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Relance : Allemagne et France ne convergent pas

Toujours prompts à mettre l’Europe entière à l’heure de la France, les médias ont salué l’accord passé entre Angela Merkel et les libéraux du FDP comme une convergence des politiques de relance. En dépit de quelques rares points communs il n’en est rien. Evidences rappelées par le Pr.Jacques Garello, administrateur de l’IREF, président de l’ALEPS

L’impression faite par Nicolas Sarkozy à la Chancelière allemande serait si forte que la Chancelière se rallierait maintenant sans réserve à la politique de relance « à la française ». Elle aurait réussi à imposer ce choix à ses nouveaux partenaires libéraux.

Il y a déficit et déficit

Le signe évident du ralliement : le déficit budgétaire. Notons tout d’abord que le déficit du budget allemand ( à peine supérieur à 3%) est trois fois moindre que celui du budget français (à peine inférieur à 9%). L’Allemagne s’est toujours tenue autour des limites fixées par le Pacte de Stabilité (3%) alors que les promesses de la France de revenir à l’équilibre ont été sans cesse repoussées : 1010, puis 1011, puis 1012 ; aujourd’hui personne ne croit sérieusement à la volonté des autorités françaises de les tenir. Il y a donc toute la différence entre un déficit subi et un déficit voulu, entre un déficit accidentel et léger et un déficit structurel et lourd.

La baisse des taux d’imposition augmente les recettes fiscales

Examinons ensuite le raisonnement qui accréditerait la thèse de la « convergence » : en Allemagne comme en France on a réduit les impôts, et on a accepté les déficits.. Remarquons d’abord que la « réduction des impôts » n’a pas toujours le même sens. S’il s’agit d’une baisse des taux d’imposition (de l’impôt sur les revenus, sur la dépense, sur le patrimoine) elle a généralement pour effet d’augmenter les recettes fiscales et non de les diminuer. C’est l’effet Laffer : quand les contribuables sont sûrs de pouvoir garder pour eux la plus grosse part de l’argent qu’ils ont gagné, ils ont tendance à chercher à gagner beaucoup d’argent, et le fisc se servira grassement sur cette assiette fiscale élargie. Mais à Bercy on ne croit pas à l’effet Laffer ! Or, c’est bien d’une baisse des taux qu’il est question dans certaines clauses du contrat de coalition allemand, en ce qui concerne les impôts sur les sociétés, les droits de successions (taux réduit de 80 %). Le FDP a obtenu l’assurance d’une réforme de l’impôt sur le revenu pour 2011, avec des taux resserrés et moins élevés, rapprochant des principes de la flat tax. La baisse des impôts peut consister aussi en allègements, l’Etat renonçant à taxer certains revenus, certains investissements ou certaines activités. Le FDP a exigé de la Chancelière l’engagement d’une réduction d’impôts de 24 milliards par an d’ici à 2011. Par exemple, les PME et les familles nombreuses bénéficieront d’un traitement fiscal allégé. En France la réduction des impôts est pure façade. Sans doute a-t-on annoncé la disparition de la taxe professionnelle, qui ferait retour de 5 milliards et demi dans les poches des entreprises. Mais il s’agit de simples prévisions, et assez optimistes, car la mise en place de la Contribution EconomiqueTerritoriale est incertaine, tandis que l’opposition des collectivités locales est d’ores et déjà certaine. D’autre part depuis au moins un an les taxes ne cessent de se multiplier. On dit que ces taxes ne sont pas des impôts, comme pour la taxe carbone, mais ce sont bien des prélèvements obligatoires : subtilité du langage. L’habileté sémantique ne parvient pas à masquer de véritables bonds fiscaux : certains contrats d’assurance-vie perdent leurs exonérations, les intérêts des crédits pour le logement ne sont exonérés que si l’immeuble est conforme aux normes écologiques, et on paiera des cotisations sociales sur des revenus non salariaux. L’IREF et Contribuables Associés ont publié la liste de ces nouvelles charges qui pèseront sur les contribuables français.

Compétitivité ou solidarité ?

Certains commentateurs du pacte de coalition CDU-FDP ne s’y sont pas trompés. Ils dénoncent au contraire, et ils ont raison, « l’indiscipline » de Madame Merkel. Finies l’illusion d’un front commun européen face à la crise, et la conversion de tous les chefs d’Etat de l’Union à la doctrine Sarkozy. L’Allemagne fait bande à part, donnant le mauvais exemple à de mauvais garçons comme les Polonais, les Tchèques, Baltes et Bataves. En effet, visiblement, et sous la pression sans doute des libéraux, Angela Merkel veut restaurer la compétitivité de l’économie allemande : moins d’impôts, moins de charges, moins de réglementations, etc. Elle pratique en fait le fameux « dumping fiscal » contre lequel Nicolas Sarkozy est parti en guerre ouverte. C’est-à-dire qu’elle soutient les exportations allemandes quitte à écraser les concurrents voisins. Indélicatesse. La convergence eût voulu que tout le monde s’alignât sur les maillons les plus faibles de la chaîne européenne : pas de concurrence, pas de dumping, tous alignés sur les mêmes déficits géants, les mêmes dettes abyssales, les mêmes politiques « sociales ». Voilà ce qu’aurait été la vraie solidarité, mais Nicolas Sarkozy malgré son talent (et en dépit de ses dires) ne l’a pas obtenue. Tant mieux pour les Allemands, tant pis pour les Français.

Divorce durable ?

Pour autant il est peut-être trop tôt pour enterrer le « modèle rhénan » et conclure au ralliement de l’Allemagne au « modèle anglo-saxon », à la ligne Reagan-Thatcher. Le poids du passé social-démocrate est encore considérable outre-Rhin. Les syndicats, qui certes n’ont pas la dimension idéologique et anti-capitaliste de la CGT et autres, occupent une place encore considérable dans le débat public. Le FDP n’a pas réussi à obtenir de la Chancelière la suppression de l’autogestion dans les grandes entreprises. Parallèlement le système de Sécurité Sociale est toujours marqué par la redistribution et le FDP a seulement pu obtenir la mise en concurrence des caisses – tandis que le projet de « salaire complet » pour lequel il avait fait campagne est avorté. Mais, alors qu’en Allemagne (et notamment du temps du chancelier Schröder, pourtant socialiste) les privatisations sont allées bon train (poste, chemins de fer, culture, éducation), le marché du travail a été assoupli (trois lois Hartz) et les retraites réformées, la France subit la tyrannie du statu quo, comme on le voit pour La Poste, la SNCF, la Sécurité Sociale et l’Education Nationale actuellement. Progressivement, la France dérive de la sociale démocratie vers le socialisme orthodoxe tandis que l’Allemagne en revient à « l’économie sociale de marché » qu’elle avait adoptée du temps de Ludwig Ehrart et de « l’ordo liberalismus ». C’est dire que les Allemands réagissent mieux aux turbulences de la crise. Les dirigeants français en restent à des politiques de relance keynésiennes qui ont déjà fait la preuve de leur impuissance et de leur nocivité. Le projet de grand emprunt en est une parfaite illustration. Est-ce à dire qu’il n’y aurait aucun nuage à l’horizon de la nouvelle coalition ? L’échiquier politique allemand n’est pas si rassurant, avec une gauche renaissante et des socialistes maintenant tentés de reprendre la croisade anti-capitaliste, qu’ils avaient pourtant abandonnée il y a cinquante ans, avec la charte de Bad Godesberg, véritable credo libéral ! L’évolution de l’Allemagne au cours des prochains mois de la coalition sera donc à suivre avec la plus grande attention.

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