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Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?

par François Turenne

Le Macron candidat de 2017 avait donné peu de gages au nucléaire. Usant de son fameux « en même temps » il n’avait pas affiché de ligne directrice claire. Mais force est de constater que depuis un an, le revirement est complet. La ministre de la Transition économique, jadis si prompte à dénoncer l’énergie nucléaire a, elle aussi, reconnu ses bienfaits. Le gestionnaire du réseau électrique, RTE, dans son rapport « futurs énergétiques 2050 », reconnaissait la nécessité de continuer à investir et entretenir les installations existantes tout en planifiant la construction de nouvelles installations. Pourtant, à l’heure actuelle, à part quelques déclarations floues, aucune feuille de route n’a été avancée ni par le gouvernement ni par Emmanuel Macron, à l’exception notable de l’annonce d’investissement en faveur du développement des SMR (Small Modular Reactor). La technologie n’est pour l’heure ni mature ni opérationnelle et ne le sera pas avant 2030. Le rapport de RTE précise que pour maintenir une part importante de nucléaire dans notre mix énergétique à horizon 2050, il faudrait démarrer la construction de nouveaux EPR sans tarder.

Le nucléaire plébiscité dans de nombreux rapports

En 2015, la majorité socialiste avait cédé à la pression des écologistes en votant la réduction de la part du nucléaire à 50% dans le mix énergétique avant 2025. Ainsi, la loi sur la Transition énergétique a bloqué toute politique publique en faveur du nucléaire. En outre, elle actait la fermeture de la centrale de Fessenheim et de nombreuses autres.

Nous n’avons donc pas lancé de chantier d’EPR depuis 2004. Pourtant, il va falloir remplacer les installations actuelles vieillissantes qui devraient fermer d’ici à 2040-2050. La Programmation pluriannuelle de l’énergie entérinée en 2019 par le ministère de l’Ecologie n’est pas revenue sur l’objectif de réduire la part du nucléaire, tout juste l’a-t-elle repoussé de dix ans. En effet, le ministre de l’époque, jugeait impossible de le mettre en œuvre d’ici 2025.

Depuis, le gouvernement a fermé définitivement Fessenheim, faisant fi des avertissements de RTE sur les risques de fragilité électrique pour la France pendant les hivers 2020-2024. L’Agence de sécurité nucléaire (ASN) avait pourtant affirmé qu’il était possible de maintenir la centrale en marche encore quelques années. Les actionnaires de la centrale avaient investi 600 millions d’euros pour lui permettre de continuer à fonctionner en respectant les règles de sûreté de l’ASN. Le coût est exorbitant puisque le démantèlement devrait coûter des milliards et que l’État devra indemniser les actionnaires à hauteur de 400M€/ an pendant 30 ans. Enfin, la centrale fournissait 70% de l’électricité de l’Alsace, une perte qu’il faudra compenser.

RTE, dans son rapport, a distingué six scénarios de mix énergétique, cinq d’entre eux prennent en compte une part plus ou moins importante de nucléaire. Les « scénarios N » (mix entre énergies renouvelables et nucléaire), qui en représentent la moitié, incluent la construction de nouveaux réacteurs. Les auteurs ont aussi fait des simulations de coûts pour chaque scénario. Dans tous les cas de figure, le moins cher est celui qui prévoit le plus de nucléaire, même en considérant que les nouveaux EPR auraient le même coût que celui de Flamanville. Ces simulations confirment que le nucléaire reste plus compétitif que les énergies renouvelables. En outre, ce sont les scénarios nucléarisés qui comportent le moins d’incertitudes sur leur faisabilité. La construction de centrales n’entraînera pas de modifications majeures du réseau de distribution, déjà largement calibré pour la production d’électricité à base de nucléaire.

Quel nucléaire dans le futur ?

