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La dépendance des personnes âgées : moins d’Etat plutôt qu’une loi

mercredi 26 mai 2021, par Aymeric Belaud

La ministre déléguée chargée de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, souhaite déposer un projet de loi sur la dépendance avant 2022. Ce « plan grand âge » aurait pour objectif de maintenir le plus grand nombre possible de personnes dépendantes à leur domicile plutôt que de les envoyer en maison de retraite. Pour autant, est-il nécessaire de légiférer sur le sujet ? « On peut faire beaucoup sur la dépendance sans attendre une loi ». C’est ce qu’explique Sophie Boissard, directrice générale de Korian, entreprise française de gestion de maisons de retraite médicalisées (EHPAD), dans un entretien accordé à L’Opinion. Elle pointe trois solutions qui ne nécessitent pas de nouvelle loi. Au contraire.

Répondre aux besoins de main d’œuvre et de médicalisation

Il faudrait donc, en priorité : premièrement, répondre aux besoins présents et futurs de main d’œuvre ; deuxièmement, renforcer le soutien médicalisé à domicile ; troisièmement, renforcer la médicalisation des maisons de retraites.

L’aide à domicile que veut promouvoir la ministre Bourguignon est un secteur en expansion, puisque 300 000 emplois seront à pourvoir d’ici 2030, dont près de 80 % en CDI. Le problème, c’est qu’il y a une forte pénurie de main d’œuvre dans ce secteur. A titre d’exemple, l’ADMR, plus grande association d’aide à domicile de France, recherche désespérément 10 000 salariés, soit 11 % de sa masse salariale actuelle ! L’entreprise de Sophie Boissard pourrait également être impactée par cette pénurie : elle aurait besoin d’embaucher quelque 5 à 5000 personnes en CDI dans les cinq prochaines années.

Les solutions sont nombreuses, dans ce secteur comme dans bien d’autres, pour combattre le manque de personnel. Ce sont toujours les mêmes à la base : diminuer l’assistanat, baisser les charges sociales, verser un salaire complet, etc. L’IREF le rappelle souvent ! En ce qui concerne l’aide à domicile, une fois le problème du personnel résolu, il faut donner aux associations et aux entreprises la capacité d’investir dans du matériel paramédical et de soutien. Pour que le prix des prestations ne s’envole pas, il faut diminuer non seulement leurs charges, mais aussi leurs impôts.

Pour les maisons de retraite publiques, compte tenu de la situation actuelle, du manque de moyens et d’une qualité des services parfois très médiocre, la question de la privatisation pourrait se poser. Elle permettrait aux établissements, dans des conditions fiscales favorables, d’investir plus et d’attirer des résidents. La mise en concurrence est donc également nécessaire.

Médicalisation signifie bien entendu personnel médical. Médecins généralistes et spécialistes, pour le maintien à domicile, et médecins au sein des structures. Il faut donc favoriser leur installation.

Le numerus clausus a été supprimé, ce qui est une bonne chose. Mais il existe néanmoins encore des quotas, notamment du fait du nombre de places limitées dans les universités publiques… Médecin généraliste n’est pas un métier qui attire les étudiants, en grande partie à cause de la réglementation des honoraires ainsi que de la charge administrative et des impôts… Libérer les médecins du joug administratif faciliterait leur installation. Liberté ensuite pour les territoires et les structures de trouver les moyens efficaces afin de les attirer.

La médicalisation est donc une priorité, en particulier si l’on souhaite maintenir les personnes dépendantes le plus longtemps possible à domicile. Mais elle risque de faire augmenter le coût de la prise en charge.

Réformer la sécurité sociale et le régime de retraite

L’amélioration des services de soin, voulue et nécessaire, va conduire à une augmentation des coûts pour les bénéficiaires, autant en maison de retraite qu’à domicile. La concurrence est primordiale pour limiter cette hausse des tarifs. Elle seule permettra de proposer des services de meilleure qualité par rapport à l’offre existante, du moins pour les prestations courantes. Pour les soins les plus lourds, les coûts augmenteront inévitablement.

Dans un monde idéal, les personnes dépendantes et leurs familles disposeraient des ressources nécessaires, et d’une bonne couverture assurantielle qui leur permettrait d’accéder à tous les soins essentiels.

Nous en arrivons inévitablement à la question du monopole de la Sécurité sociale. Son abolition donnerait à chacun la possibilité de choisir son assurance santé dans un univers libre et concurrentiel. Chaque assurance pourrait proposer les couvertures les plus adaptées aux besoins des individus, à domicile ou en maison de retraite. Ce système assurantiel privé et concurrentiel permettrait une meilleure prise en charge, comme aux Pays-Bas et en Allemagne. Dans ces deux pays, les caisses de sécurité sociale couvrent 50 % du coût total en moyenne d’un séjour en maison de retraite privée. En France, au travers de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), c’est seulement 30 %.

Une deuxième interrogation survient. Celle des pensions de retraite qui vont financer, en partie, le reste à charge. Pour que les pensions soient plus élevées, il faut alors abandonner notre système de retraite par répartition qui nuit aux cotisants comme aux retraités, et l’orienter vers la capitalisation. Cette option, qui s’inscrit dans le long terme, semble plus que jamais nécessaire.

La capitalisation serait une aubaine pour tous les retraités. Les cotisations seraient investies sur les marchés dans des fonds diversifiés et spécialisés. Notre système actuel ne rapporte rien. Les capitaux, eux, prennent au contraire de la valeur à long terme. Selon un calcul de Jean-Philippe Delsol, grâce à la capitalisation, un smicard se retrouverait à l’âge de la retraite avec 110 000 euros (pour une durée de vie moyenne) de plus que dans le système actuel ! De quoi envisager plus sereinement une fin de vie confortable, à domicile comme en maison de retraite.

Comme le disait Benjamin Constant, « la multiplicité des lois flatte dans les législateurs deux penchants naturels, le besoin d’agir et le plaisir de se croire nécessaires ». Il est vrai que pour un responsable politique, le but ultime est d’avoir une loi portant son nom. Il devrait plutôt rechercher l’efficacité.

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