris dans leurs décisions d’investissement. Ce n’est donc pas qu’une ambiance.

Mais j’ai dit qu’elle était contrastée. La génération d’entrepreneurs qui vient après la mienne donne de l’espoir. Les nouveaux entrepreneurs sont décomplexés, ce ne sont plus des paternalistes ou des "petits bras". Ils créent des sociétés pour produire en France, exporter et devenir des leaders mondiaux. J’ai une immense fierté à participer à leurs projets. Ce sont également des gens engagés dans la vie associative et politique. Ils ont intégré, contrairement à ma génération, qu’ils n’avaient rien à attendre du "système" et ils tracent leur propre voie. Nous devons les aider à réussir.

Alors, que faire ?

D’abord nous laisser tranquilles. Nous avons subi le prélèvement à la source, la paperasse du bénéficiaire effectif, les grèves, les émeutes… Laissez-nous travailler !

Ensuite, que l’Etat se concentre sur son travail. La concurrence déloyale existe pour mes filiales B2C, venant de gens établis en Irlande ou au Luxembourg. La liberté de déplacement n’est pas assurée, la pérennité des contrats non plus : les droits à la retraite, à la propriété, à la justice sont mal assurés. Je n’ai pas besoin d’assurance chômage et je ne veux pas de mutuelle, je veux par contre pouvoir me déplacer et travailler pour créer des emplois.

Viennent ensuite les sujets traditionnels. Que l’Etat assume le déficit de ses retraites et laisse le secteur privé organiser les siennes qui ne sont pas en déficit. Que l’Etat assume l’organisation du territoire en fonction des objectifs de développement durable et local qu’il s’est donné. Que l’Etat réforme l’hôpital public qui concentre l’essentiel des dépenses et des souffrances de santé.

Il me semble enfin urgent de réorganiser la fonction publique et de la concentrer sur les tâches régaliennes pour ensuite réduire le déficit et un jour baisser les impôts comme l’ont fait, dans cet ordre, le Canada, la Suède, l’Angleterre, l’Allemagne, les Etats Unis, chacun avec leur tropisme politique local…

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