L’urgence est grande, pour assurer notre sécurité d’approvisionnement, de lancer la construction de nouveaux EPR, car 39 des 58 réacteurs que compte la France auront 40 ans en 2025. Ils ont, dans leur très grande majorité, été mis en service entre 1974 et 1986 et le plus jeune date du début des années 2000. Sans attendre la décision politique, EDF a lancé son projet de « Grand carénage », qui prévoit des investissements massifs dans la maintenance, l’entretien et la mise aux normes des plus âgés afin qu’ils puissent durer plus de 60 ans. Il n’en demeure pas moins que le Grand Carénage n’est pas possible pour toutes les installations, il permet simplement de gagner du temps en attendant que soient construits de nouveaux réacteurs.

L’exemple de Flamanville a montré que si la construction de centrales prenait entre 10 et 15 ans dans les années 80, il faut aujourd’hui compter presque 20 ans. Officiellement, le nouvel EPR doit entrer en service en 2022 soit 18 ans après le lancement des travaux. Le retard est imputable, d’une part à la disparition de nombreuses compétences et de nombreux sous-traitants en France, d’autre part à une ingérence politique préjudiciable. Depuis la fin des années 2000, le manque d’investissements dans la formation des métiers du nucléaire et le faible nombre de projets de construction de centrales ont conduit à la disparition de nombreux métiers, ce qui explique en partie l’explosion des coûts et des délais de construction. Les opposants au nucléaire ne manquent pas de pointer cet exemple pour nourrir leurs argumentaires.

Il est certain que le gouvernement doit se décider rapidement si nous voulons être dans les clous des projections de RTE. La fermeture des 14 plus anciens réacteurs est prévue par EDF d’ici à 2035. Il en faudra donc de nouveaux pour les remplacer, dont la construction doit être lancée sous sous peu, pour éviter d’être en état de fragilité électrique en 2035.

Dans son rapport, RTE dégage un scénario avec 50% de la production électrique à base de nucléaire. Pour le réaliser, il faudra construire 14 autres EPR d’ici à 2050, un enjeu colossal. Pour l’heure, il existe de nombreuses incertitudes sur le coût du nouveau nucléaire. Le président d’EDF, auditionné par le Sénat, a déclaré qu’il était prêt, mais que la décision politique tardait.

Le président-futur candidat Macron tarde à se positionner vraiment et à engager les ressources de l’Etat en faveur du nucléaire, ce qui n’est pas sans risque pour l’avenir. Les candidats LR, en congrès, se sont tous prononcés pour et ont promis de respecter l’objectif de 50% de nucléaire. Espérons que cette ligne dominera le débat, les Français sont majoritairement favorables à cette énergie dont ils mesurent les avantages et les bénéfices pour le pays.

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7 commentaires

montesquieu novembre 16, 2021 - 7:43

Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?
Sa marque de fabrique étant de faire ses œufs dans le nid des autres, il n’a aucun amour propre à reprendre les propositions de LR qui recueillent l’assentiment de la majorité des français.
Mais le croire est autre chose !

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MIDLER novembre 16, 2021 - 9:56

Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?
M. Macron n’a pas clairement annoncé l’abrogation de la désastreuse loi de programmation pluriannuelle de l’énergie de 2019. Sans cela toute déclaration en faveur de l’énergie nucléaire n’est que propagande électorale, venant, comme par hasard, le lendemain du débat des candidats LR qui s’étaient tous prononcés en faveur de la relance du nucléaire.
Mais surtout, prouvant qu’il n’a aucune vison à long terme sur le sujet, il s’est bien gardé d’annoncer la reprise du programme ASTRID (réacteur à neutrons rapides, dit de 4ème génération) qu’il avait arrêté subrepticement, en 2019, sans négociation avec nos partenaires japonais. Et c’est sur cette technologie que la France avait acquis un leadership mondial peu contesté.

