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Loi alimentation : ne laissons pas ressurgir les fantômes des prix garantis !

A l’issue des Etats Généraux de l’Alimentation, Stéphane Travert propose de garantir une meilleure rémunération aux agriculteurs en indexant le prix de vente sur leurs coûts de production.

La triste musique des prix garantis

Après 30 ans de prix garantis, la réforme Mac Sharry de 1992 sonne le glas d’une Politique Agricole Commune (PAC), productiviste et déconnectée des marchés internationaux, en alignant les prix européens sur les cours mondiaux.
Jusqu’à cette date, des prix minimaux, fixés par l’Union Européenne, rémunéraient les céréales, la viande ou le lait quels que soient les volumes produits.

Devant ces mécanismes publics incitatifs, les exploitants européens produisaient beaucoup, appâtés par des prix supérieurs aux cours mondiaux. Des crises de surproduction éclataient. En dehors du progrès technique rencontré dans les exploitations, résultat soutenu par une planification semencière, chimique et mécanique, les prix garantis ont contribué à doubler le volume de la production agricole française au cours de la deuxième moitié du XXème siècle.

Avec une offre aussi abondante, la demande intérieure était saturée. Le denier public servait à stocker les excédents via l’exemple de la poudre de lait ou de la congélation du beurre (représentant jusqu’à près d’1,2 million de tonnes dans les années 1985). Une partie des stocks était également détruite. Les excédents étaient bradés sur le marché intérieur sous forme de promotions (à l’image du beurre de Noël) ou encore écoulés vers des pays tiers à grands coups de subventions à l’exportation.

Mais cette époque est aujourd’hui révolue. Les agriculteurs perçoivent une partie de leurs aides sous forme découplée, indépendantes des volumes produits, subventionnant largement le capital, responsable notamment de la rente foncière sur les terres agricoles.
Depuis, l’agriculture européenne répond un peu mieux aux signaux de l’offre et de la demande internationale. Les quotas, réponse dirigiste à la surproduction, furent abolis en 2015 pour le lait, et en 2017 pour le sucre.
Pour autant, l’après-quotas ne rime pas forcément avec libéralisation ! Depuis 2015, Bruxelles ne s’est pas privé d’acheter et de stocker près de 380.000 tonnes de poudre pour soutenir le prix du lait en réduisant les volumes mis sur le marché. De même de nombreuses barrières douanières demeurent, et l’UE semble encore frileuse à contracter d’ambitieux traités de libre-échange.

Des Etats Généraux de l’Alimentation qui laissent l’agriculture sur sa faim

A l’issue des Etats Généraux de l’Alimentation, le Gouvernement s’intéresse notamment à la répartition de la valeur ajoutée dans les filières agricoles. Selon l’Observatoire des prix et des marges, sur un euro de dépenses alimentaires, moins de 15% de la valeur ajoutée reviendrait au producteur. Mais plutôt que de libérer un modèle étouffé par une véritable « technostructure », composée d’une myriade d’organisations paraprofessionnelles largement financées par le contribuable, Emmanuel Macron préfère parler de « contractualisation rénovée ». Cela par la fixation par les producteurs d’un prix couvrant leurs coûts de production, signant le retour aux prix garantis.

Pourtant, ces derniers apparaissent difficiles à déterminer, devant tenir compte de la diversité des bassins de production, avec des coûts différents d’une région à une autre. Prenons garde à ne pas créer un choc d’offre positif à contre-courant de la demande, pouvant raviver la flamme des vieux démons de la surproduction.
Depuis la fin des prix garantis, les exploitants travaillent dur pour maîtriser leurs coûts. Il serait donc contre-productif de revenir à des prix déconnectés des tendances européennes et mondiales. Les prix des biens agricoles se fixent sur les marchés internationaux, tenant compte d’une offre et d’une demande mondiale, et non lors de négociations corporatistes.

Cultivons la compétitivité !

Malgré ces efforts, l’indice du coût de production du lait français est supérieur de près de 10 points à celui de l’Allemagne (Eurostat). En 2016, le coût de production d’un lait conventionnel néo-zélandais avoisine les 200 € les 1000 litres, contre plus de 370 € en France.
La France, pour l’ensemble des productions animales, possède des coûts de production plus proches de ceux de l’Europe de l’Est, bassin agricole émergent, que de ceux de l’Europe de l’Ouest.
Si la France semble majoritairement attachée, notamment par tradition, à un modèle agricole familial, les agriculteurs français doivent continuer les nombreux efforts menés sur la maîtrise de leurs charges. Toujours pour le lait, cela peut notamment passer par la modernisation de la traite, par la baisse du coût alimentaire ou vétérinaire, ou bien par l’adaptation des bâtiments d’élevage.

De même, l’IREF, dans un récent rapport sur la viticulture, épingle la compétitivité prix du vin français, avec des coûts de production trois fois plus importants que nos voisins espagnols pour des vins d’entrée de gamme.
A travers ces exemples, nous voyons que les agriculteurs français ont encore besoin d’optimiser leurs coûts de production pour gagner en compétitivité.

Oublions pour de bon les fantômes du passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs

Sans retourner au productivisme d’Etat, ne cédons pas à la tentation d’une agriculture entièrement axée sur la production de niche ou sur des pratiques dites biologiques, mais laissons les producteurs choisir librement leur modèle.
Délivrons également le consommateur des dirigismes alimentaires, en jouant la carte de la traçabilité, qui ne doit pas réduire la qualité à la seule labellisation. La clarté de l’étiquetage doit faire du consommateur informé le seul maître de son panier.
Bien loin de faire l’éloge de la préférence nationale, si nous souhaitons disposer de produits alimentaires français abordables, ne laissons pas notre agriculture ramer à contre-courant de ses voisins européens, aveuglée par un retour aux prix garantis.

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Messages (1)

UN SIMPLE AFFICHAGE

le 26 février, 16:02 par Lexxis

Pour que le consommateur sache à qui il achète, une règle très simple et qui, pour une fois, ne coûte rien ou presque. Pour tous les produits agricoles non transformés (essentiellement viande, légumes, lait, fruits...) obliger tous les détaillants finaux à informer le consommateur, à côté du prix de vente, du prix directement payé au producteur. Certains grandes surfaces risquent d'avoir honte de leur politique....et de leurs marges...

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