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François, un pape qui appelle à une fraternité solidaire

Le pape François a appelé à de « nouvelles formes de fraternité solidaire » le 5 février dernier, à l’occasion d’une rencontre avec des responsables économiques et financiers[1].

Il part du constat que le monde est riche et que, toutefois, les pauvres augmentent autour de nous. Le souverain pontife ajoute que « des centaines de millions de personnes sont encore plongées dans la pauvreté extrême et n’ont pas accès à la nourriture, un logement, une assistance médicale, l’école, l’électricité, l’eau potable et des services médicaux adéquats et indispensables. » Il est vrai que des centaines de millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1,90 dollar par jour (en parité de pouvoir d’achat), selon la définition de la Banque mondiale. En revanche la proportion de ces personnes vivant dans l’extrême pauvreté, selon cette définition, diminue considérablement. Au niveau mondial, elle est passée de 42,1% en 1981à 25,5% en 2002 et 10% en 2015, alors que sur la même période la population est passée de 4,5 milliards à 7,5 milliards d’habitants. L’extrême pauvreté a donc très significativement diminué, non seulement en proportion, mais également en valeur absolue. Dans certains pays, l’extrême pauvreté a presque été éliminée en quelques décennies. Au Vietnam elle est passée de 52,9% de la population en 1992 à 2% en 2016. En Indonésie, elle est passée de 71,4% en 1984 à 5,7% en 2017. En Guinée, elle ne concerne plus qu’une minorité de la population, car elle est passée de 91,6% en 1991 à 35,3% en 2012. Madagascar est l’un des très rares pays au monde où l’extrême pauvreté a augmenté, de 46,1% en 1980 à 77,6% en 2012. Les formes de pauvretés moins extrêmes, mesurées par des revenus quotidiens par tête de 3,20 dollars ou 5,50 dollars, se caractérisent également par une nette diminution au niveau mondial. Le monde s’enrichit et la pauvreté, mesurée d’un point de vue monétaire, diminue.

Le pape souligne qu’il existe à la fois une pauvreté extrême et une richesse extrême. Les cinquante personnes les plus riches da la planète auraient un patrimoine pouvant financer l’assistance médicale et l’éducation de chaque enfant pauvre dans le monde. Evidemment, ces personnes pourraient, comme le pape les y appelle, aider les enfants pauvres au travers des impôts ou des dons, ce qu’ils font déjà (Bill Gates a donné près de 36 milliards de dollars à des œuvres caritatives[2]). Mais il semble ici important de rappeler deux choses. D’une part que les personnes les plus riches du monde ne sont pas des rentiers ou des entrepreneurs politiques ayant capté des prélèvements obligatoires, mais des entrepreneurs, qui ont créé et développé des entreprises, dont le succès dépend de la satisfaction de clients, sur un marché compétitif. Ensuite, leurs richesses personnelles ne sont pas essentiellement constituées de biens de consommation ostentatoires et superflus (yachts, voitures de collection, bijoux…) mais de titres de propriété sur leurs entreprises. En 2020, Bernard Arnault est l’homme le plus riche du monde, d’après le magazine Forbes, avec une fortune estimée à 117 milliards de dollars. Or la fortune personnelle du patron français est presque totalement constituée par les 47% des parts qu’il détient dans LVMH. En admettant qu’il vende soudainement toutes ses actions et quitte ses fonctions, non seulement le cours de l’action diminuerait, mais surtout il n’est pas certains que les nouveaux actionnaires et les futurs dirigeants seraient plus capables que lui de diriger l’entreprise et de créer autant de valeur ajoutée pour les clients. La richesse de Bernard Arnault n’est pas une rente captive et injustifiée, mais un processus dynamique, très corrélé à la valorisation d’LVMH et à sa capacité à créer des richesses.