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AlainD novembre 16, 2021 - 4:33

Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?
Simple façade probablement, en 2017, il s’était accaparé le vote des verts et le nucléaire n’était plus en odeur de sainteté.
Macron est très fort pour percevoir le sens du vent et n’aucun scrupule pour s’approprier les idées des autres. Si d’un seul coup la ministre écolo, qui rêvait naguère de nous implanter des éoliennes partout(à grand coup de subventions soit dit en passant) si d’un seul coup donc elle a changé son fusil d’épaule ce n’est sans doute pas dû au hasard.
Pour autant si gouverner c’est prévoir, j’ai tendance à penser que la prévision a quelque retard sur l’urgence qu’il y a à décider. Dans ce domaine aussi on cafouille…

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PhB novembre 16, 2021 - 5:44

Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?
La fermeture de la centrale de Fessenheim n’est pas un problème,
encore moins un drame: voici les chiffres pour l’année 2019
Capacité de Puissance électrique à Fesenheim: 1,8GW
Production d’électricité par cette centrale en 2019: 12 300GWh
Soit 6 833 heures de temps cumulé ou 284 Jours en équivalent temps plein
Pour Rappel:
Production totale française en 2019: 537 700GWh
Soit la part issue de la centrale alsacienne: 2,3% du total.
N’allez pas me faire croire que sur l’ensemble de la production française, c’est critique à 2% près.
J’ai questionné un cadre EDF de Paris gérant le réseau.
Il m’a confirmé que sur « l’ensemble du temps lissé » ce n’est pas un souci, la France a d’ailleurs vendu son surplus à l’étranger pour plus que ces 2%, que les variations rapides de charge ne sont pas gérées par le nucléaire dont la constante de temps est d’environ 10 secondes.
J’en profite pour vous rappeler que cette centrale faisait l’objet de beaucoup de maintenance ces dernières années suite à toute la série de « petits incidents » liés en grande partie à sa vétusté.
Alors messieurs, arrêtez de dire n’importe quoi en faisant du catastrophisme.
Le souci de fond est que contrairement aux années 1970, l’industrie avec l’utilisation d’une sous-traitance qui devrait être irréprochable, n’est plus capable d’élaborer des pièces de qualité entrainant plein de défauts à répétition, ayant pour conséquence les reports incessants que l’on connaît (voir le projet EPR).
Le seul problème est la disparition des emplois.
Mais comme pour n’importe quelle entreprise, il s’agit de la gestion de ressources humaines.
Ca fait largement plus de 10 ans que sa fermeture est décidée et programmée. Donc cet argument tombe à l’eau.
N’importe quel chef d’entreprise du privé a le temps de « se retourner » et faire évoluer son activité.
Messieurs Lecaussin et Delsol seront au moins d’accord avec moi, sur ce dernier point.
PhB

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Roven novembre 21, 2021 - 7:34

Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?
Macron n’est pas un homme politique, il n’a aucune vision à long terme pour le pays, aucune conviction. Le nucléaire, comme le reste, lui sert de message tantôt écolo (je ferme) tantôt LR (j’ouvre) selon les besoins à vue de sa politique arriviste. Et si cela ne suffit pas, il distribue des chèques sans provision à tout va, de toute façon il ne sera plus là quand il faudra assumer la dette… Il se croît très fort, en réalité ce sont des français assistés qui élisent un distributeur automatique. Mais il n’y est pour rien, ce sont les irresponsables français qui élisent un dirigeant irresponsable comme eux, cela s’appelle la démocratie, tant pis…

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Jean-Pierre Bardinet novembre 24, 2021 - 9:55

Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?
La technologie des SMR est mature: elle est utilisée dans nos sous-marins nucléaires. Il suffit que la Marine fasse un transfert de technologie vers EDF. Mais notre Etat obèse et aveugle le sait-il seulement ?

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Jean-Pierre Bardinet novembre 25, 2021 - 9:00

Emmanuel Macron, pro- nucléaire ou simple façade ?
La technologie des SMR est mature : elle est utilisée dans nos sous-marins nucléaires. Il suffit que la Marine fasse un transfert de technologie vers EDF. Mais notre Etat obèse et aveugle le sait-il seulement ?

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