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Le remaniement : une (autre) exception française, abusive et stérile

Une atmosphère drôle et surnaturelle à la fois se dégageait de cette excitation autour du remaniement après les élections municipales. Tout le monde attendait la chute inéluctable du Premier ministre et la nomination d’un autre. Mais, bizarrement, tout le monde semble s’accommoder de cette pratique bien française qui est à la fois un aveu d’impuissance, un transfert d’irresponsabilité et un abus de pouvoir. Le Président de la République se sert une nouvelle fois de son Premier ministre comme d’un « fusible ». Il s’en débarrasse alors que c’est bien sa politique qui a été contestée par les Français. Dans notre pays, qui est le seul, parmi les démocraties occidentales, à avoir un double exécutif, le Président se déclare irresponsable devant l’échec subi par son camp dans les urnes et se permet de passer outre la Constitution en virant en quelques minutes le Premier ministre et en en nommant un autre.

Rappelons que le gouvernement et son chef doivent être l’émanation de l’Assemblée et sont responsables uniquement devant le Parlement à qui ils rendent des comptes. En réalité, c’est le Président seul qui nomme le chef du gouvernement et c’est encore lui qui le congédie. Plus encore, c’est à l’Elysée qu’on décide des membres du gouvernement. Le Premier ministre reste donc cette « fiction » dont parlait avec raison Jean-François Revel dans son retentissant essai intitulé « L’absolutisme inefficace » (Plon, 1992).

Mais, le comble, tout ce tintamarre est complètement stérile car ces remaniements ne servent strictement à rien. Ils n’ont jamais empêché les majorités de s’écrouler peu de temps après. Prenons quelques exemples. Remaniement en 1983 au sein d’un gouvernement de gauche, la droite emporte haut la main les élections en 1986. Remaniement en 1991 et 1992 avec, là aussi, changement de Premier ministre (Pierre Bérégovoy après Edith Cresson et Michel Rocard), pour aboutir à un échec retentissant aux élections législatives de 1993. Autre remaniement au sein de la droite cette fois-ci, en novembre 1995, pour que, à peine deux années plus tard, elle s’écroule à son tour. Le Président qui use de son pouvoir en transférant son échec n’a toujours pas compris que cette action est complètement stérile à moins de changer complètement de politique économique.

Inefficace, le remaniement est aussi une exception française. En Allemagne, lorsque le parti au pouvoir perd des élections locales (ou européennes), le chancelier ne prend pas la décision aléatoire de se débarrasser de ses ministres (le Président allemand n’a pratiquement aucun pouvoir, sa fonction est symbolique). Les changements gouvernementaux sont très rares, les ministres quittent leurs postes pour des raisons de santé ou à cause d’un éventuel scandale. Pareil en Suède où les élections locales sont bien distinctes des élections nationales et n’ont pas d’impact sur le gouvernement au pouvoir. Et aussi, comme en Allemagne et en Grande-Bretagne, il n’y a pas de cumul des mandats, donc les ministres ne peuvent pas être directement concernés.

En 2004 et 2006, Tony Blair et le Parti travailliste ont subi de terribles revers aux élections locales. Les changements ont été mineurs au sein du gouvernement et dictés surtout par une série de scandales qui ont éclaboussé les travaillistes en 2005-2006. Finalement, c’est Tony Blair lui-même qui abandonne le pouvoir seulement un an plus tard, en 2007. Il démissionne au profit de Gordon Brown.

En novembre 2010, aux élections de mi-mandat (midterm), Obama et le Parti démocrate subissent une terrible défaite en perdant plus de 60 sièges à la Chambre des représentants et la majorité. De même, plusieurs gouverneurs démocrates sont balayés par des élus républicains. Malgré cette défaite, il n’y a pratiquement aucun changement au sein de l’administration Obama à l’exception de son chef de cabinet, Emmanuel Rahm, qui devient maire de Chicago. Le vice-président, Joe Biden, n’a pas servi de « fusible ». Il est d’ailleurs toujours en poste.

Le remaniement est bien une « solution » typiquement française qui consiste, comme l’écrivait Jean-François Revel, à « trancher la tête du patient pour le guérir de la migraine ». Il faudrait bien d’autres remèdes pour sauver la France.

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