Le souverain pontife dénonce des exonérations d’impôts pour les personnes les plus riches comme des « structures de péché ». Plusieurs choses sont à distinguer. Le pape dénonce la corruption et la fraude fiscale, qui sont à la fois illégales et moralement condamnables. Il évoque également les « paradis fiscaux ». Cette notion est ambiguë. D’une part la fiscalité fait partie de la souveraineté d’un Etat et il est légitime que différents Etats puissent, pour répondre aux spécificités de l’histoire et aux besoins de la population, avoir des pratiques fiscales différentes. Ensuite un paradis fiscal n’existe que vis-à-vis des enfers fiscaux. Si la doctrine sociale de l’Eglise voit le paiement des impôts comme un « devoir civique », cela suppose également que l’autorité politique soit « au service de Dieu pour le bien des personnes[3] ». Un Etat est tenu de ne pas imposer une fiscalité excessive. Celle-ci remettrait en cause la propriété privée et personnelle, que le pape Léon XIII qualifiait dans Rerum Novarum de « droit naturel ». Les avantages fiscaux dont peuvent bénéficier les plus riches sont à relativiser. D’une part parce que certaines niches fiscales peuvent être le seul moyen d’éviter une spoliation pure et simple d’un capital ou sa fuite, c’est-à-dire l’évasion fiscale. Rappelons que les revenus du capital étant taxés selon leurs valeurs nominales et non pas réelles (en prenant en compte l’inflation), il existe des cas où la fiscalité dépasse 100% des revenus réels, par exemple une assurance vie en fonds en euros grignotés par l’impôt et l’inflation. Ensuite, le capital qui n’est pas taxé ne demeure pas stérile. Il est au contraire nécessaire à l’investissement dans de nouvelles méthodes de production, à la recherche, à la création d’emplois, à la distribution de dividendes, à la baisse des prix … qui porteront des effets bénéfiques pour l’économie.

Le pape François s’inquiète à juste titre des dettes publiques, qui peuvent atteindre des niveaux insoutenables. Cela pose la question de la responsabilité des dirigeants politiques. Une personne physique peut s’endetter à titre personnel et s’engager à rembourser une somme dans le futur, mais l’endettement public est moralement plus fragile. Il peut pousser des responsables politiques à endetter leurs concitoyens pour des dépenses de fonctionnement à court terme, que ce soit l’organisation d’un festival au niveau d’une commune ou le financement des retraite à crédit à celui de l’Etat. Les générations futures, qui n’ont rien demandé, seront contraintes de rembourser l’emprunt, ce qui crée une forme de spoliation intergénérationnelle.

Le pape pose malgré tout un regard positif sur la situation. « Il s’agit de problèmes pouvant être résolus et non pas de manque de ressources ». « On peut engendrer et promouvoir des dynamiques capables d’inclure, de nourrir, de soigner, et de vêtir les derniers de la société au lieu de les exclure. » Le pape François en appelle à des « mécanismes socio-économiques humanisants ». La doctrine sociale de l’Eglise célèbre les formes de gouvernement et les banques qui doivent « rechercher le bien commun, la justice sociale, la paix, ainsi que le développement intégral de chaque personne ». La finance, indispensable à la croissance, peut être une réponse efficace. Elle introduit une forme de solidarité et de développement durable dans la société. La finance est un marché des capitaux, qui permet de construire des ponts entre un créancier et un débiteur, entre le présent et l’avenir, entre un sacrifice dans le présent et un espoir de profit dans le futur. La finance est un outil éminemment social, ancré dans la durée, qui impose une morale, la confiance entre les personnes et le respect de la parole donnée. La finance n’aurait pas de sens si elle était une fin en soi, mais elle devient un outil indispensable au bien commun lorsqu’elle rend possible la création de logements, d’écoles, d’hôpitaux ou d’infrastructures d’énergie que le pape appelle de ses vœux. Elle peut être critiquable quand elle utilise des moyens immoraux ou cherche à spolier ses partenaires, mais pour le moins il convient de ne pas manquer de discernement dans la critique.

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Messages (1)

Il y a riches et riches

le 4 mars, 13:14 par Dominogris

Oui, le discernement est indispensable. Il commande de dénoncer une ultraminorité cupide qui influence les lois internationales et les gouvernements pour en tirer parti, ce qui revient à capter peu à peu le pouvoir politique. Le fait que, dans cette ultraminorité figurent des "philanthropes" (proclamés comme tels par les médias) ne doit pas non plus nous égarer. Quels sont leurs buts réels ?
Comme le disait Bastiat, il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Ce qu'on voit, ce sont en effet les chefs d'entreprise qui ont réussi...

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